Quelle est la genèse du long métrage Tous toqués! ? 

Le point de départ de cette histoire, c’est le concours Un des Meilleurs Ouvriers de France. Cet événement culinaire m’a beaucoup impressionnée, mais il y a un grand paradoxe entre le geste de cuisiner, qui est un geste de partage et d’amour, et ce genre de concours, qui élève la cuisine à un très haut niveau d’ambition et d’individualisme. Ce n’est pas quelque chose qui existe au Québec. Je voulais donc que cette histoire se déroule à la frontière du Québec et qu’elle mette en scène un chef français qui débarque ici, afin de porter un regard étranger sur notre riche terroir et de galvaniser la fierté québécoise.

C’est ce qu’on appelle un feel-good movie ?

Oui! Il a été créé à une époque où on en avait tous besoin. Durant la pandémie, on était privés du contact humain et de tous ces petits plaisirs de la vie, comme les repas qu’on partage en famille et entre amis. J’ai voulu réaliser ce film pour faire du bien.

Qui as-tu trouvé pour t’aider dans les scènes culinaires?

J’ai longtemps cherché un consultant gastronomique qui pouvait comprendre ce que j’avais écrit. Puis, je suis tombé sur le chef Samuel Sirois, qui a participé à la compétition du Bocuse d’Or 2023. Il a tout de suite compris mon scénario, car il se voyait dans le personnage. Samuel est même allé au-delà du mandat. Au cinéma, ce qui nous importe, c’est que ça ait l’air bon et beau, mais il a été incapable de faire semblant: tout ce que nous présentons dans le film, il l’a fait avec des vrais ingrédients! Tout se mangeait; c’était beau ET bon! 

Manon, on ne peut malheureusement pas passer sous silence les allégations d’inconduites sexuelles qui pèsent contre l’acteur principal du film, Édouard Baer. Comment as-tu réagi quand tu as appris la nouvelle? 

Comment j’ai réagi? Catastrophiquement. D’un point de vue émotionnel, c’est très difficile à accepter. Ensuite, pour le film, ça dépasse mes propres émotions. Tous toqués! est un rêve collectif, qui grandit depuis des années, puis d’un coup, un événement terrible vient mettre toute l’aventure en péril. J’ai immédiatement voulu sauver mon projet, mes acteurs, mes artisans. Le producteur, Pierre Even, a appelé chacun des membres de l’équipe pour s’assurer que tout s’était bien déroulé sur le plateau de tournage, et heureusement, c’était le cas. La production a aussi éloigné Édouard Baer de la promotion du film.

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