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Terry Richardson et moi

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Terry Richardson et moi

The Girl Who Stole Summer (GQ) 2013-10-29 13-24-43 La première fois que j’ai feuilleté un livre de photos de Terry Richardson, je ne vous mentirai pas, j’ai aimé les premières pages. J’ai aimé l’humour et l’irrévérence de ce photographe de mode qui immortalisait les magnifiques femmes qui défilaient devant son objectif, comme si c’était des girls next door un peu saoules qui faisaient des conneries dans un party un peu trash. J’ai aimé l’insolence, la drôlerie, le clownesque parfois un peu triste de ces photos. Terry photographiait les stars et les top-modèles avec naturel, spontanéité, et sans aucune déférence particulière, malgré le rang quasi royal qu’elles occupaient dans notre culture populaire. J’ai aimé ce supplément d’âme qui accompagnait ses images à la lumière si crue, comme si on avait braqué un flash un peu trop fort sur des gens qu’on pourrait connaitre: ici, une fille a le mascara qui coule, là, un mec a des rougeurs dans le visage… Pas de doute, Terry Richardson est capable du meilleur, comme le montrent ses clichés d’un Barack Obama détendu et accessible, certaines de ses couvertures de magazine étonnantes de fraicheur, et même ces photos tendres et grotesques de ses parents, vieilles personnes indignes et joyeuses. Mais le photographe est aussi capable du pire. En continuant à feuilleter ce premier livre que j’avais découvert sur son travail, j’ai fini par avoir un haut-le-cœur. Cette enfilade de filles très belles et un peu fatiguées, plus ou moins déshabillées, sont pour moi du voyeurisme. La vulgarité de ses photos, même si elle était ludique et assumée, me sautait aux yeux . En fait, pour dire les choses crument, j’avais l’impression que Terry Richardson créait des photos pour se faire bander. Il le faisait simplement un peu mieux que les photographes de Hustler… Et puis est arrivé le scandale: il y a trois ans, des mannequins ont dénoncé le harcèlement sexuel que Terry Richardson leur ferait régulièrement subir durant les séances photo. Rie Rasmussen, une top danoise citée par le New York Post, a déclaré: « Il choisit des filles jeunes, les manipule pour qu’elles se déshabillent et prend des photos d’elles dont elles auront honte. Elles ont trop peur de refuser parce que leur agence leur a trouvé ce job et qu’elles sont trop jeunes pour avoir le courage de leurs opinions. » Conséquence de ces témoignages? Absolument aucune. Terry Richardson est toujours aussi en demande qu’auparavant, et compte parmi ses clients les magazines GQ, Vogue, Harper’s Bazaar, tout comme les compagnies comme H&M, Aldo, Target… Récemment, une pétition a été lancée pour demander à ceux qui continuent d’engager Terry Richardson de le boycotter. Plus de 10 000 signatures ont déjà été recueillies sur le site Change.org. Alors, on signe ou pas? Perso, je suis partagée. D’un côté, je trouve que Terry Richardson est un pervers fini et que la plupart de ses réalisations sont d’un mauvais goût absolu (oui, je pense à cette série ridicule où Miley Cyrus joue de sa langue, de ses faux ongles en acrylique et d’un body particulièrement échancré. En plus,s’il faut en croire les témoignages qui ont filtré jusqu’à maintenant, Tonton Terry se rendrait coupable de harcèlement pur et simple. Et ça, c’est dégueulasse. D’un autre côté, je ne déteste rien tant que les chasses aux sorcières, parce qu’elles ont souvent des effets pervers: quand l’opinion publique se retourne unanimement contre un artiste qui a fait de la provocation sa marque de commerce, le danger est que sa cote de popularité s’en trouve décuplée… Et puis, les accusations de harcèlement sexuel envers lui ne devraient-elles pas faire l’objet d’une enquête policière plutôt que d’un boycottage pur et simple? Et vous, qu’en pensez-vous?   Photo: Photo tirée du reportage Emily Tatajkowski: The Girl Who Stole Summer de l'édition de Novembre du magazine GQ
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