Léane, en entrant dans le salon des Québécois chaque soir avec Antigang, est-ce que le regard des gens sur toi a changé?

Ce qui a le plus changé, c’est que les gens comprennent maintenant c’est quoi mon métier. Pour ceux qui ne vont pas au théâtre et qui ne regardent pas nécessairement des films québécois, moi, j’étais une maudite bonne joueuse au Tricheur! (rires) Tu comprends?

Parce que je n’avais pas participé à une série populaire ni tenu un rôle dramatique mais qu’on m’avait vue faire des sketchs et de l’animation, les gens pensaient que j’étais humoriste ou animatrice. J’ai absolument rien contre ces métiers —  je les pratique parfois — , mais moi, ma job, c’est d’être comédienne, et ça, la majorité du public québécois ne le savait pas. On vient me voir à l’épicerie pour me dire qu’on est surpris que je puisse jouer des affaires sérieuses!

Ça a changé la perception des gens sur ce que je fais. Pas nécessairement de qui je suis. Parce que je resterai toujours la fille de Marc dans la tête du public.

Justement, est-ce que tu sens que le fameux étiquette de « la fille de » finit par s’effacer?

Et il a toujours quelqu’un pour me dire que je me suis fait un prénom, et à ça, je réponds toujours oui, mais non. Pour la génération qui a vu et aimé Marc, génération démographiquement très élevée, je serai encore et toujours «la fille de».

Jouer dans une quotidienne, ça vient avec le mythe qu’on fait beaucoup d’argent. Est-ce bel et bien le cas?

La raison pour laquelle c’est intéressant de jouer dans une quotidienne, c’est parce que c’est le seul contrat qui est à long terme. Ce que je sais, c’est que pendant environ 8 mois, j’aurai une rentrée d’argent. C’est la prévisibilité de la quotidienne qui permet une certaine stabilité.

Encore là, comme je suis du côté des méchants dans Antigang, je ne suis pas à l’abri que mon personnage meure. Je sais qu’il y a une fin à ce genre de personnage, et peut-être que je ne la verrai pas venir. Je suis consciente que la série doit rester dramaturgiquement intéressante. Je n’en voudrais jamais à la production de prendre la décision de tuer Fanny. Je pense sincèrement que si c’est bon de tuer un personnage, il faut le faire. 

Cela dit, oui, c’est sûr, c’est plate pour le cash… Mais ce qui est très payant pour moi, actuellement, c’est la visibilité. On sait maintenant que je suis une comédienne. Elle est là, ma paie.

Antigang, Radio-Canada

Comme bien des gens le savent, tu es en couple avec le comédien Mickaël Gouin. Existe-t-il une forme de jalousie — peut-être que le mot est fort — entre vous quand l’un tourne plus souvent ou gagne plus d’argent que l’autre?

Non, on voit ça comme une même cagnotte où tout revient à la famille. Par contre, je suis très jalouse de la liberté qu’il se donne pour dealer. Quand j’écoute mon chum négocier, je réalise qu’il y a des choses qu’il peut se permettre en négo que je ne pourrais jamais faire. Si je tenais exactement le même discours que lui, je suis convaincue que ça ne passerait pas. C’est fou de penser que c’est encore ça, la réalité hommes-femmes en 2026.

Dans ta carrière, est-ce qu’il t’est déjà arrivé d’accepter des contrats plus… alimentaires?

Bien oui! Plusieurs! Il y a des contrats que j’ai acceptés parce que je n’avais rien devant moi, et que si je ne les prenais pas, j’allais être dans la merde. Je ne pourrai jamais vivre que de mon art. On ne fait pas toujours des films à la Lars Von Trier (NDLR: cinéaste danois qui a entre autres réalisé Dancer in the Dark et Melancholia), et c’est ben correct! Oui, j’en ai fait, des projets alimentaires, et je n’ai aucune envie de les dénigrer parce que c’est juste cool qu’ils existent et qu’ils aient fait travailler plein de monde.

Antigang, Radio-Canada

D’ailleurs, tu n’as pas refusé un gros contrat récemment?

Oui, pas plus tard que la semaine passée, j’ai refusé 60 000 $ pour faire une pub. J’ai fait des recherches sur la compagnie et elle ne respecte pas certaines de mes valeurs. Mais tu sais, 60 000 $ pour une seule journée de tournage, c’est beaucoup d’argent… surtout quand tu es en train de rénover ta cuisine! (Rires)

Une autre actrice va accepter le contrat, et personne ne va se poser de questions ni aller fouiller les fondements de la compagnie. L’autre fille va encaisser ce gros montant — ou peut-être même plus! — sans que ça ait la moindre répercussion sur sa carrière… Pendant ce temps-là, moi, je refuse ce genre d’offre, et je me sens toute seule à ramer dans ma petite barque..

Dors-tu mieux sachant que tu as agi selon tes convictions?

Non, parce que je suis quand même stressée financièrement. Cela dit, je n’étais tout simplement pas capable de faire la promotion de ce produit. Je suis donc en paix avec ma décision.