Style de vie
Le pouvoir de Rebecca Ferguson
L’envoûtante actrice suédoise Rebecca Ferguson s’apprête à vivre une année des plus chargées – pour notre plus grand bonheur.
par : Elle Canada- 07 nov. 2024

Royal Gilbert
En entrevue, Rebecca Ferguson déteste qu’on aborde le sujet de son penchant pour les rôles féminins forts. «Je trouve que c’est du journalisme paresseux, dit la Suédoise. Dans les personnages qu’on me propose, j’essaie toujours de trouver leurs failles, leur vulnérabilité.» Qu’elle incarne la matriarche Dame Jessica dans les films Dune, de Denis Villeneuve, ou l’insaisissable agente du MI6, Ilsa Faust, dans la franchise Mission: Impossible – personnage pour lequel Tom Cruise l’a expressément choisie –, Rebecca Ferguson imprègne ses rôles d’une sensibilité palpable. Chaque fois qu’elle entre dans la peau d’un personnage, elle lui donne un lustre unique. Pour elle, le réduire à l’adjectif «fort» serait banal et inexact – même si elle reconnaît qu’il y a un thème récurrent dans sa filmographie. «J’ai joué dans cinq films cette année, dont trois d’affilée. Le dénominateur commun de tous ces personnages est qu’il s’agit, en effet, de femmes puissantes.»
C’est par un dimanche matin d’automne que je rencontre l’actrice, qui sort tout juste d’un vol de New York à Londres, ville où elle habite. «Je n’ai pas de formation d’actrice, mais j’ai un mode de fonctionnement qui m’est propre. Ce qui m’importe, c’est que mon jeu soit vrai. J’entre dans la peau de mes personnages et je les ressens intimement. J’écoute attentivement mes collègues acteurs. C’est ce qui me donne cette force que l’on perçoit – en moi et en mes personnages.»
Royal Gilbert Bien que Rebecca Ferguson, 41 ans, n’ait jamais officiellement suivi de cours de théâtre, elle a reçu une formation intensive «sur le tas», comme on dit. À l’instigation de sa mère, d’origine britannique, qui l’a élevée en Suède et l’a encouragée à tout essayer, du club de bridge aux cours de musique, la jeune Rebecca a auditionné… et a été sélectionnée pour le rôle principal du feuilleton suédois Nya tider. Elle avait 15 ans. Durant une année complète, elle a fait deux épisodes et demi par jour. «J’ai appris à mémoriser mes lignes extrêmement vite, à réagir rapidement à ce qui se passait autour de moi, se souvient-elle. C’était comme une école. J’apprenais un métier que j’aimais, entourée d’acteurs incroyables.»
Plus d’une décennie plus tard, après une série de rôles dans des productions suédoises et la naissance de son premier enfant, elle explose sur la scène internationale. En 2013, elle est nommée aux Golden Globes pour avoir interprété Élisabeth Woodville, la reine consort controversée du roi Édouard IV, dans la série historique de la BBC The White Queen.
Depuis, elle s’impose à l’écran et est aujourd’hui l’une des stars les plus actives d’Hollywood. En 2023, elle joue dans la première saison de la série dystopique Silo (diffusée sur Apple TV+) et dans le troisième film Mission: Impossible. Quelques mois plus tard, Dune: Part Two devient l’un des films les plus rentables de l’année 2024. Plus récemment, elle a accepté un rôle dans le film Peaky Blinders, très attendu; elle a terminé le tournage du thriller Mercy, d’Amazon MGM (aux côtés de Chris Pratt), de même que celui de l’adaptation du livre pour enfants The Magic Faraway Tree (avec Claire Foy, Andrew Garfield et Nicola Coughlan).
Pas étonnant qu’elle soit très recherchée: devant la caméra, elle possède un magnétisme fou et une grâce naturelle qui transparaît dans chaque scène. Ainsi, dans une scène où, avant de descendre en rappel d’un immeuble dans Mission: Impossible – Rogue Nation, l’actrice enroule ses jambes autour de Tom Cruise, elle le fait avec une fluidité qui donne l’impression que la cascade dangereuse est une chorégraphie aérienne. Pourtant, au moment de jouer cette scène abracadabrante, elle était dans tous ses états. C’était la première scène qu’elle filmait pour la franchise et elle devait… sauter du toit de l’Opéra d’État de Vienne, rien de moins! «C’était un tournage de nuit et j’étais terrifiée. J’étais complètement paniquée et je sacrais [dans l’oreille de Tom]. Et puis, on a sauté, et ç’a été complètement incroyable.»
Royal Gilbert La force qu’elle incarne à l’écran est toujours livrée avec conviction. Dans Dune: Part Two, Denis Villeneuve a puisé dans cette force pour l’une des séquences les plus marquantes de son film. «Dans la scène où elle boit l’Eau de vie, j’ai mis toute la pression sur ses épaules», déclare le réalisateur québécois, joint par courriel. Dans l’univers de Dune, l’Eau de vie est une substance mortelle dotée de pouvoirs surnaturels. La scène demande que Dame Jessica, le personnage de Rebecca Ferguson, canalise ses ancêtres pour combattre le poison. «Ça demande des muscles d’acteur, un savoir-faire considérable et un monde intérieur fantastique, dit-il. Après l’avoir vue dans cette scène, je me suis dit que Rebecca était capable de jouer n’importe quoi.»
Lors de leur premier contact, en appel vidéo, Denis Villeneuve a eu l’impression qu’elle était «la personne la plus authentique, charmante, brillante et hilarante» qui soit, notamment grâce à sa grande autodérision. Pendant que le réalisateur et l’actrice exploraient l’idée de travailler ensemble, celle-ci a souligné qu’elle était fatiguée de jouer des membres de la royauté et de la noblesse. Cependant, Denis Villeneuve avait pensé à elle pour le rôle de Dame Jessica, une duchesse de la Maison Atréides et la mère de Paul Atréides ( joué par Timothée Chalamet). Il lui a alors répondu: «Une duchesse, ça te va? On peut négocier?» Le réalisateur ne tarit pas d’éloges sur cette actrice et sa «fantastique capacité à plonger dans des territoires psychologiques inexplorés, en y arrivant avec ce qui semble être très peu d’efforts. Ses talents d’actrice sont impressionnants; elle nous fait croire au monde de Dune», dit-il.
Au début de mon entretien avec Rebecca Ferguson, j’ai abordé le sujet des «femmes fortes», car je venais de regarder les nouveaux épisodes de la série Silo. Cette aventure de science-fiction, adaptée de la trilogie écrite par Hugh Howey, se déroule dans un futur postapocalyptique où les gens ont été forcés de vivre sous terre dans des silos de 144 étages depuis des générations, mais n’ont aucune connaissance du passé qui les a conduits là ou de la menace qui les attend à l’extérieur. L’actrice incarne Juliette Nichols, une ingénieure mécanique bourrue qui se lance dans un périple pour découvrir la vérité.
La série Silo, dont la deuxième saison sera diffusée le 15 novembre prochain, place Juliette dans un environnement entièrement nouveau. «On la verra en dehors de son élément habituel, dit Rebecca Ferguson. En fait, elle est pratiquement seule dans un silo durant la majeure partie de la saison.» Le créateur de cette série, Graham Yost, était persuadé que l’actrice pouvait jouer ces scènes intenses, seule. «Je ne me suis jamais inquiété, je savais que Rebecca pouvait rendre intéressantes et vivantes ces scènes difficiles», a déclaré le directeur de cette série dans un courriel. «Il se passe toujours beaucoup de choses dans ses yeux. Et je savais que Rebecca s’amuserait avec tout ce jeu physique.»
«C’était un tournage de nuit et j’étais terrifiée. J’étais complètement paniquée et je sacrais. Et puis, on a sauté, et ç’a été complètement incroyable.»
Rebecca Ferguson est tombée dans le radar de Graham Yost lors de son premier film Mission: Impossible. Il l’a tout de suite étiquetée comme une actrice «physique, inébranlable et pleine d’âme». Il se souvient qu’elle avait décrit Juliette comme «quelqu’un qui ne va pas dire “Je t’aime”, mais qui va te rendre service pour démontrer son affection». Il attribue cette même qualité à la quarantenaire: «Elle partage une partie de cette réserve et de ce pragmatisme concret», a-t-il ajouté.
C’est aussi dans Silo que l’actrice fait ses premiers pas en tant que productrice déléguée, mais elle insiste sur le fait que ça ne jette pas d’ombre sur son expérience en tant qu’actrice. Pour elle, ce rôle hors caméra signifie simplement qu’elle a plus d’influence tout au long du processus créatif. Par exemple, elle a son mot à dire sur les premières versions des scripts. Mais ce dont elle est le plus fière, c’est l’environnement positif qu’elle a pu contribuer à créer dans les coulisses. «Le plateau de Silo très humain et bienveillant.»
Royal Gilbert Pour d’autres projets, ça n’a pas toujours été le cas. Au début de l’année, Rebecca Ferguson a fait les gros titres en racontant qu’elle avait eu une expérience négative avec un acteur dont le nom n’a pas été dévoilé. Dans un épisode de février 2024 du balado Reign with Josh Smith, elle a décrit le tournage d’un film où elle a dû jouer avec un «idiot absolu de covedette» dont les excès de colère l’ont souvent laissée en larmes. Elle a raconté à l’animateur avoir été ébranlée par les propos de cette per- sonne. Mais au lieu de se laisser abattre, elle a exigé son renvoi immédiat. «Je me souviens avoir eu vraiment peur, mais j’ai quand même dit: “Tu peux sacrer ton camp, j’ai du travail à faire. Je ne veux plus jamais te revoir”.» L’actrice dit avoir pu ainsi reprendre son pouvoir et «jouer une femme forte, mais derrière la caméra». Toutefois, ces déclarations ont alimenté les tabloïds, qui ont entamé une véritable chasse à l’homme pour démasquer la personne en question.
«Beaucoup [de mes anciennes covedettes] se sont remises en question, mais le plus drôle, c’est que la personne fautive a été la seule à ne pas réagir», dit l’actrice, qui a précisé que le conflit ne s’était pas produit entre elle et Hugh Jackman, avec qui elle a joué dans The Greatest Showman et Reminiscence. Des théories ont circulé en ligne et d’anciennes covedettes ont pris sa défense. Après coup, elle pense que la plupart des gens n’ont pas compris la raison de sa prise de parole.
«TOUS les agents m’ont contactée pour s’assurer que j’allais bien, sauf celui de cette personne problématique, se souvient-elle. Je ne m’attendais pas du tout à ce contrecoup. Je voulais seulement revenir sur un incident qui avait été formateur pour moi. Je ne me sens pas obligée d’analyser tout ce que je dis au moment où je le dis», dit-elle, ce qui illustre bien sa façon de s’exprimer sans tabou.
Cette franchise hors caméra est rafraîchissante. Elle répond aux questions avec candeur sur les tapis rouges, au cours des rencontres avec la presse et pendant les entrevues. Avant l’ère des médias sociaux, l’attrait des stars hollywoodiennes de grande envergure reposait sur leur façade impénétrable, inatteignable. Maintenant que les médias sociaux font partie de notre quotidien, c’est bien différent. On exige des personnalités publiques une présence constante et de la transparence. Pour Rebecca Ferguson, il n’est en pas question. Elle garde sa vie intime privée: aucune photo récente de ses deux enfants n’est en ligne, et son mari, Rory St. Clair Gainer, l’accompagne rarement sur les tapis rouges. Mais elle est d’une honnêteté incomparable. Dans une rétrospective de sa carrière pour Vanity Fair, elle a raconté qu’elle avait pété lors d’une cas- cade pour Mission: Impossible – Fallout. L’année dernière, sur le tapis rouge de la première du film, elle a soulevé avec insolence sa robe noire Giorgio Armani pour révéler à ses fans qu’elle portait un legging en dessous. Elle est sans filtre, et ça fait du bien.
Lorsque Rebecca Ferguson se connecte pour notre entretien Zoom, elle explique qu’elle est à la maison pour quelques jours, avant de s’envoler pour travailler au prochain film de Kathryn Bigelow. Avoir une famille et gérer sa vertigineuse carrière est un défi, mais elle trouve l’équilibre par tous les moyens possibles. Pendant qu’elle était sur le plateau de The Magic Faraway Tree, elle a emmené sa fille à Malte pendant les trois jours de tournage où certaines scènes du film se déroulaient, et lorsqu’elle répétait pour un film à New York, sa mère est venue la rejoindre.
«Ma mère m’a légué un gène, celui qui me permet de ne pas vouloir ce que je n’ai pas. Je suis bien là où je me trouve, je ne me languis pas de ce que la vie aurait pu être ailleurs et autrement.»
Elle me raconte que lors de ce moment à New York avec sa mère, elles ont longuement parlé de la présence, de la pleine conscience. Alors que je lui demande si elle a un jour regretté son adolescence peu traditionnelle, elle me dit: «Ma mère m’a légué un gène, celui qui me permet de ne pas vouloir ce que je n’ai pas. Je suis bien là où je me trouve, je ne me languis pas de ce que la vie aurait pu être ailleurs et autrement.»
Je me demande comment elle maintient ce cap solide dans un secteur connu pour son obsession de la nostalgie et de la jeunesse. «Je suis parfois stressée et je me demande quel sera mon prochain chapitre…Je n’ai jamais joué dans une pièce de théâtre et j’aimerais bien tremper l’orteil dans cet univers-là.»
Après avoir travaillé pendant des années dans des films de studios à gros budget, elle souhaite explorer des projets plus petits, plus obscurs. Mais ça devra peut-être attendre; pour l’instant, elle est «occupée jusqu’à la fin de l’année prochaine.»
Au moment où notre entretien touche à sa fin, je remercie l’actrice pour son ouverture d’esprit. «Nous oublions de nous montrer humains, répond-elle. On n’est pas obligés de parler à tout le monde tout le temps, mais si quelqu’un achète un magazine, regarde une photo et veut lire un entretien, il faut que ce soit vrai, réel.» À l’ère de l’artifice, où chaque détail est stratégiquement élaboré pour accroître le rayonnement et la popularité d’une célébrité, il est clair que l’authenticité est la véritable force de Rebecca Ferguson.
couverture digitale
Royal GilbertRebecca Ferguson porte un manteau, une chemise, des bottes et un sac à main de Jil Sander, ainsi qu'un collier de Tiffany & Co. Éditrice : Sophie Banford. Rédactrice en chef : Joanna Fox. Photographe : Royal Gilbert. Styliste : Tom Eerebout (The Wall Group). Coiffeuse : Jillian Halouska (The Wall Group). Maquilleuse : Emma Lovell (The Wall Group). Productrice éditoriale : Anastasia Marshall. Coordinatrice de production : Sarah Alki. Technicien lumière : Guillaume Mercier. Technicien numérique : Paul Allister. Assistant photographe : Mickael Bandassak.
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