Mélissa Désormeaux-Poulin, une beauté naturelle à l’aura lumineuse, fait partie de notre paysage télévisuel et cinématographique depuis 35 ans. Cette comédienne de 43 ans, qui a pratiquement grandi sous nos yeux, joue dans deux des téléséries phares de l’hiver 2025. Rencontre avec une actrice aux mille secrets, qui veut connaître les nôtres en retour.

«Zut, j’ai oublié de démarrer mon enregistreuse!» Cela fait près de 15 minutes que nous discutons, Mélissa et moi. Son aisance, sa facilité à entrer en contact avec autrui et son intérêt sincère envers moi et mon parcours professionnel sont parvenus à me faire oublier le but de notre rencontre. «Je ne peux pas m’empêcher de poser des questions aux gens», dit-elle pendant que je m’assure d’appuyer sur record. «J’ai vu que tu travaillais pour le Club Sexu [un média spécialisé en sexualité positive et inclusive]. La sexualité est un sujet qui m’a toujours passionnée, moi aussi. Je me fais même un devoir d’en parler ouvertement, pour contribuer à briser les tabous. Si je n’étais pas devenue comédienne, je crois que j’aurais aimé être sexologue!»

Mélissa est une vraie de vraie curieuse. Elle cherche à comprendre les humains, à découvrir leurs secrets les plus intimes, à plonger dans les abysses de leur psyché. Bien qu’elle n’ait pas opté pour une carrière de thérapeute, son travail d’actrice profite assurément de sa grande humanité et de sa sensibilité hors du commun. Après tout, incarner des rôles avec autant de profondeur qu’elle le fait nécessite un grand sens de l’écoute et un désir réel de comprendre l’autre, des qualités que l’on prête volontiers à cette comédienne, l’une des plus aimées des Québécois.

Samuel Fournier

TOUT EN CONTRASTE

Médiatrice en justice réparatrice dans Mea Culpa, avocate criminaliste et meurtrière dans Cerebrum, ce sont les deux rôles — aux antipodes l’un de l’autre — que défend Mélissa cet hiver pour notre plus grand bonheur.

«Quand Cerebrum est arrivé dans ma vie, ç’a été un véritable fantasme qui se réalisait», confie la comédienne, dont la passion pour son métier irradie par tous les pores de sa peau. «J’avais envoyé ce souhait dans l’univers. J’avais envie de goûter à la folie, de jouer sur une fine ligne, sur le point de bascule. Il n’y a pas une scène où je n’ai pas eu quelque chose de complexe à jouer. Manipulation, désir d’être aimée, préparation d’un crime, opportunisme… Jacqueline Laurent, qui est à la fois une meurtrière et une avocate qui défend des médecins accusés d’erreurs médicales, est un personnage demandant et exigeant. J’ai eu beaucoup de plaisir à le jouer, mais je ne me suis jamais assise sur mes lauriers.»

Dans la série Mea Culpa, scénarisée par Chantal Cadieux et réalisée par Miryam Bouchard, Mélissa nous transporte dans une tout autre sphère: celle de la justice réparatrice. «Je suis tellement heureuse d’entrer dans l’univers de Chantal, qui propose toujours des personnages féminins extrêmement forts», se réjouit celle qui incarne Bérénice, une médiatrice spécialisée en justice réparatrice, un processus qui permet à une personne contrevenante de réparer les dommages qu’elle a causés à une victime. Mélissa l’a affirmé sur plusieurs plateaux: la justice réparatrice est un sujet polarisant — sur lequel elle n’a pas d’avis tranché —, qui risque de faire jaser dans les chaumières. Rappelons que la comédienne est porte-parole de la Fondation Marie-Vincent, un organisme qui soutient les enfants et les adolescents victimes de violence sexuelle. «Mon rôle à la Fondation et mon éducation m’ont appris à mettre de l’avant la victime et à réduire l’attention accordée à l’agresseur. Bérénice, suivant les fondements de la justice réparatrice, prône plutôt l’accueil universel et la suspension du jugement [envers les contrevenants].»

Samuel Fournier

RÊVES ÉVEILLÉS

Maintenant que les deux séries phares de l’hiver 2025 ont rencontré leur public, la talentueuse comédienne avoue être prise d’un vertige. Elle a en effet atteint les buts et les aspirations professionnels qu’elle s’était fixés jusqu’à maintenant. «C’est un constat qui m’effraie —, car je m’interroge inévitablement sur mon avenir dans ce métier incertain —, mais qui me rend extrêmement fière du chemin parcouru», révèle l’actrice de 43 ans, qui a 35 ans de métier. Quand je lui demande quelles sont les prochaines ambitions qu’elle inscrira sur sa bucket list, Mélissa est sans équivoque: «Ça va peut-être sembler étonnant, mais je rêve d’apparaître dans une comédie romantique du genre Coup de foudre à Notting Hill. J’ai envie de faire rêver, de jouer l’amour et les petits papillons dans le ventre. Es-tu une fan de rom-com, toi?» Et comment! S’ensuit une discussion enflammée sur notre passion commune pour la déclaration d’amour iconique de Julia Roberts à Hugh Grant: «I am just a girl, standing in front of a boy asking him to love her», récite-t-on en chœur. En parallèle, Mélissa caresse un autre rêve, qu’elle nomme avec plus de pudeur cette fois-ci: le théâtre. Comme elle a fait carrière à la télévision et au cinéma, elle rappelle qu’elle n’est jamais montée sur les planches, malgré plusieurs propositions qu’on lui a faites. «Pour être bien honnête, je suis terrorisée à l’idée de jouer sur scène. J’ai longtemps cru que je n’étais pas une comédienne complète, parce que je n’avais jamais fait de théâtre. Je ne pense plus ça aujourd’hui, mais je crois qu’il va falloir que j’y goûte au moins une fois dans ma vie.»

Horaires compliqués, représentations de soirs, longues heures de répétition… Mélissa admet s’être sans doute cachée derrière toutes sortes de raisons — tout à fait valables — pour ne pas se commettre, particulièrement lorsque ses enfants, aujourd’hui âgées de 12 et 18 ans, étaient plus jeunes. «Mes filles ont grandi. De plus, j’ai un projet en tête; alors, peut-être que ça va arriver. Le théâtre, c’est un sport olympique. Il faut se “pitcher” dans le vide, sans filet.»

«J’ai longtemps boudé la féminité et la sensualité. Aujourd'hui, j’apprends à accepter ces facettes de moi.Je les embrasse, même!»

EN TOUTE SIMPLICITÉ

«C’est beau ici; tu viens souvent? s’enquiert Mélissa, en contemplant le décor du chic café Holt, situé dans le magasin Holt Renfrew Ogilvy, où nous sommes attablées depuis un moment. Près de l’entrée se succèdent les luxueux comptoirs Chanel, Hermès et Christian Louboutin. C’est la première fois que j’y mets les pieds. Je renvoie la question à Mélissa: Est-elle une habituée des restaurants distingués et des boutiques huppées? «Pantoute! Regarde-moi, avec ma grosse tuque, j’ai tu l’air fancy?», s’exclame-t-elle, visiblement amusée. Le mystère se dissipe: c’est l’agente de l’actrice, qui, sachant que Mélissa était dans le coin, a proposé que l’entrevue ait lieu dans ce café. Ni Mélissa ni moi — quoique nous soyons de fiers caméléons sociaux — ne sommes du genre à être tirées à quatre épingles. On rigole d’être réunies dans un lieu si raffiné, à mille lieues de nos habitudes, en ayant cru que l’idée venait de l’autre.

Je prends la balle au bond et en profite pour aborder une question taboue, particulièrement pour les Québécois, c’est-à-dire l’argent. Disons-le franchement, Mélissa gagne bien sa vie. L’actrice, qui est porte-parole de Kia Canada depuis 2019, fait partie de la poignée d’artistes qui vivent confortablement de leur art, privilège qu’elle reconnaît d’emblée. Élevée dans un Plateau Mont-Royal ouvrier par des parents «hippies, artistes et adeptes de l’amour libre», elle considère que les moyens financiers dont elle dispose aujourd’hui sont avant tout une source de liberté. «Je suis à la fois chanceuse, privilégiée et pleine de gratitude, dit-elle, un brin ébranlée par le sujet. Je suppose que je suis gênée de parler d’argent parce que j’appartiens à ce qu’on appelle les “transfuges de classe”. [NDLR: une transfuge de classe est un individu ayant vécu un changement de milieu social au cours de sa vie.] Dans mon cas, l’argent n’a pas changé qui je suis fondamentalement ni même changé mes goûts. Tu sais, je ne magasine pas chez Chanel et je préfère le petit café de mon quartier à celui du Holt Renfrew (Rires). Mais bien sûr, j’ai les moyens de gâter mes proches, de voyager en famille, de choisir les projets qui m’allument et, surtout, d’être libre.»

Samuel Fournier

MIROIR, MIROIR

Incarnation d’une beauté naturelle et sans artifices, Mélissa s’est récemment vu offrir un nouveau rôle: celui d’égérie de Personnelle Cosmétiques. «Quand on m’a approchée, j’ai été extrêmement touchée. C’est vraiment un beau cadeau, dit-elle, émue que cette compagnie québécoise estime que des femmes de tous horizons se reconnaîtront en elle. «J’ai envie de promouvoir le maquillage comme un outil amusant, qui sert à se faire plaisir à soi-même et non à plaire aux autres.» Bien dans son corps et dans sa tête, la jeune quarantenaire assume de plus en plus son amour pour la mode et la beauté, qu’elle voit comme de formidables espaces d’exploration créative. Toutefois, pas question de délaisser son côté naturel, qu’elle tient à mettre de l’avant. «Je souhaite que mes filles s’aiment comme elles sont. J’ai envie de vieillir en beauté, sans me changer», déclare Mélissa, qui n’a jamais joué la carte de «la belle fille», une caractéristique souvent vue comme éphémère dans notre société obsédée par la jeunesse. «J’ai longtemps boudé la féminité et la sensualité. Aujourd’hui, j’apprends à accepter ces facettes de moi. Je les embrasse, même! Toi, tu entretiens quel genre de rapport à ta féminité?» Question complexe, s’il en est une. Mais je raconte toutefois à Mélissa que, lorsque j’étais adolescente, mon tout premier achat de produit de maquillage a été un crayon pour les yeux de la marque Personnelle.

Samuel Fournier

À CŒUR OUVERT

«J’aime les secrets. J’aime l’intimité dans son entièreté. J’aime poser des questions. […] Maintenant, j’apprends aussi l’échange d’égal à égal. Parce que, pour avoir une vraie intimité, il faut être deux à s’ouvrir», écrivait Mélissa dans le magazine ELLE Québec de juin 2022. Vous l’aurez peut-être remarqué, mais au fil de l’entretien, notre invitée a accompagné presque chacune de ses réponses d’une question, trait assez rare dans ce genre de contexte. Où la comédienne se situe-t-elle presque trois ans après avoir écrit ces mots? «Je raffole toujours autant des secrets et mon besoin de connexion est toujours aussi fort. C’est quand je connecte réellement avec quelqu’un que je me sens le plus en vie. Toi, aimes-tu les secrets?», me demande cette femme à qui l’on se confie facilement. Oui, Mélissa tend = encore à adopter une attitude d’écoute et pose toujours autant des questions — tout en respectant les limites des gens —, mais avec les années, elle a pris conscience que cette curiosité cachait quelque chose de plus profond. «Mon écoute et ma tendance à poser des questions aux autres sont des qualités bien réelles; elles me définissent, mais ce sont aussi des réflexes de protection. Elles révèlent une gêne et, certainement, un besoin d’être aimée. Les questions sont une façon d’éviter de parler de moi. J’ai toujours eu la crainte de me dévoiler, de peur de perdre quelque chose.» Perdre quoi? Mélissa n’en est pas tout à fait certaine. Peut-être faudra-t-il prendre le temps de lui poser encore plus de questions pour percer ses mystères?

Néanmoins, elle sait désormais que de recueillir toutes les confidences, de n’être qu’une oreille et de se dissimuler derrière sa curiosité sans fin ne la comblent pas totalement. «J’ai 43 ans. C’est assez! Je travaille là-dessus; je me force à prendre ma place. Moi aussi, j’ai envie de partager ce qui m’habite. Moi aussi, je mérite d’avoir une place pour m’exprimer. Moi aussi, j’ai des choses à dire. Et je me répète que les gens vont m’aimer quand même. Et puis, mes proches savent me déjouer et voient clair dans mon jeu maintenant!» Pour Mélissa, c’est dans la durée que se bâtissent les relations les plus sincères. N’entre pas qui veut dans l’intimité de cette amie, de cette amoureuse et de cette collègue loyale. La patience est la mère de toutes les vertus, dit-on.

SES ACTUS

On peut voir Mélissa à ICI Télé dans Cerebrum, les lundis à 21 h, et dans Mea Culpa, les mardis à 20 h.

ELLE QUÉBEC — MARS 2025

ELLE QUÉBEC — MARS 2025Samuel Fournier

Photographie Samuel Fournier Direction de création Olivia Leblanc Stylisme Amanda Lee Shirreffs (Folio Management) Maquillage Brit Phatal (Folio Management, avec les produits Personnelle) Coiffure Francis Bouchard (avec les produits Matrix) Décor Production éditoriale Pénélope Lemay Assistant à la photographie Mitchell D. Wright Assistante au stylisme Sarah M’Bengue Assistant au maquillage Yuefeng Jiang Assistante à la coiffure Marie-Christine Lapointe Assistante au décor Jennifer Desmeules Doan Studio Studio Idéal.