Culture

L’amour de la vie

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Elle Québec
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L’amour de la vie

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[caption id="attachment_7129" align="aligncenter" width="370"] alex_colville Le réfrigérateur (1977)[/caption] Je suis soufflée! Je viens de m'apercevoir que la photo du tableau de Colville, Le réfrigérateur , sur laquelle on voit le peintre et sa femme nus et sur lequel j'ai écrit mon plus récent billet de blogue, a été censurée par Facebook! Dans l'avertissement qu'on nous a envoyé, on mentionnait simplement que cette image "enfreignait les standards de notre communauté"!! Et tous les commentaires idiots, racistes et affligeants que je lis sur Facebook! Et toutes les photos sexistes que je vois, ils enfreignent pas les standards de la communauté, eux? Comment peut-on censurer une oeuvre d'art? Faut-il être ignorant! Alex Colville, un de mes peintres préférés, est mort la semaine dernière, à l’âge de 92 ans. Triste nouvelle. J’aimais ses toiles non parce qu’elles repoussaient les limites de l’art ou parce qu’elles dénonçaient l’injustice ou les inégalités sociales, mais parce qu’elles montraient la vie dans ce qu’elle a de plus simple. Les petits bonheurs tranquilles. Les choses qu’on ne voit pas ou, devrais-je dire qu’on ne voit plus, trop occupés sommes-nous à mener une existence trépidante. Colville savait capturer les joies quotidiennes et les doux secrets de la vie à deux. Soixante-dix ans: c’est le temps qu’il a vécu avec sa femme Rhoda, sa muse, qu’il a peinte toute sa vie. Rhoda en patins sur un étang. Rhoda en bateau ou en voiture. Rhoda au piano ou nue dans sa cuisine, comme dans ce tableau. La scène est croquée tard le soir. L’épouse cherche quelque chose à se mettre sous la dent alors que son mari boit un verre de lait. Devant le frigo aussi, leurs trois chats qu’on entend quasi miauler, tellement le tableau est réaliste. Je me rappelle la première fois que j’ai vu cette toile, le sentiment de gêne qui m’habitait. Comme si j’avais surpris les époux, au travers d’une fenêtre, après qu’ils eussent fait l’amour. Certains critiques, friands d’art abstrait, reprochaient à Colville son style simpliste. C’est justement cette qualité qui m’émouvait. Ses scènes de la vie conjugale. Ses toiles d’animaux. Ses paysages de carte postale de la Nouvelle-Écosse. Des œuvres sans flafla ni garniture, à l’image de ce qu’il était. Colville n’avait que faire des modes. C’était un artiste libre en même temps que profondément humain. Je le sais pour l’avoir interviewé il y a plusieurs années. L’homme, qui avait servi dans l’armée durant la Seconde Guerre, me semblait avoir survécu à l’horreur en s’accrochant à la vie dans ce qu’elle a de plus imperceptible. Alex Colville est décédé le 16 juillet dernier, six mois après la mort de son épouse Rhoda. L’un ne pouvait visiblement vivre sans l’autre. Dans les tableaux du peintre et dans notre mémoire à tous, leur amour reste vivant à jamais. Quelques œuvres de Colville sont exposés au Musée des beaux-arts de Montréal, au Musée des beaux-arts du Canada à Ottawa, au MoMA, à New York, ainsi qu’au Centre Pompidou à Paris.
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