C'est mon histoire

C'est mon histoire: «Je suis devenue culturiste»

C'est mon histoire: «Je suis devenue culturiste»

  Photographe : Illustration: Davor Nikolić

C'est mon histoire

C'est mon histoire: «Je suis devenue culturiste»

Le culturisme est une discipline intrigante. Qu'est-ce qui peut bien pousser les bodybuilders à adopter un style de vie intensément restrictif pour arriver à sculpter chaque muscle de leur corps? Kimberley, une adepte, nous explique d'où lui est venue sa passion.

J'ai toujours adoré le sport et la mise en forme. Déjà, au secondaire, je bougeais sans cesse; je faisais partie de l’équipe de soccer et je participais à toutes les compétitions et journées d’olympiades. Adulte, l’activité physique culturisme. Je caressais cet idéal depuis quelque temps déjà, fascinée par ces corps sculptés comme du marbre, omniprésents dans les nombreux magazines de sport et de conditionnement physique que je consulte régulièrement. Et à force de regarder ces femmes au corps puissant, de plus en plus nombreuses et valorisées, j’ai eu envie de me lancer dans la compétition.

Durant la première année, à l’aide d’une entraîneure expérimentée et d’un spécialiste en nutrition, j’ai participé à trois concours; j’ai remporté deux secondes places et une troisième place. Ces victoires étaient méritées, le fitness professionnel exigeant une quantité astronomique de travail et d’efforts. Mais ça me plaît! Je raffole de la discipline et de la rigueur; j’adore pousser mon corps aussi loin que possible et le voir se métamorphoser à vue d’œil.

Douze semaines avant chaque compétition, je me prépare en suivant quotidiennement un entraînement intense de deux a continué de teinter mon quotidien. Mon choix de carrière s’est imposé de lui-même: je suis devenue entraîneure personnelle à domicile. J’ai ouvert ma pratique privée en 2008.

Mes clients sont monsieur et madame Tout-le-monde. Âgés de 35 à 85 ans, ils veulent se remettre en forme, perdre du poids ou s’entraîner pour une course, par exemple. Mon métier me permet de leur transmettre mon amour de la condition physique tout en ayant un impact positif sur leur santé. C’est un travail gratifiant et tout sauf monotone.

Il y a environ deux ans, je me suis découvert une passion pour la musculation et une curiosité grandissante pour le heures, ainsi qu’un plan alimentaire très strict. Les premières semaines, le but est de construire du muscle. J’ingère donc beaucoup de protéines et je ne fais que de la musculation, six fois par semaine. Je mange six repas par jour, pesés et mesurés, pour cumuler un total d’environ 1800 calories. Je rencontre régulièrement ma coach, qui mesure mon pourcentage de gras et ajuste ma diète en conséquence. À l’approche de la date de la compétition, je diminue l’apport calorique et je consomme moins de glucides. Six semaines avant, je commence à intégrer le cardio à mon entraînement pour brûler le maximum de gras.

Au jour J -10, je fais ce qui s’appelle un carb deplete (suppression des glucides), afin de vider mon corps de tous les sucres en prévision du carb load (plein de glucides) prévu la veille de la compétition. Je ne mange alors que du poisson blanc et de l’huile de coco, six ou sept fois par jour, pendant huit jours. C’est vraiment la partie la plus difficile. Je commence chaque matin avec une séance de cardio à jeun et je suis vidée. À cette étape-là de la préparation, ma peau devient mince comme du papier et se colle aux muscles. C’est comme ça que j’obtiens un maximum de définition.

Une semaine avant le show, j’amorce en parallèle un protocole de déshydratation pour obtenir un look «sec». Puis, la veille du jour J, arrive le carb load. Je mange des glucides à chaque repas, sous forme de patates douces, de riz et même de crêpes au sirop d’érable. Le but du carb load est de faire gonfler les muscles. L’effet du sucre sur un corps qui en est complètement vidé depuis huit jours est immédiat. Les veines enflent et les muscles grossissent. Après la compétition, complètement lessivée, je ne pense qu’à boire des litres et des litres d’eau, mais je suis telle- ment fière de moi!

Depuis quelque temps, je remarque certains changements dans la perception qu’ont les gens des femmes sportives au corps musclé. Le culturisme au féminin est de mieux en mieux perçu, et on entend moins de commentaires du genre: «Elle ressemble à un homme!» Il faut dire que, dans l’association à laquelle j’ai choisi d’adhérer, l’usage des stéroïdes et des drogues de performance est strictement interdit; les corps des compétiteurs sont donc entièrement sculptés par l’entraînement, et on mise sur la définition plutôt que sur le volume musculaire. Chez les femmes, les routines sont très féminines, recherchées et sexys. Nous sommes maquillées, coiffées, en bikini et en talons hauts, et notre chorégraphie est conçue de façon à mettre en valeur notre physique. Il y a place à la féminité dans le culturisme de compétition et, pour ma part, j’aime mon corps aujourd’hui plus que jamais. Il est le fruit de mes efforts soutenus et de ma discipline de fer.

Autour de moi, les gens sont pour la plupart assez encourageants. Mon père s’inquiète parfois pour ma santé quand je perds beaucoup de poids à l’approche d’une compétition, mais je le rassure. Comme dans plusieurs autres disciplines sportives, il arrive parfois que les culturistes féminines souffrent de débalancements hormonaux, qui causent l’arrêt des règles par exemple. Personnellement, je n’ai rien vécu de tel. Mon corps s’adapte très bien à ma nouvelle passion. Je dois beaucoup à mon entraîneure, une femme expérimentée, qui m’a donné tous les outils nécessaires pour atteindre mes objectifs sans hypothéquer ma santé.

Si la société est plus ouverte aux femmes sportives, comme on le voit sur internet notamment, où de nombreuses entraîneures et athlètes sont suivies et admirées par des millions de personnes, j’ai rencontré davantage de résistance chez les femmes de mon entourage. Nombreuses sont celles qui passent des commentaires sur mon apparence, tirent des conclusions sur la personne que je suis et présument que je ne serais pas capable d’être une bonne mère, par exemple, en raison de mon mode de vie intense. Je ne sais pas s’il s’agit de jalousie ou d’ignorance, mais j’aime- rais parfois ressentir davantage de solidarité. Je travaille- très fort pour avoir le corps que j’ai. Lorsque je voudrai devenir mère, j’adapterai ma vie à la maternité comme le ferait n’importe quelle autre femme, peu importe sa profession. Je ralentirai simplement la cadence, et mon enfant aura une mère forte et confiante, dotée d’une santé de fer. Je ne crois pas qu’une femme doive s’empêcher de réaliser ses rêves pour être une bonne maman, et je compte bien prêcher par l’exemple.

En ce moment, je prends une petite pause de la compétition. J’aime énormément ce que je fais, mais je tiens à maintenir un certain équilibre de vie. C’est important, pour moi, de prendre des périodes de repos, de manger de temps au temps au restaurant avec mes amis et de per- mettre à mon corps de se régénérer. Mais le culturisme, aujourd’hui – et je l’espère pour longtemps encore –, occupe une place importante dans mon quotidien. Mon corps est en quelque sorte devenu mon CV et ma carte de visite; je suis la preuve vivante qu’on peut tout accomplir quand on y met du sien. Mes clients me trouvent inspirante et ça me rend fière. 

 

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