Cinq ans après la fermeture de l’agence ASK, Andréa Martel est de retour. Dans Dix pour cent : Le film, disponible sur Netflix dès le 10 septembre, Camille Cottin retrouve son personnage culte. Désormais passée derrière la caméra pour réaliser son premier long-métrage, Andréa voit rapidement son projet prendre l’eau de toutes parts. Les anciens d’ASK refont alors progressivement surface — et avec eux, amitiés, égos, rancunes et jalousies — autour d’une Andréa qui se dit elle-même «en sinistre». Des retrouvailles réjouissantes qui révèlent aussi une facette plus vulnérable du personnage, forcé, pour une rare fois, à apprendre à lâcher prise.

Le retour d’Andréa Martel

Tous les personnages ont évolué cinq ans après la fin d’ASK. Comment diriez-vous qu’Andréa a changé? Qu’est-ce qui vous a le plus surprise chez la femme qu’elle est devenue?

CAMILLE COTTIN : Je pense qu’elle a davantage accès à sa vulnérabilité; on le voit notamment dans son rapport à sa fille, qui est une belle relation et qui nous la fait découvrir sous un jour qu’on ne lui connaissait pas encore. Elle apprend aussi à lâcher prise au fur et à mesure du film… Pour Andréa, ça pourrait s’appeler Les vertus du lâcher-prise! Et puis, le fait d’assumer ses désirs artistiques et de se lancer dans cette aventure, ça lui va bien je trouve.

Des femmes qui prennent les choses en main

Andréa devient réalisatrice, Noémie productrice, Camille agente… Écrit par Fanny Herrero et réalisé par Émilie Noblet, le film place les femmes au premier plan, autant devant que derrière la caméra. Qu’est-ce que cela vous évoque?

CAMILLE COTTIN : C’est vrai que c’est intéressant puisque, là, à tous les endroits, ce sont les femmes qui sont à des postes clés. Et même, on le voit à la fin, c’est encore un autre personnage féminin — sans tout dévoiler — qui va sauver la situation.

On se souvient de Reese Witherspoon, quand elle avait reçu un prix et qu’elle disait : « J’en ai marre, dans les films, quand il y a une catastrophe ou un accident, la femme se retourne vers l’homme en lui disant : “Mais qu’est-ce qu’on va faire maintenant?” Parce que dans la vie, ce n’est pas ça qui se passe.» Et là, effectivement, ce sont les personnages féminins qui prennent les choses en main. Alors, qu’est-ce que ça m’inspire? Je trouve ça formidable.

Camille Cottin et Laure Calamy

Camille Cottin et Laure CalamyChristophe Brachet/Netflix

Arlette, ce repère

Sans trop en dévoiler, Arlette offre à Andréa une confiance et un soutien infaillibles. Comment définiriez-vous leur relation? Et dans votre carrière, y a-t-il quelqu’un qui a joué pour vous un rôle semblable à celui d’Arlette auprès d’Andréa?

CAMILLE COTTIN : Je pense que j’ai des amis très chers qui ont énormément de patience, de douceur et de bienveillance par rapport à mon parcours professionnel. Des amis acteurs et actrices, notamment. Mais mon amoureux aussi, le père de mes enfants. Le personnage d’Arlette est extrêmement touchant parce qu’il incarne une grande sagesse. Il y a quelque chose de très émouvant dans leur relation. Arlette est la seule personne avec laquelle Andréa n’entretient pas de rapports conflictuels, donc effectivement, elle incarne un repère très puissant pour elle. À titre personnel, c’est une relation qui me parle beaucoup, car j’ai souvent entretenu de fortes complicités avec des femmes beaucoup plus âgées que moi.

Retrouver la bande de Dix pour cent

Comment se sont passées les retrouvailles avec les acteurs de la série et leurs personnages?

CAMILLE COTTIN : On était très heureux de se retrouver. J’étais non seulement heureuse de retrouver les comédiens mais j’étais ravie de les voir reconvoquer leurs personnages. De retrouver le personnage de Mathias (Thibault de Montalembert) comme il pouvait justement m’agacer, de retrouver ma complicité avec Gabriel (Grégory Montel), de retrouver justement la douceur avec Arlette (Liliane Rovère), l’ironie avec Noémie (Laure Calamy).

L'équipe du film au Festival de Cannes 2026

L'équipe du film au Festival de Cannes 2026Tiziano Da Silva

Fanny Sidney, Grégory Montel, Liliane Rovère, Camille Cottin, Laure Calamy, Nicolas Maury, Thibault de Montalembert

Andréa et la maternité

Vous avez incarné plusieurs types de mamans au cinéma. Qu’est-ce qui vous touche dans la façon dont Andréa est mère? Est-ce que cela trouve parfois un écho dans votre propre rapport à la maternité?

CAMILLE COTTIN : Sa situation familiale est différente de la mienne. C’est une maman seule, donc ça me touche beaucoup… Après, je vois à quel point cela lui est reproché. Colette lui dit : « T’es jamais disponible, toujours des contretemps, tu peux jamais te projeter… » C’est difficile d’être une mère qui travaille. Et même au-delà du regard des autres, on est quand même perpétuellement dans une forme de culpabilité, en fait, quand on s’absente, quand on n’est pas là… Donc ça, c’est un truc que beaucoup de femmes ressentent, je pense.

Andréa élevant sa fille seule, c’est encore autre chose. On les voit peu ensemble dans le film mais c’est très touchant parce que ces scènes montrent des petits moments du quotidien: dormir ensemble, se brosser les dents, faire les devoirs… Andréa dit dès le début qu’elle n’est pas quelqu’un de très domestique, qu’elle est profondément nomade, aventurière. Découvrir une Andréa à la maison, qui s’occupe de sa petite fille de cinq ans, c’est aussi découvrir ce qui la nourrit et  la rend plus humaine. Je pense que ça l’a un peu adoucie.

Quand la carapace d’Andréa se fend

On voit les carapaces des personnages se fendre au fur et à mesure du film. Que révèle le moment où celle du « bulldozer Andréa Martel » finit, elle aussi, par craquer?

CAMILLE COTTIN : Elle prend un risque. Et puis surtout, on se rend compte qu’à force de ne rien vouloir lâcher, de vouloir tout faire elle-même, elle porte aussi la responsabilité d’un effondrement et de sa propre chute. Je pense que Fanny Herrero avait envie de développer justement une trajectoire, la trajectoire d’Andréa, qui doit apprendre à lâcher prise, apprendre à faire avec le temps, apprendre à faire confiance aux autres aussi. Elle a du mal à faire confiance et à se laisser aller. Et elle en fait les frais. Mais finalement, ça va être encore une autre étape de sa vie. On la découvre, elle a déjà évolué, mais elle a quand même encore les travers d’une exigence maladive, d’un perfectionnisme dingue. Et là, elle va encore se retrouver confrontée à ses propres limites.

Passer derrière la caméra

Andréa passe de celle qui accompagne et conseille les artistes à celle qui passe derrière la caméra. Incarner ce rôle vous a-t-il donné envie de réaliser vous-même un jour?

CAMILLE COTTIN : Non. Mais par contre, j’aime beaucoup parce que la réalisatrice Émilie Noblet, qui a réalisé le film, me disait : « J’avais l’impression de me voir» comme si elle avait un double sur le plateau. C’était amusant.

Le rôle dont elle rêve encore

Y a-t-il un rôle au cinéma que vous rêveriez d’incarner et qui ne vous a pas encore tendu les bras?

CAMILLE COTTIN : J’ai envie de faire un western. Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai hyper envie de faire un western. Je ne veux pas rester dans le chariot, je veux monter à cheval et tout!

 

Il semble qu’à l’image d’Andréa Martel, Camille Cottin préfère, elle aussi, tenir les rênes!

Dix pour cent: Le film, le 10 septembre sur Netflix.