Style de vie
6 nouveautés culturelles à ne pas manquer ce mois-ci
Littérature, musique, théâtre : on vous partage les nouveautés culturelles à découvrir.
par : Elle Québec- 13 juin 2025

Musique
À l’image de Taylor Swift, une artiste qu’elle admire depuis longtemps, STÉPHANIE BOULAY n’est jamais aussi motivée à créer que lorsqu’elle vit une rupture amoureuse. On pourrait même dire que, chez elle, séparation rime avec inspiration. «Mes relations semblent toujours avoir une durée de deux à quatre ans, ce qui ressemble pas mal au cycle de vie d’un album», admet l’autrice-compositrice-interprète en parlant de la genèse de son plus récent album solo, Est-ce que quelqu’un me voit?. L’opus est donc né de la mort d’une relation, mais il aborde aussi d’autres deuils, notamment celui de ne pas être mère (J’aurai pas d’enfant), et il parle également de naissances, comme celle d’un nouvel amour. «J’ai un chum qui m’aime, que j’aime et que même ma mère aime! Je ne suis pas encore à la fin du cycle; alors, je croise les doigts!», lance-t-elle en riant. La rupture amoureuse qu’elle a vécue coïncidait avec une réflexion amorcée avec sa sœur Mélanie, qui s’est conclue par le désir de prendre une pause un peu plus longue dans la carrière des Sœurs Boulay.
«Au cours des 12 dernières années, j’ai beaucoup parlé au “nous” au sein du groupe. En regardant un documentaire sur John Lennon, je l’ai entendu dire que s’il écrivait autant à la première personne, c’est parce que c’était le sujet qu’il connaissait le mieux. Ça m’a motivée à m’exprimer à propos de moi, sans faire le moindre compromis.» Dans cette exploration intimiste, Stéphanie a emprunté plusieurs références à la culture populaire. En plus de son approche à la Taylor Swift et de l’inspiration qu’elle a puisée en John Lennon, elle avoue avoir disséminé des références à des chansons de Lana Del Rey et d’Olivia Rodrigo, sans oublier un clin d’œil assez évident à Ginette Reno dans la première chanson, Si l’essentiel c’est d’être aimé.
Mais en marge des déchirements amoureux, Est-ce que quelqu’un me voit? est aussi une réflexion sur le désir de longue date d’exister dans le regard des autres, comme en témoignent les extraits des vidéos familiales qui émaillent la pièce-titre de l’album et sur lesquels on voit une très jeune Stéphanie. «En fouillant dans les archives familiales, j’ai réalisé à quel point je voulais performer devant la caméra de mon père, mais aussi à quel point mes parents ont tenté de calmer cet élan. J’ai donc appris à être gênée de demander de l’attention, tout en la désirant profondément, et c’est ce paradoxe que j’ai voulu exprimer. Quand j’entends des artistes dire qu’ils n’ont pas besoin des projecteurs, ça me fait bien rire. Les gens qui ne veulent pas d’attention vont travailler chez Costco ou dans un bureau; ils ne vont pas se mettre devant une caméra.»
Est-ce que quelqu’un me voit?, de Stéphanie Boulay
Cinéma
Jo VoetsSuzanne est alcoolique et perd la garde de ses enfants à la suite d’un accident d’auto. Pour retrouver sa famille, elle doit suivre une thérapie dans un centre fermé de désintoxication. C’est dans cet endroit qu’elle fait la rencontre d’Alice et de Diane. Deux femmes brisées, avec qui elle devra non seulement affronter cette épreuve difficile, mais aussi tisser des liens solides pour relever un défi: participer ensemble au Rallye des dunes, dans le désert marocain. Un voyage qui ne se comptera pas en kilomètres parcourus, mais en dépassement de soi et en reconstruction personnelle. L’alcoolisme au féminin, sujet encore tabou et rarement abordé au cinéma, nous conduit ici à un drame justement dosé, ponctué de moments tantôt drôles, tantôt lumineux. DES JOURS MEILLEURS réunit, sous la direction d’Elsa Bennett et d’Hippolyte Dard, trois comédiennes françaises d’exception: Valérie Bonneton, Michèle Laroque et Sabrina Ouazani, pour un magnifique moment de solidarité et d’entraide.
En salle depuis le 16 mai.
Livre
Il était attendu, le grand retour de Rafaële Germain à la prose. Cette reine dans l’art de l’écriture singulière et aboutie est douée d’une répartie du tonnerre qui transparaît jusque dans ses dialogues bien tournés, sans doute parmi les plus forts de la littérature québécoise actuelle depuis le lancement de son premier roman en 2004, Soutien-gorge rose et veston noir, qui s’est vendu à près de 100 000 exemplaires. Les sourires, voire les fous rires, que la romancière suscite (pas étonnant qu’elle soit en demande pour écrire en humour pour la télévision) par son regard aiguisé, un brin cynique, frontal et sans gants blancs, sont présents cette fois encore chez l’héroïne, nommée Laurence, qui se trouve à la croisée des chemins et qui, contre toute attente, s’installe au bord de la rivière des Mille Îles, à Laval. Le genre d’aventure qu’elle n’aurait pas cru possible il y a quelques mois à peine… Après la rupture importante qu’elle vient de vivre avec le père de sa grande fille, elle joue le tout pour le tout en prenant une décision peu banale pour une fille habituée au Plateau-Mont-Royal. En tant que nouvelle Lavalloise, elle espère trouver l’ermite en elle, mais c’est tout un voisinage qui l’entourera. Pour le meilleur, plus que pour le pire, mais jamais sans montagnes russes.
Plage Laval, de Rafaële Germain, Éditions Libre Expression
Arts visuels
Peu de femmes s’illustrent en art mécanique et cinétique de format monumental, mais Joëlle Morosoli fait figure de pionnière en la matière au Québec. Ses imposantes sculptures de bois et de métal ont été exposées partout dans le monde et elle compte plus d’une trentaine de réalisations d’art public intégrées à des bâtiments ou à des parcs. L’exposition OUVRIR UNE BRÈCHE, présentée à la Salle Alfred-Pellan, à Laval, entend célébrer son apport novateur, qui s’étend sur quatre décennies, en juxtaposant des œuvres inédites et certaines de ses pièces emblématiques. Pendant toute sa carrière, elle a abordé le mouvement comme si c’était un matériau, qu’elle morcelait, démultipliait, distendait. Dans ses installations immersives, elle cherche ainsi à déstabiliser notre appréhension du temps et de l’espace pour nous faire osciller entre un sentiment d’enveloppement et de libération.
Du 4 mai au 19 juillet, à la Salle Alfred-Pellan
Balado
Ceux et celles qui, comme moi, sont adeptes de balados qui préconisent l’analyse et la mise en contexte de phénomènes de société seront intéressés par le balado (ou «la» podcast, pour reprendre l’expression des coanimateurs) CAFÉ SNAKE, piloté par l’essayiste et poète Daphné B. (lauréate du Prix des libraires du Québec 2021 pour son essai Maquillée) et Mounir Kaddouri, créateur de la chaîne YouTube Maire de Laval. Chaque semaine, le duo nous offre un tour d’horizon documenté de l’actualité liée à la politique, aux médias ou à la culture pop, avec la rigueur, l’accessibilité et l’expérience terrain qui ont fait sa marque.
«Café snake? C’est un balado qui est parti de notre relation!, me dit Daphné B. Mounir et moi nous intéressons aux médias de façon critique, mais aussi à la culture web. Maintenant, on forme un couple, mais à nos débuts, on prenait des cafés pour parler de tout ce qui nous intéressait.» Mounir ajoute en riant: «On “snakait”, comme on dit en anglais, en mode potinage et commentariat!» Daphné précise: «On utilise le mot “critique”, mais on est plus dans la réflexion, dans le besoin d’essayer de comprendre le monde à travers les médias, de réfléchir aux stratégies de communication, aux supports numériques qui sont utilisés, etc. On n’arrête pas de parler de la crise des médias, mais en fait, on vit dans une ère médiatique marquée par énormément de transformations, et c’est un sujet qui nous passionne.» Mounir cite en exemple la couverture qu’ils ont faite de la rencontre ahurissante qui a eu lieu entre les présidents Trump et Zelensky récemment. Au lieu d’analyser le tout sous la loupe géopolitique, ils se sont attardés au format médiatique de cette rencontre, aux répercussions qu’elle a eues sur le web, aux memes qui en ont découlé et qui ont largement contribué à faire parler de l’incident. «On n’est pas étrangers au monde des médias traditionnels. Au contraire, on s’est même rencontrés grâce à Radio-Canada», dit Daphné. Nous sentons d’ailleurs tout le respect qu’ils ont pour les médias qu’ils fréquentent et qu’ils comprennent de l’intérieur.
Café snake leur permet cependant de choisir les modalités de leurs prises de parole, de profiter du temps dont ils disposent pour partager leurs analyses, et d’établir lentement mais sûrement un cheminement intellectuel, au fil des épisodes, que le public peut suivre en toute complicité. Le tout est ponctué d’anecdotes, de partage d’algorithmes et d’une facture sonore bien à eux. Les écouter permet de compléter notre grille d’analyse pour mieux comprendre le monde d’aujourd’hui.
Le balado Café Snake est offert sur les plateformes d’écoute en continu. Un épisode sur deux est réservé exclusivement aux abonnés Patreon.
Livre
BIBITTE À SUCRE, le nouveau roman d’Élyse A. Héroux (l’autrice de Quatre clémentines éparpillées), donne une fois de plus dans ce que les Français appellent le genre feel good, qui a pris son essor aux États-Unis il y a plusieurs années déjà et qui prône le mieux-être et le réconfort par les histoires… Il faut dire que cette romancière estrienne excelle dans l’art de donner de belles sensations à son lectorat en mettant en scène des héroïnes qui nous ressemblent. Cette fois, c’est Julie Romain, 45 ans, qui fait de la pâtisserie depuis trois ans au Café à Gaston, dans le quartier Villeray, à Montréal. Déjà, la seule évocation de ce qu’elle concocte donne beaucoup de bien-être… et met l’eau à la bouche des plus gourmands, du moins. Mais c’est de courte durée, car Julie décide de tout plaquer pour se réaliser ailleurs, avant peut-être qu’il ne soit trop tard. Elle n’est pas malheureuse, mais elle est encore assez jeune pour tenter autre chose, pour s’accrocher à des rêves toujours présents, qui ne demandent qu’à vivre. Julie fait donc le saut, et on ne peut s’empêcher d’y voir une résonance avec certaines décisions qu’on s’obstine à cacher sous le tapis. Jusqu’au jour où l’évidence nous saute aux yeux.
Bibitte à sucre, d’Élysée A. Héroux, Édito
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