Style de vie
Shania Twain : Entretien avec une légende
Avec son nouvel album, Shania Twain renoue avec ses racines et célèbre son parcours exceptionnel. Surtout, elle revient à ce qui la passionne : se produire sur scène, devant ses fans.
par : JOANNA FOX Adapté par ELISABETH MASSICOLLI- 17 août 2026

Royal Gilbert
Avec son nouvel album, Shania Twain renoue avec ses racines et célèbre son parcours exceptionnel. Surtout, elle revient à ce qui la passionne : se produire sur scène, devant ses fans.
Pour plusieurs membres de notre équipe, se retrouver dans le même studio que Shania Twain pour une séance photo, c’était un peu comme boucler la boucle. Sa musique a, après tout, marqué nos vies, d’un bout à l’autre du Canada. Et que dire de son style, qui a influencé nombre de nos looks dans les années 1990!
Surexcités, en attendant son arrivée, on s’est raconté nos souvenirs liés à la star, montré les photos de nos tenues inspirées des siennes (beaucoup d’imprimés léopard!). D’une façon ou d’une autre, Shania faisait partie de nous tous.
Lorsqu’elle a fait son entrée dans le studio, à Toronto, au cours d’une chaude journée de juillet, on s’est rendu compte qu’on se tenait devant la Shania Twain. La pionnière. L’icône. L’une des artistes féminines ayant vendu le plus d’albums de tous les temps (plus de 100 millions!) et l’artiste féminine ayant vendu le plus d’albums dans l’histoire de la musique country. Elle a écrit et interprété tant de succès que ça peut donner le vertige, rien que d’y penser. Et voilà que la reine de la pop country, quintuple lauréate d’un Grammy, était devant nous, souriante, tenant dans ses bras son minuscule poméranien, Sapphie.
Royal GilbertShania Twain, qui parle très bien français, est à l’aube de ses 61 ans. Ces jours-ci, elle aussi boucle la boucle. Tout juste de retour en Ontario après une série de 12 concerts au stade de Wembley, où elle s’est produite avec Harry Styles, elle fait la promotion de son septième album studio, Little Miss Twain. Ce nouvel opus raconte en chansons sa jeunesse, ses débuts sur scène et son enfance à Timmins, une petite ville minière située à environ 700 km au nord de Toronto.
« Cet album est différent des autres, confie-t-elle dans sa loge, après notre séance photo. J’ai écrit beaucoup de ces textes il y a des années, sans nécessairement avoir l’intention de les mettre en musique. J’ai même pensé que certains conviendraient mieux à un autre artiste… Et puis, je me suis rendu compte que j’avais accumulé tout un corpus de morceaux décousus sur ma jeunesse, mes origines. Je me suis dit que je devrais en faire un album. »
Little Miss Twain, et ses 15 titres qui allient harmonieusement country, pop, rock, soul, jazz et bluegrass, constitue de loin son œuvre la plus introspective à ce jour. « Faded Blue Jeans » et « Quit My Life », qui racontent des expériences vécues, mettent à l’avant-plan le côté plus libre de la chanteuse, et « Rockstars » retrace l’adolescence de Shania, quand elle vivait au milieu de nulle part et partait camper pendant des jours, armée de sa guitare et d’une bouteille de whisky. L’artiste décrit « Scary Little Thing » comme sa « chanson inspirée du Motown », notamment des Supremes. La chanson-titre, que Shania a dévoilée avant la sortie de l’album, évoque les espoirs et les rêves que sa mère nourrissait pour elle lorsqu’elle était enfant. Tanya Tucker, l’une des premières idoles de la star canadienne, l’accompagne sur cette piste très personnelle.
« J’ai toujours inclus ses chansons dans mon répertoire et suivi de près sa carrière, souligne Shania à propos de son idole. Quand j’étais plus jeune, ma mère et les membres de ma famille insistaient pour que je chante presque uniquement des chansons de Tanya Tucker. C’était une enfant- star de la musique country. Ma mère était convaincue que c’était un statut que je pouvais moi aussi atteindre – mais bien sûr, ce n’était pas le cas. »
Après que Shania eut enregistré quelques ébauches de Little Miss Twain, un membre de son équipe lui a suggéré de demander à Tanya Tucker si elle accepterait d’y ajouter sa voix. « J’étais intimidée, parce que je la vénère! Je ne voulais pas la déranger, raconte-t-elle. Mais elle a dit oui et s’est montrée très aimable. Ç’a été une expérience fantastique. Me voir chanter aux côtés de Tanya aurait sans aucun doute été sur la bucket list de ma mère. »
Royal GilbertShania Twain, née Eileen Edwards, fait partie d’une famille de cinq enfants. Son enfance difficile a été marquée par la pauvreté, la violence et de nombreux déménagements. Sa mère a vu dans le talent de sa fille un moyen de se sortir de la misère et elle est devenue à la fois son imprésario, sa promotrice, sa chauffeuse et sa plus grande fan. Avant même qu’elle n’ait atteint la puberté, sa mère l’emmenait chanter dans des bars. Même si elle aimait performer, Shania, dès son plus jeune âge, se passionnait plutôt pour l’écriture de chansons. « Mes parents souhaitaient d’abord que je chante sur scène. Mais, à 10 ans, j’ai commencé à écrire des textes et c’est vite devenu une obsession. »
En 1987 est survenue une tragédie : sa mère et son beau-père sont morts dans un accident de voiture, laissant Shania, alors âgée de 22 ans, seule pour élever ses deux frères et sa sœur cadette. Pour gagner son pain, elle a fait l’unique chose qu’elle savait faire: donner des spectacles (notamment au Deerhurst Resort, à Huntsville) jusqu’à ce qu’elle décroche enfin, à 27 ans, son premier contrat de disque. Du jour au lendemain, sa vie a basculé, et elle a suivi la voie dont sa maman avait toujours rêvé.
Toutefois, son ascension ne s’est pas faite sans embûches. Quand Shania Twain s’est installée à Nashville pour enregistrer son premier album, elle savait que c’était sa seule chance de changer sa destinée. Elle avait l’impression de tenir entre ses mains une chose incroyablement fragile, qui pouvait se fracasser à tout moment. « Je savais que je ne pouvais pas me permettre de faux pas. Je faisais très attention à la façon dont je me comportais. J’avais une vision artistique, mais je savais que je ne devais pas m’imposer. Je ne pouvais pas passer pour une diva – j’étais une pure inconnue. J’ai appris à écouter, à être prudente. Je savais que je n’étais pas à la maison [dans l’industrie], je n’étais alors qu’une simple visiteuse, une petite nouvelle. »
Royal GilbertSon premier album lui a permis de mettre un pied dans la porte, mais c’est son deuxième opus, The Woman in Me (1995), qui l’a propulsée vers la gloire internationale, avec des succès tels que « Whose Bed Have Your Boots Been Under? » et « Any Man of Mine ». Son troisième album, Come on Over, sorti deux ans plus tard, allait devenir l’album le plus vendu de tous les temps par une artiste solo grâce à des hits comme « You’re Still the One », « From This Moment On » et « That Don’t Impress Me Much » ainsi que l’hymne à l’émancipation féminine devenu un incontournable du karaoké, « Man! I Feel Like a Woman! »
Au fil des années, malgré son succès immense, Shania Twain a dû faire face à une série d’épreuves en coulisses. En 2003, alors qu’elle montait à cheval, elle a été piquée par une tique et a contracté la maladie de Lyme. Celle-ci a endommagé ses cordes vocales et l’a contrainte à mettre sa carrière musicale sur pause pendant plusieurs années. Puis, en 2008, elle s’est séparée de son mari, le producteur Robert « Mutt » Lange, le père de son fils, après avoir découvert qu’il entretenait une aventure avec l’une de ses amies les plus chères. Shania Twain, loin d’être du type à se laisser abattre, a fini par retomber amoureuse et a épousé Frédéric Thiébaud… l’ancien conjoint de cette même amie!
Ces derniers temps, la star internationale a beaucoup parlé du passé et de ce qui la lie à son nouvel album. Toutefois, elle se tourne vers l’avenir avec énormément d’enthousiasme et a hâte de monter sur scène, notamment dans des petites salles et des festivals (d’ailleurs, elle cite le Festival d’été de Québec comme l’un de ses événements préférés. « L’énergie de la foule y est absolument incroyable! ») Même si les stades lui offrent plus de contrôle sur le son et plus d’espace pour bouger (un atout essentiel pour une amatrice de grands battements comme elle!), elle s’illumine quand elle mentionne sa série de concerts intimes dans des bars, comme un pub à l’est de Londres, ou le Horseshoe Tavern, à Toronto, et le Racket NYC, à New York. « J’ai toujours secrètement rêvé de “jammer”, d’improviser. Ces dernières années, j’ai rencontré des musiciens et des amis qui font ça ensemble, et j’ai commencé à me joindre à eux, par pur plaisir, sans public. »
Pour elle, c’est une question de spontanéité et de simplicité. « Dans ce contexte, au lieu de compter sur la sono, on se fie à son instinct. C’est plus dépouillé, plus brut, plus authentique – c’est comme ça que j’ai grandi, et ça me manque. Little Miss Twain me rappelle l’époque des reprises, des petites salles de l’Ontario, et ça me semble tout à fait naturel de me replonger dans cette ambiance. J’espère que les fans l’apprécieront aussi. Je trouve que c’est une belle façon de me rapprocher d’eux. »
Ces concerts plus intimistes lui permettent également de tester de nouvelles chansons avant leur sortie officielle. Tout comme son public, qui la fixe sur scène, elle prête attention, elle aussi, à celles et ceux qui la regardent. « Je sens si une chanson est réussie ou non, je le sens à l’énergie des gens, tout simplement. Je viens de jouer ma chanson « Dirty Rosie » 12 fois à Londres, avec Harry, et je voyais que la foule y réagissait de plus en plus au fil des performances. C’est une récompense, un sentiment formidable. Ce qui compte, ce sont les gens du public. Ils sont toujours sincères. Les vrais fans veulent simplement mieux te connaître, et la meilleure façon de se dévoiler, c’est à travers la musique. »
Royal GilbertShania Twain a chanté les chansons d’autres artistes durant des années avant de percer, mais lorsqu’elle a enfin pu lancer ses propres compositions, elle s’est juré de ne plus jamais faire de reprises. « Je suis dans une situation différente aujourd’hui. J’aimerais bien un jour enregistrer un album de reprises de toutes mes chansons préférées. Parce que ça bouclerait la boucle. Je suis rendue de l’autre côté du pont. »
Elle s’est certainement rendue plus loin que la « petite Miss Twain » n’aurait jamais pu l’imaginer. En repensant à cette jeune fille de Timmins qui grattait sa guitare dans les bars, celle qui a dû grandir trop vite, celle qui a travaillé sans relâche pour aider sa famille et réaliser ses rêves, Shania affirme qu’elle ne changerait pas grand-chose à sa vie. « Il est toujours mieux de ne pas savoir à quelle hauteur se trouve le sommet de la montagne, dit-elle à propos de son parcours. Mieux vaut simplement s’engager à grimper. »
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ELLE QUÉBEC — SEPTEMBRE 2026
Royal GilbertPhotographie Royal Gilbert Stylisme Corey Ng, Maquillage Susana Hong (Plutino Group, avec les produits Chanel Beauté), Coiffure Connor Lange, Assistance à la technique Pascal Fréchette, Assistance à la photographie Hugh Read et Warren Hrycun, Assistance au stylisme Kyla Akey et Evan Grundmann, Décor Chiara Purdy, Retouches vestimentaires Jenna Gandy, Production Andrew McGrath, Assistance à la production Sam Jackson.
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