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Chronique de Stéphane Dompierre: Tous égo

Daniel Cianfarra Photographe : Daniel Cianfarra Auteur : Elle Québec

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Chronique de Stéphane Dompierre: Tous égo

Comme beaucoup d'auteurs, j'ai chez moi le DSM-IV, un livre qui répertorie les critères permettant de diagnostiquer les troubles mentaux. Cet ouvrage est idéal pour construire des personnages aux émotions instables, mais sa consultation n'est cependant pas conseillée aux hypocondriaques. On finit toujours par penser qu'on possède certains symptômes caractéristiques des troubles de la personnalité. J'apprécie la solitude. Suis-je schizoïde? Je me préoccupe beaucoup trop des petits détails. Suis-je «obsessif compulsif»? Une chose est sûre: dans les réseaux sociaux, on semble tous atteints de narcissisme à des degrés plus ou moins avancés.

 

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La nécessité d'avoir une photo de notre profil a complètement transformé notre façon d'utiliser un appareil photo. Plutôt que de photographier nos amis ou le paysage, on tourne maintenant l'appareil vers nous, et on le tient à bout de bras pour immortaliser notre sourire. Si la photo nous plaît, elle se retrouve sur Facebook, Twitter ou Instagram en quelques clics. Une autre contribution à l'autobiographie qu'on écrit en temps réel sur le Web. Le cliché est visible par tous nos contacts. Alors, c'est normal, on attend une réaction. «Ils aiment ma nouvelle coupe de cheveux ou pas?» Il en va de même chaque fois qu'on écrit un nouveau statut ou qu'on publie un article. On juge nos amis d'après le temps qu'ils prennent à mettre un «j'aime» sur notre commentaire, qu'on trouve si drôle. «Ils ont perdu le sens de l'humour? Ils n'ont pas compris le gag? Et pourquoi personne ne commente l'article passionnant que je viens de dénicher? » Les gens TOUS égo sont peut-être occupés ailleurs... N'empêche, Narcisse s'impatiente. Dans un 21e siècle où on se balade tous avec un téléphone intelligent et où on n'est jamais loin d'une borne Wi-Fi, on perçoit facilement comme une offense le fait que nos amis mettent plus de 10 minutes à commenter une nouvelle note déposée sur les réseaux sociaux. «Bah! Ça doit être parce qu'ils sont jaloux de la vie formidable que je mène.»

 

S'attendre à ce que nos désirs soient automatiquement satisfaits et croire que les autres nous envient: deux attitudes caractéristiques des personnes narcissiques.

Il serait simpliste d'accuser les réseaux sociaux de les avoir engendrées. Disons plutôt que ces sites sont d'excellents terrains de jeu pour ce genre de personnes. On y bâtit notre image. On met de l'avant ce qui fait de nous un être unique, épanoui, plein d'humour et de compassion. Et tellement photogénique. «Admirez mon bronzage sur les plages de Cancún! Signez ma pétition, pour qu'on en finisse avec la famine dans le tiers-monde! "Retweetez"-moi!»

Un sens grandiose de sa propre importance et un besoin excessif d'être admiré: voilà deux autres caractéristiques de la personnalité narcissique.

On devrait peut-être se retirer des réseaux sociaux avant qu'il ne soit trop tard? Ben non. Je blague. Facebook compte maintenant plus d'un milliard d'utilisateurs narcissiques dans le monde. Si on cherche un groupe d'aide pour discuter de notre cas, on l'a trouvé.

 

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