C’est pendant une soirée bien arrosée au FGL House, un bar gigantesque à plusieurs étages sur la 3rd Ave., près de la rue Broadway, à Nashville, que tout a commencé. J’étais dans un état pour le moins avancé – une façon polie de dire que j’étais complètement saoule – et je ne me souviens pas vraiment de cette première rencontre. C’est sans doute la raison pour laquelle j’ai ignoré son message texte du lendemain: «Salut, c’est Gabe, on s’est rencontrés hier!». Mais quand il m’a textée une seconde fois, alors que j’embarquais dans l’avion pour revenir au Québec, j’ai fouillé dans mon Snapchat pour tenter de me remémorer la soirée. J’y ai découvert qu’un bel inconnu s’était glissé dans l’un de mes selfies et je le lui ai envoyé en lui demandant si c’était lui et en prétextant un manque de réseau pour ma réponse tardive. Il m’a répondu que oui, et on a commencé à bavarder. C’est ainsi que j’ai appris qu’il vivait à Nashville et m’avait demandé mon numéro pour satisfaire ses amis qui, dans l’espoir de l’aider à se remettre d’une rupture amoureuse douloureuse, lui avaient promis de le ramener chez lui, à condition qu’il récolte les numéros de téléphone de trois filles. En lui donnant le mien, je lui ai demandé s’il avait un forfait international, puis j’ai ajouté un emoji de drapeau du Canada à côté de mon nom.

Au début, on se textait de temps à autre, puis le rythme a augmenté; deux mois et demi plus tard, on se parlait tous les jours. Quand il m’a dit qu’il prévoyait rendre visite à son père en Louisiane en voiture, j’ai lancé à la blague qu’il devrait passer me voir à Montréal en même temps. Après tout, ce n’était qu’à 18 heures de route dans la direction opposée à sa destination! À ma grande surprise, il a dit oui, et il est venu me voir pour la première fois. Je lui ai offert ma chambre d’amis, où il devait s’installer quelques jours et explorer la ville en solo quand j’étais au travail. Le premier soir, on était très nerveux, mais, quelques bières plus tard, on a fini par se détendre et discuter jusqu’à 1 h du matin. Puis, je l’ai emmené sur la ferme familiale, à l’occasion d’une fête, et tout le monde l’a adoré. Aux dires de mes proches, j’étais radieuse et dégageais une aura de bonheur. À notre départ, pour nous taquiner, mon oncle nous a lancé: «On se revoit au mariage!» Gabe n’est finalement jamais allé en Louisiane; il est plutôt resté chez moi durant 10 jours.

Depuis, on a tout fait pour se voir le plus souvent possible. Comme Gabe est pompier et technicien ambulancier, il a un horaire plutôt flexible. Il est donc venu me voir tous les mois. Pour ma part, j’ai trouvé un autre emploi, moins bien rémunéré, mais qui me permettait de travailler plus souvent à distance et de me rendre à Nashville régulièrement. La pandémie et la fermeture des frontières ont rendu les choses très difficiles pour nous. On a parfois dû passer plusieurs mois sans nous voir, mais notre lien est demeuré très fort. Gabe a acheté un condo dans lequel nous allons vivre quand j’irai le rejoindre pour de bon, et on a adopté un labrador croisé boxer, Gus, qui a maintenant un an.

Puis, le 26 décembre dernier, au lendemain d’un Noël passé dans ma famille, alors qu’on promenait Gus sous la neige scintillante, Gabe m’a demandé si je voulais devenir sa femme. J’ai dit oui. Il m’a plus tard avoué qu’il rêvait de me faire la grande demande le jour de Noël, mais qu’il n’avait pas trouvé le moment parfait, celui où on serait seuls tous les deux, loin de la cohue du party de famille. On se mariera à Nashville cet automne.

Mon fiancé est un homme gentil, avenant, et ses manières de gentleman du Sud me charment à tout coup. Il m’offre des fleurs, appelle ses parents sir et ma’am, me fait toujours me sentir comme la personne la plus importante du monde et m’apaise quand je suis anxieuse. Rien n’est simple quand il est question d’immigration, mais après tout ce qu’on a traversé, Gabe et moi, je sais qu’on arrivera à surmonter les épreuves ensemble. J’ai tellement hâte de m’installer avec lui, à la campagne, près de Nashville, et de découvrir ce que me réserve ma nouvelle vie. 

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