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Édito de mai 2015: «Le poids des mots»

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Elle Québec
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Édito de mai 2015: «Le poids des mots»

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[caption id="attachment_17876" align="alignleft" width="300"] Mélanie Frappa rédactrice en chef ELLE Québec © Marie H Rainville[/caption] «Tu ne devrais pas courir sur la plage, on voit bouger le gras de tes cuisses.» Je n’ai pas tout de suite compris la remarque tellement j’étais abasourdie. Cette phrase sortait de la bouche de ma meilleure amie. Je devais avoir 12 ou 13 ans et mes parents l’avaient invitée en vacances avec nous, au bord de la mer.» Je pense que c’est à ce moment précis que j’ai commencé à croire que j’étais grosse. Il faut dire que des mononcles un peu imbéciles avaient déjà commenté l’expansion de mon popotin dans des termes peu flatteurs: «Dis donc Mélanie, t’es bien une ado, avec tes boutons et tes grosses fesses!» Vraiment pas fort. Pourtant, je n’étais pas grosse. Je le suis devenue, par contre. Durant ma première année à l’université, je ne faisais que bosser, manger et pleurer parce que je n’obtenais pas les notes que j’espérais. J’ai alors engraissé de 20 lb. Les gens ne se gênaient pas pour me signaler que j’avais pris du poids. Une fois, je courais dans un parc avec une copine et un garçon s’est retourné sur mon passage en criant: «Continue, t’en as besoin!» Bon, je dois avouer que mon histoire familiale ne regorge pas de modèles de confiance en soi. Ma mère s’est toujours trouvée grosse et a répété toute sa vie qu’elle devrait se mettre au régime. Ça n’est encore jamais arrivé. Moi, je suis allée voir une nutritionniste. J’ai perdu mes rondeurs d’adolescente. Aujourd’hui, une vingtaine d’années plus tard, il ne se passe pas deux semaines sans que je monte sur un pèse-personne. J’ai parfois pesé plus, parfois moins, mais je reviens toujours à mon poids actuel. Quand je me regarde dans le miroir, je dois me convaincre, pratiquement tous les jours, que je ne suis pas grosse. Ça, c’est ma bataille à moi. Je la partage avec vous aujourd’hui, non sans un peu d’hésitation, de honte et de crainte. J’ai peur que vous me trouviez cinglée. Ce n’est pas faux. J’ai tendance, comme beaucoup d’adolescentes et d’adultes, à être insatisfaite de mon image corporelle. Si je vous ai raconté cette anecdote, c’est pour que vous réagissiez la prochaine fois que vous entendrez quelqu’un passer un commentaire sur le poids d’un petit garçon ou d’une petite fille. Parce que ce genre d’observation est gratuite, méchante, vraiment pas nécessaire, et qu’elle laisse des traces qui cicatrisent mal. Vous aurez compris que notre enquête sur l’estime de soi m’a particulièrement touchée et interpellée. Vous aurez compris aussi que j’ai souvent envie de casser la gueule aux gens qui se permettent de faire des remarques sur le poids de quelqu’un. Tant que ces commentaires fuseront, des évènements comme la Journée internationale sans diète (6 mai) ou sans maquillage (5 juin) auront leur raison d’être. Malheureusement. PSITT! La journée sans maquillage est là pour rester N’oubliez pas! Le vendredi 5 juin, c’est la Journée sans maquillage, l’occasion de réfléchir à l’importance qu’on accorde à l’image des femmes dans la société. Cette 6e édition marque un moment charnière pour la Journée sans maquillage, puisqu’elle sera désormais organisée par l’organisme ÉquiLibre, qui s’intéresse de près aux problèmes reliés au poids et à l’image corporelle au Québec. Pour en savoir plus sur la Journée: www.equilibre.ca/sansmaquillage. À DÉCOUVRIR: Pourquoi une journée sans maquillage? Journée sans maquillage: le pouvoir au naturel
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