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Chronique de Catherine Pogonat: je rajeunis, une année à la fois

John Londono Photographe : John Londono Auteur : Elle Québec

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Chronique de Catherine Pogonat: je rajeunis, une année à la fois

Je suis née en 1976. L'année des Jeux olympiques, de la note parfaite de Nadia Comaneci et de la première élection du Parti québécois. Ça me fait 35 belles années derrière la cravate. 35 ans d'aventures, d'essais et d'erreurs, de grandes joies, d'écorchures, de découvertes, et d'espoirs démesurés... assortis de quelques cicatrices. Une jolie masse d'années à vivre à fond ma vinaigrette. Je croyais qu'un jour, quand je serais grande, la vie deviendrait un long fleuve tranquille. Qu'avoir un enfant, une maison, des responsabilités, une équipe qui compte sur moi, du bagage et un certain recul ferait de moi une adulte calme et posée. C'est le contraire qui s'est produit. Plus je gagne en âge, plus je galope et me laisse prendre au jeu. Plus je vieillis, plus je rajeunis. Suis-je une anomalie de la nature, docteur?

Cet étrange phénomène ne semble pas provoqué par une soif de rester jeune à tout prix ou par une crise d'adolescence tardive. Non, je dirais plutôt que chaque année qui passe m'enlève un poids des épaules, m'insuffle une dose de légèreté. À 15 ans, j'avais de la curiosité et de la fougue à revendre, mais aussi des complexes, des angoisses de grande asperge qui s'ignorait. À 25 ans, je m'éclatais, en doutant trop souvent de mes forces et en scrutant mes faiblesses à la loupe. À 35 ans, mes faiblesses me font sourire et mes forces ressemblent à de petits tremplins qui me poussent à aller voir ailleurs si j'y suis.

J'ai toujours été une fille appliquée, sérieuse et en possession de tous ses moyens. Mais chaque chandelle soufflée, chaque agenda déposé dans mon coffre à souvenirs me donnent envie de perdre un peu le contrôle. De jouer un peu plus, surtout dans les moments difficiles. De chanter plus fort la chanson de mon coeur, la chanson de ma vie (merci, Jean Lapointe!). De réinventer mes journées à ma guise, de plonger de plus haut et de vivre mes comédies comme mes drames de tout mon être.

 

J'ai envie de me laisser porter par le vertige des chansons que j'aime. Je veux courir, respirer, m'étourdir, me souvenir, ne pas bouger, goûter, mordre, imaginer, profiter. Battre le fer pendant qu'il est chaud. Devenir mère m'a peut-être donné le courage de lâcher prise et de suivre mon fils dans ses délires. L'expérience m'a peut-être apporté plus de gourmandise que de sagesse. Perdre des gens que j'aime m'a peut-être appris à savourer chaque moment passé avec ceux qui sont là.

Je n'y arrive pas toujours, mais je tente de choisir le miel avant la margarine. Quand je serai grande, j'aurai tout le temps pour être une adulte.

Pour me sentir jeune, je vais...

  • au Laser Quest: pour tirer sur tout ce qui bouge sans faire de mal à personne.
  • en road trip: parce que rouler sans savoir où on va, avec trop de vent dans les cheveux et la parfaite musique de char dans les oreilles, ça ramène à coup sûr à la liberté de l'adolescence.
  • dans des arcades (celles, vieillottes, de la promenade du bord de mer à Hampton Beach, dans le New Hampshire, ont une longueur d'avance): pour jouer à des jeux inutiles, lancer des boules en bois sur des clowns et gagner des toutous affreux. Ça change pas le monde, sauf que...
  • dans mon salon: parce qu'une danse spontanée au son des Jackson 5 ou de Smokey Robinson dans le confort de son foyer, c'est de la joie en barre!

 

 

À LIRE: Chronique de Catherine Pogonat: ma petite révolution

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