L’édito de Sophie Banford: L’écologie, genrée?

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Oct 04 2019 par
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Sophie Banford, l'éditrice de ELLE Québec, livre une réflexion sur l'écologie dans l'édito de notre numéro de novembre.

Dans notre article «Petit lexique des genres, identités et sexualités», on vous présente un tout nouveau vocabulaire pour décrire les orientations sexuelles des gens. Si comme moi, vous avez plus de 20 ans et que vous n’êtes pas sexologue, vous allez apprendre ce que signifie être «mégenré» et ce que «iel» veut dire.

Dans un monde où l’on essaie de «dégenrer» tout ce qui bouge, je suis tombée sur l’expression «écoféminisme», que je ne connaissais pas. Pourtant, ce terme marquant le lien entre l’oppression de la nature et celle des femmes a été créé par la philosophe française Françoise d’Eaubonne en 1974.

Plus récemment, une étude du Pew Research Center, menée dans 11 pays développés (parmi lesquels le Canada et les États-Unis), stipule que les femmes sont plus préoccupées et se sentent plus directement concernées par le changement climatique que les hommes.  Apparemment, les comportements écolos comme «aller à l’épicerie avec un sac en toile réutilisable plutôt qu’utiliser des sacs en plastique» sont perçus comme «féminins». Comme moi, vous pensez sans doute «Vraiment? En 2019?»

Et pourtant, une autre recherche publiée en Scandinavie en 2018 démontre que les divergences de points de vue sur le changement climatique entre les femmes et les hommes sont grandes. Même que les hommes percevraient l’activisme comme étant intrinsèquement féminin.

Est-ce là le début d’une explication à toute cette agressivité des hommes et ce mépris envers les militantes environnementales?

La jeune Greta Thunberg a été assaillie d’un tsunami de colère masculine lors de sa visite en Amérique. Quand ce n’était pas un meme largement partagé montrant Trump inclinant la Statue de la Liberté pour écraser (oui, oui, ÉCRASER!) le bateau qui l’emmenait jusqu’ici, c’était le tweet d’un multimillionnaire pro-Brexit sur son souhait de voir un accident anormal détruire l’embarcation. Elle s’est fait traiter de «marionnette adolescente» et on a claironné que «le monde se fiche de cette Greta».

Aux États-Unis, la politicienne et activiste Alexandria Ocasio-Cortez subit le même sort.  Elle est devenue la tête de turc des médias de droite. Fox News ne la lâche pas.  On la traite de «femelle hystérique» et «d’écolo fanatique».

Plus près de nous, c’est la ministre fédérale de l’Environnement et du Changement climatique Catherine McKenna, qui se fait traiter de pute, d’ordure communiste et est surnommée «Barbie du climat».  Comme si ce n’était pas assez, les insultes ont dépassé le monde virtuel et elle s’est fait accoster sur la rue, alors qu’elle était avec ses enfants.

Ces exemples semblent être une simple coïncidence pour certains… or, des chercheurs de l’Université de technologie suédoise Chalmers étudient depuis des années ces corrélations entre les négateurs du climat et l’extrême droite antiféministe.

C’est bien malheureux. D’autant plus que, s’il y a un sujet qui ne devrait pas être genré et en appeler à notre solidarité plutôt que de nous diviser, c’est bien celui de la lutte contre le réchauffement climatique.

Sophie

Le magazine ELLE Québec de novembre est en kiosque.

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Photo: Maude Arsenault

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