Le retour des comédies romantiques

Le retour des comédies romantiques
Juin 18 2019 par

Les comédies romantiques, romcoms pour les intimes, font un retour en force! Un genre cinématographique qu’on aurait bien tort de sous-estimer…

Vous fantasmez sur votre âme soeur? Vous vous surprenez à rêver d’histoires d’amour un brin rocambolesques? C’est parfaitement normal. Et c’est peut-être même la conséquence d’avoir grandi en suivant un régime régulier de romances où Tom Hanks rencontre Meg Ryan, et où Julia Roberts tombe follement amoureuse de Richard Gere… Bref, des relations hautement improbables qui se transforment en d’irrésistibles histoires d’amour. Les comédies romantiques sont un filon d’or pour l’industrie hollywoodienne depuis ses tout débuts. Et même si on sait très bien qu’elles créent des attentes irréalistes et qu’elles entretiennent même parfois les bons vieux stéréotypes sexuels, on peut difficilement s’empêcher d’en raffoler… Si on craque pour le genre jusqu’à en accepter les défauts, il faut admettre qu’il n’a jamais vraiment été reconnu pour ses qualités artistiques. C’est d’ailleurs en 1978 qu’a été récompensée par un Oscar du meilleur film la dernière comédie romantique, le classique Annie Hall de Woody Allen. Depuis, ces idylles sur pellicule ont été cataloguées comme étant des «films de filles», une catégorie très peu prise au sérieux par ces messieurs de l’Académie, et ce, malgré certaines prouesses notables au box-office. Qui plus est, après avoir connu une période particulièrement prolifique tout au long des années 1990, ces œuvres romantiques semblent avoir, depuis, cédé le pas aux aventures de superhéros.

RETOUR EN FORCE

C’était vrai jusqu’à l’an dernier, puisque le film Crazy Rich Asians a su récolter un succès à la fois commercial et critique. L’histoire d’amour entre une fille ordinaire et un homme très riche a été acclamée grâce à la formidable performance de sa distribution entièrement asiatique, sans oublier son approche plus moderne des relations amoureuses. De son côté, Netflix a fait renaître à lui seul la romcom pour ados (To All the Boys I’ve Loved Before, Sierra Burgess Is a Loser) ainsi que la tellement-mauvaise-qu’elle-en-devient-fascinante romcom de Noël (The Princess Switch, A Christmas Prince). Et pour couronner le tout, le vidéoclip de la chanson Thank U, Next, d’Ariana Grande, rend hommage aux fleurons du genre que sont Legally Blonde et 13 Going on 30. Pourquoi ce soudain retour des productions à l’eau de rose? «Un fort courant de cynisme semblait avoir frappé les années 2000, mais lorsque l’économie et la politique se révèlent désespérantes, on a tendance à se tourner vers des univers fantaisistes qui permettent de s’évader», explique Francey Russell, professeure de philosophie à l’Université Yale et critique de cinéma au Boston Review. La relation amour-haine que nous entretenons avec la comédie romantique tient aussi à ses intrigues simplistes et prévisibles. Lorsque le genre a commencé à prendre forme dans les années 1930, il mettait en scène d’audacieuses femmes de carrière. Au cours de la décennie suivante, alors que les hommes revenaient de la guerre, les rôles genrés traditionnels ont repris le dessus. Ce qui a donné lieu à une ère de protagonistes féminines à la Doris Day, comptant les jours avant de pouvoir tout larguer pour enfin convoler en justes noces. Et si, au fil des ans, on a parfois dévié légèrement de cette formule – pensons à l’antihéroïne incarnée par Julia Roberts dans My Best Friend’s Wedding ou à la divorcée campée par Angela Bassett dans How Stella Got Her Groove Back –, la recette typique de la romcom est restée plus ou moins la même: une jeune femme mince, blanche, jolie et sympa – qui bien souvent travaille pour un magazine – rencontre un bel homme… et on connaît le reste de la chanson.

DES MODÈLES… À NE PAS SUIVRE?

Dans son documentaire Romantic Comedy, la réalisatrice Elizabeth Sankey explore l’effet que ces films peuvent avoir sur notre perception de l’amour. La Britannique s’est sentie trahie par son genre de cinéma favori lorsque, fraîchement mariée, elle ne s’y est plus reconnue. «À partir de là, ça a déboulé: j’ai commencé à m’apercevoir de tout ce que ces films ont d’horrible, comme le manque de représentativité, le fait qu’ils soient majoritairement conçus par des hommes et qu’ils véhiculent des valeurs architraditionnelles visant à inculquer aux femmes comment se comporter pour plaire au sexe opposé.» Et pourtant, elle ajoute: «J’ai continué à les regarder et je les aime toujours. Ils permettent aux spectateurs de voir l’humanité qui se cache derrière les personnages, car c’est l’un des seuls genres cinématographiques qui ne se concentre que sur les relations humaines.» Une piste serait donc simplement de cerner les écueils auxquels se butent la plupart des comédies romantiques et de prier pour que les réalisateurs s’y attaquent. «Cette forme de cinéma est incroyablement puissante et fonctionne toujours – il suffit d’y intégrer différents types de relations», soutient la cinéaste. C’est justement ce qui semble se passer cette année, avec des films comme Isn’t It Romantic, mettant en vedette Rebel Wilson interprétant une jeune femme blasée qui, après s’être fait dire pendant des années qu’elle n’était pas destinée à vivre une histoire d’amour, se retrouve coincée à l’intérieur d’une comédie romantique. Il y a aussi What Men Want, avec Taraji P. Henson, qui inverse les rôles de son pendant What Women Want, sorti en 2000. «Le fait qu’il y ait une recrudescence de romcoms réinventant le genre sans s’excuser d’y appartenir suggère un regain d’intérêt pour la romance au cinéma», avance la professeure Russell. Le futur de la comédie romantique repose probablement sur cette dualité: elle doit continuer à nous faire croire en l’amour, tout en élargissant le spectre des personnages. «L’émotion que génère You’ve Got Mail pourrait être la même si un film racontait l’histoire d’une femme trans tombant amoureuse d’un homme. Et ça pourrait contribuer à changer le monde», affirme Elizabeth Sankey. Faire une différence en se gavant de fictions fleur bleue? Oui, on le veut!

Collage:  Erin McGean

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