C’est pendant les tournages du film Menteuse et de la télésérie Indéfendable que j’attrape une Anne-Élisabeth très consciente d’être choyée par son métier. («Je le sais qu’il n’y a pas beaucoup de tournages ces temps-ci et que j’ai plein d’amis qui “rushent”. Ça me gêne [de travailler autant], mais je sais à quel point je suis chanceuse; et je l’apprécie.») Et ce n’est même pas pour l’un ou l’autre de ces projets que je l’interviewe. Je l’ai au bout du fil pour un cadeau qu’elle ne pensait plus recevoir, soit celui d’incarner le personnage principal de la pièce Les gens, les lieux, les choses, chez Duceppe, en septembre. «C’est une offre que je n’attendais plus, lance Anne-Élisabeth, le sourire dans la voix. Je me disais que je m’étais peut-être éparpillée dans ma carrière et qu’inconsciemment, j’envoyais le message que ça ne me tentait plus [de jouer au théâtre]. Quand j’ai reçu le courriel pour la pièce, j’étais sur le plateau du film Nos belles-sœurs, et je l’ai relu cinq fois en me répétant que c’était sûrement une erreur, qu’il était peut-être destiné à quelqu’un d’autre de mon agence. Mais non, c’était bel et bien pour moi.» 

Cette pièce, écrite par le dramaturge britannique Duncan Macmillan et jouée pour la première fois à Londres en 2015, aborde de front la dépendance d’Emma, une comédienne qui voit sa carrière lui glisser entre les doigts à cause de sa consommation excessive. Pour continuer de travailler dans son milieu, un seul choix s’offre à elle: entrer en centre de désintox. «Mon personnage est dans le déni par rapport à son problème de consommation et il entre en désintox avec la mission de dire à tout le monde présent que de consommer, c’est la seule façon de vivre. Comme Emma est très intelligente, on en vient à se demander si elle va y arriver.» 

Les gens, les lieux, les choses

Les gens, les lieux, les choses

Anne-Élisabeth réfléchit quelques secondes et précise sa pensée sur la position de l’auteur à propos du traitement des dépendances. «C’est très complexe d’écrire sur l’addiction et la réhabilitation, car il faut envoyer le bon message. Je dirais que, dans cette œuvre, l’auteur tient la santé des spectateurs entre ses mains: est-ce un show qui nous donne le goût de retomber dans la dépendance ou qui nous pousse à vouloir guérir? J’imagine le miroir qu’elle peut offrir sur le déni et les habitudes de consommation des gens… Veut-on vraiment s’en sortir? (Silence) Je pense que je n’ai même pas encore saisi l’ampleur de l’aventure que je m’apprête à vivre et de l’effet que la pièce aura sur les spectateurs.» 

«Je pense que je n’ai même pas encore saisi l’ampleur de l’aventure que je m’apprête à vivre et de l’effet que la pièce aura sur les spectateurs.»

Par contre, ce qu’elle saisit profondément, c’est le privilège qu’on lui accorde en lui confiant ce rôle. «Cette pièce-là, beaucoup de gens ont voulu la monter et se sont battus pour en avoir les droits… Le fait que ce soient les directeurs artistiques de Duceppe qui la produisent et que ceux-ci aient décidé de me faire confiance, c’est fou! J’ai une pépite entre les mains quand je pense à l’entourage, au texte, à la salle et au metteur en scène [Olivier Arteau]! Il faut maintenant que je sois à la hauteur, et je vais fournir tous les efforts nécessaires pour l’être.»

Les gens, les lieux, les choses, du 12 septembre au 12 octobre, chez Duceppe, et du 15 janvier au 8 février 2025, au théâtre du Trident.