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Anxiété sociale: la peur de l’autre

Anxiété sociale: la peur de l’autre

-- Photographe : Getty

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Anxiété sociale: la peur de l’autre

Vous rencontrez un collègue dans l’ascenseur et l’idée même de lui parler de la pluie et du beau temps vous donne des sueurs froides? Les soirées réseautage vous empêchent de dormir des semaines durant? Vous faire arracher une dent vous semble plus agréable que de parler devant une foule? On vous a sans doute souvent qualifié de timide ou d’introverti. Vous souffrez aussi, peut-être, d’un mal commun: l’anxiété sociale.

Quand l’anxiété devient handicapante

Selon l’Organisation Mondiale de la Santé, l’anxiété sociale ou phobie sociale touche entre 7% à 12% de la population. Pour faire court, «c’est une peur très intense d’une ou plusieurs situations sociales durant lesquelles la personne se sent l’objet de l’observation et du jugement des autres», dixit Émilie de Tournay-Jetté, psychologue. Elle peut également prendre toutes sortes de formes, «elle peut se manifester par une peur de manger ou boire en public, de marcher en public ou de parler au téléphone. D’autres vont simplement fuir toutes les situations sociales» explique le psychologue Pierre E. Faubert.

Certains signes ne trompent pas. Les personnes qui souffrent d’anxiété sociale démontrent des symptômes physiques s’assimilant à la crise de panique. Le cœur s’accélère, la respiration se raccourcit, des nausées et étourdissements peuvent se faire ressentir. Pour Mme de Tournay-Jetté, on constate également certains symptômes cognitifs. «Les personnes en proie à ce type d’anxiété interprètent la réalité de façon différente, plus catastrophique», explique la spécialiste. On parle de phobie sociale quand le fonctionnement de la personne est touché, quand cela crée une détresse. Mais attention! Il ne faut pas confondre timidité et anxiété sociale. Il y a plein de gens timides sur terre qui sont capables de surmonter leur gêne, ça ne limite pas leurs activités.»

«Mais attention! Il ne faut pas confondre timidité et anxiété sociale. Il y a plein de gens timides sur terre qui sont capables de surmonter leur gêne, ça ne limite pas leurs activités.» - Émilie de Tournay-Jetté, psychologue

Certaines situations sont anxiogènes pour le commun des mortels. Normal d’avoir les mains moites avant une présentation devant son patron, ou un premier rendez-vous doux. «La différence, c'est qu’une personne qui n’éprouve pas d’anxiété sociale ira quand même de l'avant et se confrontera à la situation qu’elle redoute. Elle sera capable de dédramatiser, de prendre du recul. La personne souffrant de phobie sociale mettra tout en œuvre pour l’éviter», ajoute Mme de Tournay-Jetté. 

«Parlez-moi de votre enfance…»

Selon le psychologue Pierre E. Faubert, l’apparition de ce trouble remonte souvent à l’enfance. «Il s’agit parfois d’une forme de trauma. Un enfant humilié dans son cercle familial, par un parent en qui il a confiance, gardera une méfiance». Mme de Tournay-Jetté ajoute qu’une composante génétique serait également en partie responsable de l‘anxiété sociale. «Différentes expériences ont été faites sur les animaux qui permettent de voir que certains gènes sont responsables de cette anxiété. On s’aperçoit que c’est un trouble qui se transmet de génération en génération, il y a donc aussi quelque chose au niveau biologique en partie responsable de la phobie sociale.»

Quelques conseils

Pour Mr Faubert, le premier pas pour se débarrasser de l’anxiété sociale – du moins, en partie - est d’en discuter, avec des amis, ou même avec des groupes de soutien. «Parler en groupe, dans un espace bienveillant, serait une bonne façon d'aborder le problème. Les observations, les conseils des gens en qui l’on a confiance ont beaucoup de valeur». Émilie de Tournay-Jetté pense qu’il est aussi important de consulter un professionnel de la santé mentale, recevoir un diagnostic d’un spécialiste, mais également parce que les symptômes peuvent être liés à d’autres troubles. «L’anxiété sociale peut être confondue avec des troubles de la personnalité, ou lié à un trauma en particulier. Et on ne n'aborde pas ces différents problèmes de la même façon.» Dans un second temps, la psychologue conseille de cesser les comportements d’évitements. «En évitant les situations anxiogènes, on ressent du soulagement, mais plus on évite, plus notre anxiété augmente. Pour briser ce cycle, il faut s’exposer à des situations inconfortables en se donnant de petits objectifs qui vont faire monter le niveau d’anxiété graduellement. Il faut affronter notre peur petit à petit, en se respectant.» Pour commencer, on peut travailler sur des choses aussi simples que de saluer nos collègues ou de regarder notre interlocuteur dans les yeux!

«En évitant les situations anxiogènes, on ressent du soulagement, mais plus on évite, plus notre anxiété augmente.» - Pierre E. Faubert, psychologue

Selon Mme de Tournay-Jetté les personnes souffrant d’anxiété sociale sont tellement sensibles au regard de l'autre ça complique leurs relations, et ils vont souvent chercher à s'isoler. «Le problème c’est qu’ils finissent par souffrir de cet isolement, explique-t-elle. Pour s’épanouir, ils doivent donc trouver un moyen de gérer cette anxiété.»

 

 

Retrouvez plus d’informations sur la santé mentale et l’anxiété sociale sur le site internet de l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal ou sur STEPP, qui propose un forum de discussion et répertorie des professionnels de la santé.

 

 

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