Style de vie
Les autrices canadiennes dominent le genre romantique
Au cœur de l'univers des romancières de passion les plus célèbres du pays.
par : Patricia Karounos- 16 avr. 2026

John Russo, Andrea Stenson, The Kindred Wolf, May Truong, Megan Preece
Il suffit de se balader dans la section Romance de n’importe quelle librairie, de consulter #BookTok ou de parcourir les rangées de titres sur la plateforme de diffusion de notre choix pour tomber sur une histoire d’amour écrite par une Canadienne. Celles de la journaliste devenue autrice à succès Carley Fortune, par exemple, ou de l’experte des comédies romantiques noires Brynne Weaver ou encore de la reine des romances queer de hockey Rachel Reid (c’est à ses romans qu’on doit Rivalité passionnée, la nouvelle série chouchou dans Internet). Les autrices canadiennes sont au cœur du boom du genre romantique, et la planète entière en prend note.
Dans cet article, nous mettons en lumière quelques talents canadiennes qui changent la donne dans leur domaine.
Elle Kennedy
John RussoAu cours de la dernière décennie et demie, Elle Kennedy a publié plus de 40 livres. Motivée et disciplinée de nature, cette romancière originaire de King City, en Ontario, s’est mise à la recherche d’un agent littéraire à l’âge de 14 ans car elle a eu l’intuition qu’elle «réussirait à faire carrière dans le monde de l’édition.» On peut affirmer sans exagérer qu’il n’y a rien qu’Elle Kennedy préfère à l’écriture. «Même lorsque je suis censée prendre une pause, j’écris pour le plaisir, dit-elle. C’est quelque chose que je n’arrive pas à réfréner.»
Des dialogues vifs, de l’esprit et un récit vivant sont ce à quoi ses lecteurs peuvent s’attendre depuis la sortie de ses deux premiers livres (un suspense romantique et une histoire d’amour contemporaine) quand elle était au début de la vingtaine. Elle a toujours eu un public fidèle, mais c’est en 2015, lorsqu’elle a autoédité The Deal (le premier tome de sa série Off-Campus, romance portant sur le hockey et dont l’action se passe à l’Université Briar), qu’elle a connu un succès encore plus grand. Cette série est devenue si populaire qu’elle a été republiée, et, depuis, Elle Kennedy a écrit plusieurs romans dérivés qui se déroulent aussi dans l’univers de cette université. La série a également été adaptée en série télévisée pour Prime Video et sera diffusée cette année – un dénouement auquel Elle Kennedy peine toujours à croire. «J’ai visité le plateau de tournage, et de voir sous mes yeux ce qui était dans ma tête, je ne peux même pas décrire ce sentiment.»
Lorsqu’elle écrit, que ce soit une romance sur le thème du hockey ou sur un sujet tout à fait différent (cet été, elle publiera Thornbird, un roman à suspense pour adultes), elle s’efforce de ne pas penser à la manière dont ses livres seront reçus. Elle reconnaît toutefois que cet objectif devient de plus en plus difficile au fur et à mesure que son lectorat grandit. «Généralement, les gens adorent ou détestent; alors, j’essaie de garder mes attentes très basses, et si elles sont surpassées, eh bien, tant mieux. Si j’essaie quelque chose de nouveau, j’espère qu’au moins une personne aimera ça. Mais quand il s’agit de l’univers Briar, mes attentes sont un peu plus élevées. Je ne veux pas décevoir mes lecteurs. Je veux qu’ils adorent ces livres.»
Uzma Jalaluddin
Andrea Stenson«Je ne savais pas que j’écrivais de la romance; ce qui est ridicule étant donné que je suis professeur d’anglais», dit l’autrice Uzma Jalaluddin (qui habite à Markham, en Ontario) à propos de son premier roman, Ayesha at Last, publié en 2018. Elle a toujours aimé lire et elle écrivait pour elle-même depuis des années, et a même rédigé un roman, qu’elle a finalement abandonné. Après l’avoir terminé, elle a réalisé que le livre n’était pas très bon», mais qu’il y avait un personnage qu’elle n’arrivait pas à oublier. Ce personnage est devenu Khalid, le protagoniste d’Ayesha at Last, une comédie romantique grisante inspirée par Orgueil et préjugés, qui met en scène une jeune femme musulmane prise de court par son intérêt pour un homme moralisateur qui s’apprête à contracter des fiançailles arrangées avec sa cousine.
«J’ai écrit Ayesha at Last entre 2010 et 2017, à une époque où il n’y avait pas d’histoires mettant en scène des Canadiens musulmans dans la fiction de genre; certes, il y avait des livres écrits par des musulmans pour des musulmans, mais il s’agissait de fiction littéraire ou historique, ou encore, d’œuvres à caractère politique, estime Uzma Jalaluddin. Je me suis dit: “Mais qu’en est-il du quotidien? Des personnages qui tombent amoureux et qui s’adonnent simplement à être musulmans? Où sont nos histoires heureuses?”»
Cinq romans d’amour (et un roman policier intitulé Detective Aunty) plus tard, Uzma Jalaluddin est officiellement devenue une incontournable sur les rayons. Son roman Hana Khan Carries On, paru en 2021 – une histoire aux airs du film Vous avez un message qui prend place entre deux restaurants halal compétiteurs) –, est en cours d’adaptation pour le cinéma, et Mindy Kaling en est la productrice. Mais ce qui fait que les livres d’Uzma Jalaluddin se démarquent, c’est la façon dont ils sont enracinés dans la communauté. En romance, un genre qui se concentre habituellement sur la relation entre deux personnes, il est rare de voir des personnages secondaires bien développés, à l’exception d’une meilleure amie ou deux. Uzma Jalaluddin réussit toujours à créer une panoplie de personnages dynamiques (des tantes qui ne se mêlent pas de leurs affaires ou d’autres membres de la famille qui jouent des tours) qui semblent réels – tout en tissant une histoire d’amour qui nous donne des papillons dans le ventre. «Écrire de la romance nous permet de faire tant de choses et d’avoir tellement de plaisir, car on dispose d’une très grande toile, dit-elle. Je peux m’inspirer de ma propre expérience en tant que musulmane canadienne et écrire des histoires super romantiques du même coup.»
Elsie Silver
The Kindred WolfLorsqu’Elsie Silver a autoédité son premier livre, Off to the Races, en 2021, elle était «tellement nerveuse qu’une veine a éclaté dans [son] œil.» Près de cinq ans plus tard, elle a 14 livres (un 15e est en cours!) à son actif. Cette autrice, qui a grandi en Alberta et en Colombie-Britannique, a découvert des copies jaunies de romans d’amour torrides (romances historiques) durant un été pluvieux passé au chalet de ses grands-parents. Ç’a été le coup de foudre dès la première page. «Lire des romans d’amour à la préadolescence a été très sain pour mon estime de moi et pour mes attentes envers mes futurs partenaires et mes relations», déclare-t-elle. Mais Elsie Silver n’avait pas pensé à transformer sa passion en carrière d’écrivaine. C’était avant que la pandémie ne frappe et que son travail comme rédactrice universitaire ne devienne quasi inexistant. C’est à ce moment-là que sa mère l’a encouragée à écrire «un des types de romans qu’elle lisait constamment».
En ligne, Elsie Silver s’est rapidement fait connaître pour ses histoires d’amour brûlantes qui se déroulaient dans de petits villages à l’ambiance western et qui mettaient en scène, par exemple, un mauvais garçon monteur de taureaux qui s’éprend de la fille de son agent, ou une chanteuse country qui s’évade vers les montagnes et s’amourache d’un dresseur de chevaux. Ses personnages féminins sont forts et décomplexés, ses hommes, maussades et hypermasculins, jusqu’à ce qu’ils tombent amoureux. Quand le sixième livre d’Elsie Silver, Flawless (le premier de la série Chestnut Springs) est sorti en 2022, il est devenu viral sur TikTok, et elle a été propulsée au statut d’autrice vedette. Aujourd’hui, elle a un contrat d’édition, c’est une autrice à succès du New York Times et deux de ses séries romantiques interconnectées (Chestnut Springs et Rose Hill) sont en développement pour la télévision. Et plus elle écrit, «plus elle trouve sa voix», dit-elle.
Elsie Silver croit que son environnement paisible au Canada – qu’on lui a d’abord conseillé d’éviter – a grandement contribué au succès de ses livres. «Il y a un élément d’évasion dans mes romans, dit-elle. Les gens e que ces lieux ne seraient pas accessibles, mais je ne voulais pas situer mes histoires ailleurs. À mes yeux, le paysage canadien est majestueux. Quelque chose en moi associe ce pays au bonheur. Même durant les années les plus difficiles de mon adolescence, dès que j’arrivais dans la grange, je savais que tout s’arrangerait. C’est un refuge pour moi, et je crois que ça transparaît dans ma façon de raconter mes histoires.»
Lily Chu
May TruongL’autrice torontoise Lily Chu considère le jour de son anniversaire comme un «Nouvel An personnel»: elle pense alors à ce qu’elle a accompli et songe à ce qu’elle aurait pu changer. Lorsqu’elle a eu 40 ans, après avoir passé des années à écrire «des livres horribles», qu’elle ne partageait avec personne, Lily Chu s’est enfin fait une promesse. «Je me suis dit “C’est l’année où je vais m’organiser pour percer par mon écriture – ou bien je me mettrai à faire de la couture”», dit-elle en riant. C’est étonnant ce qu’on peut accomplir avec un peu de concentration et de détermination: après quelques recherches et quelques demandes, elle s’est trouvé un agent grâce à un concours sur Twitter.
À cette époque, les livres de Lily Chu comprenaient des éléments de romance, mais les genres variaient – paranormal, steampunk, mystères. Elle n’a pas eu de succès quand elle a essayé de les vendre. Finalement, elle a décidé de tenter sa chance en imaginant une comédie romantique – ce que son agent lui avait d’ailleurs lui conseillé. En moins de six mois, Lily Chu avait écrit le brouillon de The Stand-In (qui porte sur une femme engagée comme doublure pour une actrice chinoise) et l’avait envoyé à des maisons d’édition, ce qui lui a valu un contrat avec la plateforme de livres audio Audible. À ce jour, Lily Chu a écrit cinq comédies romantiques qui, avant d’être imprimées, ont d’abord été lancées en format audio (on peut y entendre la voix de la vedette de Hamilton, Phillipa Soo, dans chacune d’elles et celle de John Cho dans un de ces audiolivres). «La catégorie audio cartonne depuis quelques années; alors, j’étais intéressée à l’idée de pouvoir donner de la visibilité au roman auprès de gens qui délaissaient l’imprimé et commençaient à écouter des livres», dit-elle.
Qu’on écoute ou qu’on lise une des comédies romantiques effervescentes de Lily Chu, on peut s’attendre à une histoire ludique qui traite tout de même la vie et l’amour de manière sérieuse, même si les personnages sont, par exemple, une idole de la K-pop qui s’éprend d’une personne «normale». «J’aime que mes personnages s’entraident dans la vie quotidienne, dit-elle. L’avantage d’avoir un partenaire attentionné et respectueux, c’est qu’il est présent lorsqu’on vit une journée difficile à cause de notre patron, d’une chicane avec un membre de notre famille ou parce que le métro tombe en panne. Mes livres abordent beaucoup de situations auxquelles on est confrontés. Par exemple, que faire quand on tombe en amour et qu’on a envie de passer tout notre temps avec quelqu’un, mais qu’il faut tout de même payer le loyer?»
Hannah Bonam-Young
Megan PreeceComment Hannah Bonam-Young est-elle passée de l’autoédition de romans d’amour à la liste des meilleurs vendeurs du New York Times? Tout a commencé quand ses proches l’ont «légèrement intimidée» (en d’autres mots, ils l’ont encouragée et ont cru en elle de manière persistante) pour qu’elle partage Next of Kin (l’histoire d’un homme et d’une femme qui se rencontrent alors qu’ils prennent soin de leurs frères et sœurs plus jeunes) avec des gens qui n’étaient pas dans son cercle rapproché. Ça a poussé l’autrice, qui habite près de Niagara Falls, en Ontario, à s’autoéditer, activité qui lui a finalement permis de disposer d’assez de revenu pour quitter son emploi et se consacrer à l’écriture à temps plein. Ses livres ont commencé à devenir populaires en ligne, ce qui a suscité l’intérêt des maisons d’édition internationales et, finalement, l’a aidée à décrocher un contrat d’édition. Dans son dernier livre, People Watching, on suit une femme qui prend soin de sa mère, atteinte d’alzheimer précoce, au moment où un bel étranger débarque au village). Quand ce roman est arrivé sur les rayons l’automne dernier, il a fait ses débuts sur la liste convoitée du New York Times. «J’étais contente de pouvoir gagner un peu d’argent avec mes livres; mon objectif était de quitter mon emploi, et c’est ce qui s’est produit. Tout ce qui est arrivé par la suite me fait encore dire “Waou”.»
La romance est au cœur des cinq romans d’Hannah Bonam-Young, mais ils sont propulsés par un amour profond envers l’humanité et par un désir d’aider les gens à se sentir respectés, surtout ceux qui ne sont pas souvent représentés dans les médias. Dans Next of Kin, par exemple, les dynamiques familiales non traditionnelles «étaient personnelles et proches de [son] cœur»; et dans Out on a Limb, une histoire virale sur TikTok, qui dépeint la relation entre deux personnes ayant un handicap visible, Hannah Bonam-Young met en vedette un personnage inspiré de son cas: elle est atteinte de symbrachydactylie (un état caractérisé par des doigts courts, palmés ou absents). «On aime voir les gens tomber en amour quand des parties d’eux-mêmes, qu’ils ne désirent pas montrer aux autres, sont vues et acceptées, dit-elle. Je veux raconter des histoires pour ceux et celles qui n’ont pas souvent l’occasion de voir des personnes qui leur ressemblent tomber en amour; et quand mes lecteurs me disent qu’ils se sentent acceptés, je trouve ça tellement beau. Ça me fait réaliser que mes livres ne sont pas seulement des histoires, mais qu’ils rappellent aussi aux gens qu’ils méritent, eux aussi, d’être aimés. J’aimerais que les gens lisent mes livres, s’identifient aux personnages et se disent: “Je ne vais pas me contenter de moins. Je ne vais pas accepter moins que ce que je mérite.”»
Magasinez les romans d’amour préférés de vos autrices de romans d’amour préférées
The Simple Wild, K.A. Tucker
«J’adore la prémisse de la citadine qui part en Alaska et se retrouve comme un poisson hors de l’eau. J’adore aussi le style d’écriture de K.A. Tucker.» – Elle Kennedy
Prix : 25 $
Kamila Knows Best, de Farah Heron
«Une réinterprétation mignonne d’Emma. J’adore Farah Heron. C’est une super écrivaine, et je recommande tous ses livres.» – Uzma Jalaluddin
Prix : 22 $
Strung Along, d’Hannah Cowan
«C’est le premier livre de la série Cherry Peak, que j’adore. J’ai lu plusieurs des livres de Hannah; elle est formidable.» – Elsie Silver
Prix : 23 $
Donut Fall In Love, de Jackie Lau
«Donut Fall in Love, qui met en scène une pâtissière et un comédien, est mon roman préféré de Jackie Lau. C’est à la fois ludique, sérieux et plein d’humour, ce qui donne un livre absolument délicieux.» – Lily Chu
Prix : 22 $
Exes & O’s, d’Amy Lea
«Une comédie romantique parfaite: saisissante, captivante, avec des personnages adorables et étoffés, en plus d’une histoire agréable et amusante.» – Hannah Bonam-Young
Prix : 26 $
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