Au départ, Arlette Cousture — la petite-fille des vrais Émilie Bordeleau et Ovila Pronovost — était loin de se douter que cette saga inspirée de ses aïeux, et qui couvre près d’un siècle de l’histoire du Québec, récolterait autant de succès. «Avec cette histoire, je voulais rendre hommage aux femmes, explique-t-elle. À celles qui, comme ma grand-mère, étaient instruites, responsables d’éduquer les générations futures. Elles ont tenu le Québec à bout de bras.»

Quand son éditeur lui avait annoncé qu’il allait imprimer 3000 exemplaires du premier tome des Filles de Caleb, l’ex-enseignante s’était pincée. «Il est fou, s’était-elle dit, je ne connais pas 3000 personnes!» Même si elle a publié plusieurs livres depuis, elle demeure aux yeux du public l’auteure des Filles de Caleb. Elle ne s’en plaint pas. «Je ne pourrai jamais renier ce livre, que j’ai rédigé alors que j’étais affamée d’écrire.»

Elle poursuit l’amalgame entre personnages inspirés de sa famille et personnages imaginaires dans les correspondances épistolaires inventées de Chère Arlette. Dans sa lettre à l’auteure, Émilie affirme que la vie au quotidien était encore plus dure que ce qui est décrit dans Les filles de Caleb. Et elle reproche à sa petite-fille d’en avoir trop révélé sur le sexe entre Ovila et elle. «Je leur ai permis d’avoir une sexualité épanouie, insiste Arlette Cousture. Je ne sais pas comment étaient mes grands- parents dans la réalité — puisque personne ne m’en a parlé —, mais j’ai décrété que ce couple était énormément porté sur la chose.» Ovila, lui, se désole dans sa lettre du portrait peu flatteur qu’elle fait de lui. Mais il lui dit aussi merci… de leur avoir permis «d’avoir eu du plaisir dans la chambre à coucher»! Et merci, surtout, d’avoir trouvé les mots pour raconter la grande histoire d’amour qu’il a vécue avec sa belle maîtresse d’école.

Même si elle se termine mal, cette passion entre Émilie et Ovila — immortalisée à l’écran par Marina Orsini et Roy Dupuis dans les années 1990 — n’a cessé d’alimenter notre imaginaire. «Les jeunes femmes que je rencontre dans les salons du livre sont exactement comme celles d’il y a 30 ans, glisse Arlette Cousture. Elles fantasment sur Ovila, mais elles auraient bien voulu le changer…» (Libre Expression)

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