Point de départ: Johannesburg 

La ville est si étalée qu’on n’en finit pluuus d’atterrir! Même si on me traite aux petits oignons dans la cabine Economy de Turkish Airlines, après 10 heures de vol au départ d’Istanbul, j’ai hâte de me délier les gambettes. Je suis aussi très excitée à l’idée de fouler le sol où Nelson Mandela a triomphé de l’apartheid, cet odieux régime politique qui misait sur la ségrégation raciale. 

Johannesburg, aussi connue sous le nom d’Egoli (qui signifie «Cité de l’or» en zoulou), a été fondée en 1886 autour des collines aurifères du Witwatersrand. Elle attire aujourd’hui un nouveau genre d’aventuriers: nous! Thabo Thanini, le chauffeur de taxi qui me cueille à l’aéroport, confirme effectivement qu’il y a de plus en plus de touristes depuis 10 ans. «Ils sont moins pressés qu’avant de partir en safari, sans doute parce que les mesures de sécurité sont meilleures, qu’il y a plus de patrouilles de police et de gardiens privés», dit-il. Voilà qui est rassurant parce que la destination a déjà eu mauvaise presse à cet égard.

En même temps, c’est précisément l’instabilité de son climat social et son passé tumultueux — l’enclave de Soweto était l’épicentre de la lutte antiapartheid — qui contribuent à faire de Jozi, comme l’appellent aussi ses habitants, la mecque artistique du continent africain. «Les situations conflictuelles créent toujours un environnement propice à la création», estime Sonja Zytkow, propriétaire de ZA Etc, une boutique valorisant le travail d’artisans joailliers du cru. Ça vaut pour l’artisanat, la cuisine, les arts visuels — et notamment l’art de la rue, qui prend d’assaut le quartier Newtown —, la musique et la mode avec, par exemple, Palesa Mokubung, la femme derrière Mantsho. En 2019, celle-ci devenait la première designer sud-africaine à présenter une collection capsule chez H&M.

Newtown et Maboneng sont réputés pour leur street art

 Newtown et Maboneng sont réputés pour leur street artCarolyne Parent

Par ailleurs, pour Fabrice Dabouineau, directeur de l’hôtel-musée Satyagraha House au sein du groupe Voyageurs du Monde, une agence spécialiste de l’aventure sur mesure, l’émergence des born free, cette génération libre née après l’élection de Nelson Mandela, contribue à dynamiser le pays. «Ces gens de 25-30 ans m’épatent, dit-il. Ils ont une approche décomplexée, résolument optimiste et entreprenante, et ils sont souvent à la tête de projets novateurs.»

Marchés gourmands, événements culturels, ouverture de restaurants et de bars où l’amapiano (genre musical local mixant le house, le rap et le jazz) est roi… Post-COVID, on sent que la capitale économique du pays est animée d’un nouvel optimisme. «C’est comme si le désir de renouveau qui régnait à la fin de l’apartheid [de 1991 à 1994] reprenait de plus belle», me confie Lisa Storer, propriétaire du magasin de beaux objets africains The Storer. Et c’est heureux, car on en profite!

La Satyagraha House, à Johannesburg

La Satyagraha House, à JohannesburgSatyagraha House

De bons filons 

On s’installe à l’élégante Satyagraha House, dans le quartier résidentiel d’Orchards. Pourquoi? Parce qu’un jeune militant du nom de Mohandas Gandhi y a peaufiné la satyagraha, sa philosophie de résistance non violente, utile depuis aux Greta Thunberg de ce monde! Parce que cette superbe maison-musée a été construite en 1907 sur le modèle d’une ferme sud-africaine par son ami architecte, Hermann Kallenbach, avec qui il y a vécu deux ans. Et parce qu’on y propose du yoga au jardin, des concerts unplugged sous les arbres, des massages et des repas végé tels que le mahatma les aurait aimés.

On sort son mouchoir au très émouvant Musée de l’apartheid et on tente de comprendre les tenants et aboutissants d’une répression qui a duré près de 50 ans. Puis, on explore Soweto (South Western Township) et la maison-musée de Nelson Mandela

Thon

ThonMarble

On musarde du côté des galeries d’art du Keyes Art Mile, et notamment du côté de la Everard Read, qui représente des superstars du pays, comme Lady Skollie. Au Rosebank Art & Craft Market, place aux beaux objets perlés typiquement sud-africains. 

On magasine au 44 Stanley. The Storer et plusieurs autres belles enseignes se déploient autour de cours intérieures arborées dans ce qui a été, autour des années 1930, un ensemble industriel. Ensuite, direction le chouette quartier de Melville, dans les parages de la 7th Street et des 3rd et 4th Avenue, le temps d’un café au Bread & Roses ou d’un cocktail au bar tiki de l’Anti Social Social Club. Chez ZA Etc, on admirera le travail des joailliers locaux. 

On trinque au bar rooftop du Living Room. On se régale au Marble. Il y a de… l’antilope au menu de cette table, qui donne dans le genre braai (barbecue) chic. Chez Les Créatifs, on découvre la cuisine du chef Wandile Mabaso, un nom qui monte. Et dans un ancien garage du quartier Braamfontein, place à la fête le samedi autour de bières locales et de tapas dans le cadre du marché Neighbourgoods

Tinga Lodge

Tinga LodgeLion Sands Game Reserve

Grand koudou

Grand koudouCarolyne Parent

Les «cinq grands» droit devant! 

Entre le moment où on m’a tendu la clé de ma villa au superbe Tinga Lodge de la réserve privée Lion Sands et celui où j’en ai déverrouillé la porte, soit exactement cinq minutes plus tard, j’avais déjà aperçu trois éléphants, quatre girafes, un nyala (une espèce d’antilope) et plusieurs singes vervets. Au terme de ma première sortie en Jeep, j’avais déjà pu observer d’autres Babar, des buffles d’eau, des lions et un léopard. Le lendemain matin, j’observais le cinquième des «cinq grands», le rhinocéros. Et c’est sans compter les zèbres, les babouins, les rolliers à gorge lilas, les hyènes et les mignons koudous croisés au passage! Au River Lodge de la même réserve, des impalas venaient même brouter sur ma terrasse. Vous dire les frissons, l’émotion, l’émerveillement… Le grand avantage de séjourner dans une réserve privée comme celle de Lion Sands, en bordure de la rivière Sabie, réside dans le fait qu’il y a un tandem guide et pisteur officiant pendant les sorties d’observation. Bien sûr, on peut visiter le Parc national Kruger par soi-même en voiture, mais il est interdit de quitter la route, alors que dans les réserves privées, on peut sillonner le bush et le personnel des lodges peut même nous y organiser un dodo sous les étoiles dans une « suite » sur pilotis! 

Le Cap

Le CapCarolyne Parent
Boschendal

Le choc du Cap 

Bienvenue aux confins de l’Afrique, à 1400 kilomètres au sud-ouest de Johannesburg! Au spacieux plateau de Jozi, Le Cap oppose un territoire qui semble presque à l’étroit entre la mer et la mirifique montagne de la Table. Bref, le changement de décor est ra-di-cal. 

Cabo Tormentoso, puis cap de Bonne-Espérance, pour les explorateurs portugais. Kaapstad pour le commandant Jan van Riebeeck. Taverne des mers pour les équipages qui, sur la route maritime des épices, s’y ravitaillaient. Aujourd’hui, Le Cap est… la San Francisco de l’Afrique du Sud, selon M.Dabouineau: «C’est une ville magnifique, cosmopolite, à l’atmosphère bohème, qui attire des artistes venant des quatre coins de la planète.» Je confirme. 

Du haut de Signal Hill, le chapelet de plages qui ourlent la côte me fait de l’œil. J’aperçois ensuite Robben Island, l’Alcatraz de l’Afrique du Sud, ancrée dans le glacial Atlantique Sud, et mes pensées vont vers Nelson Mandela, qui y a été emprisonné pendant 18 ans. Mon regard se pose ensuite sur le port et le secteur Victoria & Alfred Waterfront, un pôle de divertissement qui réunit boutiques, restaurants, bars, musées et sites patrimoniaux sur les quais. À l’ombre du massif, voici le City Bowl, ou centre-ville, aux rues pentues… Il est grand temps d’y aller, non?

Ciel d’Afrique et douce France!

À moins d’une heure de voiture du Cap, nous voilà sur la réputée route des vins de Stellenbosch, dans la région montagneuse du Boland (Haute Terre). Ici, halte au vignoble Jordan Wines Stellenbosch, où la dégustation (il faut goûter au chardonnay primé!) se fait au fil d’une balade sur les hauteurs de ce superbe domaine, au cœur des vignes rafraîchies par la brise provenant de False Bay. Bon à savoir: on peut loger sur place, dans les anciennes maisonnettes des ouvriers viticoles.

Bo-Kaap

Bo-KaapCarolyne Parent

Un autre immense coup de cœur? Franschhoek, le «coin des Français» en afrikaans, situé à l’ombre des montagnes Groot Drakenstein. Avec ses maisons de style Cape Dutch, ses galeries d’art, ses bars à vin et, surtout, sa toponymie française, vestige des huguenots qui ont lancé la viticulture dans ces parages au 17e Siècle, ce «coin» est plus que charmant.

Tout à côté, la wine farm Boschendal, la plus ancienne au pays après Constantia, nous accueille le temps de goûter à son renommé mousseux Méthode Cap Classique. Mais le mieux, c’est encore de loger dans l’un de ses cottages, car grâce à son manoir de 1810, ses jardins, son centre équestre, son immense potager bio d’avant-garde, qui fournit le Werf, dont la table est réputée, c’est une destination en soi. Des visites guidées y sont d’ailleurs organisées. 

Le Cap et l'hôtel-boutique Compass House

Le Cap et l'hôtel-boutique Compass HouseCompass House

De bons plans

On s’installe à la Compass House, qui surplombe Bantry Bay. Dans cet hôtel-boutique de huit chambres et suites règne une ambiance «comme à la maison de vacances». À retenir: sur la terrasse avec piscine à débordement, on est aux premières loges pour admirer le coucher du soleil, un verre de bulles Méthode Cap Classique à la main! 

On arpente Woodstock, l’ancien QG d’une industrie textile en déclin, et aujourd’hui un quartier d’artistes en devenir. À la Foundry, on salue le joaillier York Van Rheede Van Oudtshoorn dans son atelier, VRVO. Ensuite, direction l’Old Biscuit Mill. Dans cette ancienne minoterie reconvertie en centre de création, on zieute les colliers signés Pichulik et inspirés des parures des Ndébélés au Bello Studio; on rencontre le céramiste Andile Dyalvane, créateur d’étonnantes pièces d’argile scarifiées, à Imiso Ceramics; on se laisse tenter par des objets déco ludiques de la compagnie Abode; et tout en haut du silo, au Pot Luck Club, on s’attable le temps d’un lunch mémorable avec vue.

Le spectaculaire hôtel The Silo Loge dans un ancien silo à grains

Le spectaculaire hôtel The Silo Loge dans un ancien silo à grainsMark Williams

On prend des couleurs dans Bo-Kaap, le quartier malais réputé pour ses maisons au crépi couleur bonbon, puis à la tombée du jour, on fait la fête au village De Waterkant.

On s’oxygène le temps d’une rando au sommet de la montagne de la Table, d’où on aperçoit jusqu’au cap de Bonne-Espérance par temps clair.

On constate qu’un vieux silo à grains peut très bien se métamorphoser en hôtel et en musée d’art contemporain, en l’occurrence le Zeitz MOCAA. Qui est l’architecte derrière cette impressionnante réalisation? Celui-là même qui a imaginé Vessel, à New York: Thomas Heatherwick. 

On roule sur l’une des routes les plus spectaculaires du pays, tracée dans la montagne, au sud du Cap: Chapman’s Peak Drive. Et comme on se pince tellement c’est beau, on s’installe tout à côté, au romantique petit hôtel de bord de mer Tintswalo Atlantic, à Hout Bay. Ici, une dizaine de chambres, une plage sauvage, des phoques, et la paix! De belles randos sont également possibles dans cette portion du parc national de la montagne de la Table. En passant, dans la langue des Shangaans, tintswalo se rapporte au sentiment d’amour et de gratitude qu’on éprouve en recevant un présent. Et c’est exactement ce que je ressens en contemplant ici le travail de mère Nature. 

Carnet de route

La meilleure — et la plus rassurante  — façon d’y aller par soi-même: s’en remettre à Voyageurs du Monde, une agence qui a des établissements à Montréal et à Québec. Grâce à son service de conciergerie, on garde contact 24-7 avec le spécialiste attitré à notre itinéraire. Pour obtenir de l’aide en cas de couac ou une table au resto le plus branché en ville, c’est impec!

Les meilleurs mois:

+ Pour Johannesburg: toute l’année — sauf de novembre à janvier, des mois pluvieux.

+ Pour Le Cap: toute l’année — sauf les mois pluvieux, de mai à août.

+ Pour un safari: d’avril à octobre. Comme c’est la saison sèche, l’herbe est moins haute et les animaux se repèrent mieux que pendant l’été austral.

Le bon vol pour Johannesburg: celui de Turkish Airlines, qui nous offre, pendant notre correspondance à Istanbul, l’occasion d’explorer cette ville fabuleuse grâce au programme d’excursions gratuites TourIstanbul.

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