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Ce que j'aurais aimé que l'on me dise après le décès de mon père

Elle Québec
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Ce que j'aurais aimé que l'on me dise après le décès de mon père

CONSEILS_QUE_JAURAIS_AIME_APRES_DECES_DE_MON_PAPA Mon papa est décédé il y a quelques années. Je ne me souviens plus de la date exacte, j'oublie même l'année. Mais je sais que c'était fin-octobre. Ma mère me rappelle la date chaque année, pour commémorer son décès. Moi, je préfère ne pas la retenir. Je n'ai jamais lu de livre ni fait de recherches sur le Web du style "Comment faire le deuil du décès d'un proche?", "Comment gérer les étapes du deuil?", ou "À quoi s'attendre quand on perd son père?" Peut-être que j'aurais dû. Peut-être que ça aurait fait une différence. Peut-être n'aurais-je pas eu à désamorcer ma propre crise émotionnelle quand j'ai entendu "Petit garçon" de Nana Mouskouri, pour la première fois en plus de 30 ans. C'était notre chanson. Avec du recul, il y tellement de choses que j'aurais aimé que l'on me dise après son décès. Des conseils qui se retrouvent sans doute dans des livres ou dans des blogues sur le sujet. Mais à l'époque, me plonger dans de la lecture sur la motivation personnelle était loin d'être une priorité; J'ai appris rapidement à jouer le rôle de la fille responsable (du moins, c'est l'impression que je dégageais de l'extérieur). J'ai fouillé dans la maison pour trouver les dossiers importants. J’ai géré la paperasse du gouvernement, organisé les funérailles, transféré les comptes au nom de ma mère, consolidé les investissements, et rangé tous les documents dans un beau dossier accordéon pour que ma maman s'y retrouve. J'ai effectué toutes ces tâches de façon très mécanique. Mais c'était ma façon d'apaiser la douleur. Les journées hyper chargées me convenaient très bien, j'étais dans ma phase " je-dois-tout-faire-pour-m'occuper", une période difficile, pour moi et pour ma famille, qui a duré environ un an. J'ai fait ce qu'il y avait à faire, sans trop me poser de questions. Sans éprouver le regret de ne pas avoir passé plus de temps avec mon père, ni de ne pas lui avoir assez dit que je l'aimais. Au contraire, j'avais des souvenirs vivaces et positifs de ses derniers jours. J'avais fait mon deuil, et il était temps de repartir du bon pied. Toutefois, j'avais mis tellement d'énergie dans la gestion des dossiers de mon père, que je n'avais même pas remarqué que l'état de ma mère empirait à vue d'œil. Au fil des années, ma cousine -qui habitait le même immeuble que ma mère- me disait qu'elle était étonnée de voir le volume de courrier qu'elle recevait dans sa boîte aux lettres. Je n'y avais jamais porté attention, surtout que nous n'habitons pas la même ville. Je me disais aussi que les magazines et autres qu'elle recevait ne pouvaient être qu'un bon moyen pour elle de passer le temps. Mais plus les mois avançaient, plus je réalisais qu'il y avait beaucoup plus que de simples publications dans son courrier. Elle recevait des lettres des quatre coins du monde: Australie, Suisse, Allemagne, Irlande, Nouvelle-Zélande… Et dans chaque enveloppe, on lui annonçait qu'elle était la GRANDE GAGNANTE de plusieurs milliers ou millions de dollars! Elle recevait un volume tellement important de PRIX chaque jour que le facteur avait commencé à déposer le courrier dans des sacs en plastique. Le pire, c'est que pour réclamer ces fameux "prix", ma mère devait envoyer un chèque de 40 $, de 60 $, voire de parfois plus de 100 $ à l'attention d'une entreprise "X" dont le nom n'excédait souvent même pas trois lettres! Des entreprises internationales, et introuvables bien sûr. J'avais lu plusieurs articles sur les arnaques visant les personnes âgées, mais jamais je ne pensais qu'une chose pareille pourrait arriver à quelqu'un de ma famille… surtout pas à ma mère qui avait consacré une bonne partie de sa vie à aider les familles défavorisées d'ici et d'ailleurs. Pendant plusieurs années, ma mère a envoyé les fameuses sommes sans jamais recevoir un seul gros lot. L'histoire a continué jusqu'à ce que son banquier m'appelle un jour en urgence pour me dire que son compte était dans le rouge de plusieurs milliers de dollars. Elle avait tout perdu dans ces arnaques postales à coups de 600 $ voire 1500 $ par mois. Aujourd'hui, je suis cosignataire de ses comptes bancaires. J'ai une relation personnelle avec son banquier et son gestionnaire de portefeuille, et depuis plusieurs mois, je redirige son courrier chez moi. J'ai opté pour la facturation électronique pour tous ses services, et je contrôle moi-même les transferts de fonds. J'ai même monté pour ma mère un dossier avec une cinquantaine d'exemples de différents cas de fraude pour qu'elle puisse identifier les futures arnaques, chose que j'aurais dû faire il y a plusieurs années. Je le dis souvent à mes enfants qu'il ne faut jamais regretter ses choix et j'applique cela dans ma vie. Mais si il y a une chose que je regrette profondément, c'est de ne pas avoir constaté sa descente plus rapidement, de ne pas avoir été attentive à son propre désarroi, trop occupée certainement à gérer mes propres sentiments face au décès de mon père. Malgré tout le travail accompli, la situation n'est pas encore pleinement réglée. Mais j'avance, étape par étape, une journée à la fois, avec l'aide des mes amis et de ma famille. Et je tente (au moins) de profiter de l'occasion pour sensibiliser mes enfants aux fraudes en leur montrant à quoi ressemblent les fausses loteries et les tentatives d'escroquerie. «Mais on dirait qu’elle a vraiment gagné de l’argent, maman!» m'a dit l'autre jour mon petit coco de 7 ans. «Oui, on dirait…». À DÉCOUVRIR Lettre à ma mère, par Rima Elkouri Peut-on soigner son anxiété Lettre à mes filles, par Patrice Godin Lettre à ma mère, par Monia Chokri
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