Quand Karine Vanasse entre dans une pièce, elle attire tous les regards. Elle y entre avec assurance, d’un pas vif. Il y a quelque chose dans sa façon de se tenir et de se mouvoir qui témoigne d’une confiance tranquille. C’est cette sérénité qui permet à ce talent québécois de décrocher des rôles fantastiques et de les incarner comme personne d’autre… depuis 25 ans déjà.

L’expression chaleureuse de Karine met tous celles et ceux qu’elle rencontre à l’aise. C’est ce que j’ai remarqué la première fois que nous nous sommes rencontrées, il y a plus d’un an, lorsqu’elle faisait la promotion de Plan B, la version anglaise de la série québécoise diffusée au Canada anglais, à CBC, dans laquelle elle tient le rôle principal. Cette fois, je la rencontre à une heure de Montréal, dans le petit café d’un village pittoresque où abondent les maisons victoriennes et les collines verdoyantes. Lorsque j’arrive, l’établissement est presque vide et la lumière naturelle qui entre par les grandes fenêtres crée une ambiance chaleureuse et décontractée, parfaite pour papoter avec une amie de longue date. Et quand Karine fait son entrée, vêtue d’un pantalon cargo Helmut Lang, d’un grand t-shirt et d’une paire de Reebok, c’est exactement comme ça que je me sens; comme si j’allais jaser longuement avec une femme que j’ai déjà l’impression de connaître.

Max Abadian

CHAMP GAUCHE

Depuis sa dernière apparition dans les pages d’ELLE Québec, Karine a ajouté de nombreuses lignes à son curriculum. On l’a vue à l’écran dans le film Ru (adapté du roman éponyme, paru en 2009, de l’autrice québécoise Kim Thúy) et dans la série primée Avant le crash, un drame humain sur le matérialisme, l’ambition et l’ultraperformance dans le monde des finances. Elle a tenu la barre de Dans un cinéma près de chez vous, la série documentaire sur les coulisses de l’industrie du cinéma. Elle a animé les versions canadienne et québécoise de la téléréalité Les Traîtres et s’est récemment rendue à Berlin et au Sénégal pour tourner une série documentaire pour la chaîne franco- canadienne TV5Unis, dont la diffusion est prévue au printemps prochain. Cette émission porte sur des créateurs de mode qui n’ont pas peur de prendre des risques, ce qui a permis à la comédienne de se plonger dans l’univers de ces innovateurs inspirants. «Ça fait du bien de rencontrer des gens qui sont vrais, qui ne se contentent pas de suivre la foule», dit-elle avec enthousiasme, en mentionnant que c’est une grande chance de pouvoir explorer un terrain nouveau, hors de son milieu professionnel. «Ce n’est pas qu’ils soient super anticonformistes, mais ce sont des gens qui font ce qu’ils veulent, qui n’ont pas peur d’être jugés, qui sont fiers de leur identité et de tout ce qui les définit.» Karine considère le travail de ces designers comme un coup d’éclat dans le climat social actuel, où le conformisme domine et où l’individualité, la différence, est souvent étouffée. «On ne doit pas avoir peur de ce qui semble étrange, parce qu’en fin de compte… tout est un peu bizarre, quand on s’y attarde!» C’est cette envie de la comédienne de 40 ans de sortir de ses sentiers battus, d’essayer de nouvelles choses («que certains peuvent trouver étranges, justement!»), qui l’a poussée à devenir l’animatrice des Traîtres, une émission de téléréalité de type meurtre et mystère dans laquelle les candidats doivent accomplir une série de tâches tout en essayant de découvrir l’identité des traîtres qui se cachent dans leurs rangs. Comme ses homologues américaine et britannique, l’émission est un succès au Canada, tant dans sa version anglaise que dans sa version québécoise. Le rôle de Karine Vanasse, en tant qu’animatrice, est de guider les candidats dans les épreuves avec esprit et style. Énigmatique et autoritaire, elle est souvent au cœur des moments cruciaux de l’émission et des rebondissements de l’intrigue.

Elle a réussi à hisser l’émission au sommet des cotes d’écoute, en tenant le public en haleine grâce à sa performance nuancée et à sa présence magnétique — sans parler de ses tenues avant-gardistes!

«Ça fait du bien de rencontrer des gens qui sont vrais, qui ne se contentent pas de suivre la foule.»

JOUER VRAI

La popularité des Traîtres a explosé en raison de son format inhabituel, qui s’apparente à une expérience sociale. Les défis s’articulent autour du mensonge et de la manipulation, ce qui permet d’explorer la dynamique complexe des liens qui existent entre les humains. Ce qui captive Karine dans cette série, c’est aussi ce qui l’attire dans le métier d’actrice. «J’aime les projets qui font ressortir la vérité. Même si, dans ce genre de téléréalité, les choses sont présentées comme un divertissement, il y en a toujours qui sonnent vrai. Et la vérité, qu’elle soit belle ou triste, fait du bien — peu importe la manière dont elle est véhiculée. Ce qui m’intéresse dans tout ce que je fais, moi, c’est la nature humaine.»

Max Abadian

Animer The Traitors en anglais et en français est venu naturellement à Karine. Ayant joué dans plus de 20 films et plus d’une douzaine de séries télévisées, elle est plus qu’à l’aise devant une caméra. Pourtant, elle admet avoir été nerveuse avant le début du projet, parce que ce rôle d’animatrice la faisait diverger de son image habituelle à l’écran — celle d’une femme vulnérable, complexe et indépendante, à l’allure soignée. Elle avoue avoir craint la réaction du public québécois à propos de ce nouveau rôle. Mais Karine a appris tout au long de sa carrière à ne pas avoir honte de ce qu’elle est, de ce qu’elle fait, et de se débarrasser aisément de la peur d’être jugée. «J’ai connu des périodes où cette peur m’accaparait davantage, mais aujourd’hui, elle ne m’habite presque plus. C’est un choix de décider de se dire: “Ils penseront bien ce qu’ils voudront!” C’est une libération.»

C’est ce qui motive tout le travail de la comédienne: elle choisit la liberté, l’exploration de nouvelles voies et refuse de se conformer aux attentes d’autrui. «Ce n’est pas parce que j’anime une série documentaire sur la mode ou une émission de téléréalité comme Les Traîtres que je ne peux pas jouer un rôle dans Avant le crash, dit-elle. J’aime bouger, j’aime essayer des trucs, même si parfois, au départ, je ne sais pas trop comment je vais les aborder.» Avec sa détermination inébranlable et son attitude sans complaisance, elle est convaincue que ces différents rôles peuvent coexister harmonieusement et que les échecs sont de précieux moments d’apprentissage.

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ELLE QUÉBEC — ÉTÉ 2024

ELLE QUÉBEC — ÉTÉ 2024Max Abadian

Photographie Max Abadian Direction de création Olivia Leblanc Stylisme Patrick Vimbor Maquillage Leslie-Ann Thomson (The Project) Coiffure David D’Amours (avec les produits Kérastase) Manucure Natalia Aracenas (Ongles Natalia) Production Pénélope Lemay Assistants à la photographie Pascal Fréchette et Don Loga Assistant au stylisme Joseph Schaffner Assistantes de production Eloïse Lemay et Florence Roigt Le Bel. Merci à la Fonderie Darling.