Difficile de mettre la main sur François Arnaud ces jours-ci. Quand on se rencontre enfin, lui et moi, en périphérie de Los Angeles, sur la propriété bucolique où a lieu la séance photo pour la couverture de notre magazine, l’acteur québécois se remet tout juste d’un voyage éclair à Paris. Loin de s’en plaindre, il avoue être dans un état de choc permanent depuis la sortie de Heated Rivalry en novembre dernier. Après tout, il était au premier rang du défilé homme automne-hiver 2026-2027 de Saint Laurent, à Paris, flanqué de son collègue de jeu l’acteur américain Connor Storrie, et entouré de célébrités comme Kate Moss, Austin Butler et Christopher Briney. Les derniers mois se sont déroulés comme dans un rêve pour François Arnaud qui, malgré le décalage horaire, est chaleureux, aimable et entièrement présent dès qu’il franchit la porte. Ai-je mentionné qu’il est encore plus séduisant en personne? Parce que oui, c’est bien le cas.

Comme des millions d’entre nous qui avons regardé (et regardé à nouveau) Heated Rivalry, la populaire série canadienne sur le hockey et l’amour, réalisée par Jacob Tierney et inspirée du livre Game Changer, de l’autrice canadienne Rachel Reid, François a encore du mal à assimiler le succès fulgurant de cette petite émission diffusée sur Crave. L’acteur montréalais de 40 ans, qui travaille sans relâche depuis qu’il en a 20, garde les pieds sur terre. « Il ne faut pas trop se laisser emporter par l’engouement, dit-il. Il faut voir les choses telles qu’elles sont. Oui, on a créé quelque chose de vraiment cool, et c’est génial que d’autres personnes aiment ça autant que nous. Et maintenant, on va essayer de créer d’autres bonnes choses, ensemble… et séparément.»

ROYAL GILBERT

Depuis la sortie de Heated Rivalry, François et ses principaux partenaires à l’écran, Connor Storrie et le Canadien Hudson Williams, ont été propulsés sous les feux de la rampe. Ils ont fait des apparitions dans une multitude de talk-shows, assisté (et pris part) à plusieurs défilés de mode, donné d’innombrables entrevues, participé à des balados, tourné des vidéos pour les réseaux sociaux, montré leur affection pour notre premier ministre (merci, Hudson), et Connor a même décroché le poste très convoité d’animateur d’un soir à Saturday Night Live. Les trois acteurs sont partout, et tout le monde s’arrache leur présence. Et dès qu’on a l’impression que la vague commence à s’essouffler, un nouvel événement survient (comme les rumeurs d’une romance entre François et Connor), et c’est reparti de plus belle.

François, qui est né à Montréal, s’est fait connaître en 2009 dans le long métrage J’ai tué ma mère, de Xavier Dolan, qui a été encensé par la critique et a attiré l’attention du monde entier. Le réalisateur a remporté de nombreux prix pour son film, dont trois au prestigieux Festival de Cannes. «C’était essentiellement un film autofinancé qui n’a coûté que quelques centaines de milliers de dollars», dit François, en ajoutant que l’expérience n’était pas si différente de celle de Heated Rivalry. «À l’époque, ce n’était pas le genre de projet qui figurait parmi les priorités de mon agent, parce que j’étais pressenti pour d’autres rôles dans des séries qui avaient déjà du succès. Mais quand j’ai lu le scénario du film de Xavier, j’ai tout de suite su qu’il fallait que j’en fasse partie. Et j’ai ressenti la même chose avec Heated Rivalry. J’ai adoré les deux projets dès le début, ce qui montre bien que c’est impossible de prévoir un succès artistique.»

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La popularité de J’ai tué ma mère a contribué à lancer la carrière de François: il a quitté Montréal pour Los Angeles, où il vit toujours. C’est là qu’il a commencé à passer des auditions pour des rôles plus importants, dans des séries comme The Borgias, un drame de la Renaissance avec Jeremy Irons (un rôle qu’il a d’ailleurs obtenu), et des films comme Pirates des Caraïbes, de Jerry Bruckheimer (rôle qu’il n’a pas obtenu). «C’était peut-être juste la chance du débutant, ou le pouvoir et l’attrait de la jeunesse, mais j’ai l’impression que ç’a été assez facile pour moi, mentionne-t-il à propos des opportunités qui se sont présentées à lui au début de sa carrière. J’ai travaillé dur dès le départ et je savais ce que je voulais. Je me disais: “Oh, c’est ma vie maintenant, ça va être facile!” Mais ça ne s’est pas du tout passé comme ça», ajoute-t-il en riant. Il déplore le timing malencontreux de la sortie de The Borgias, une série diffusée le même mois que Game of Thrones. Il a ensuite connu plusieurs déceptions après avoir auditionné sans succès pour un rôle dans la franchise Bourne, dans la série Star Wars et pour le film Cinquante nuances de Grey.

Toutes ces expériences lui ont toutefois beaucoup appris et l’ont poussé à voir au-delà des résultats dans ses choix de carrière et ses projets professionnels. «Ça m’a appris à apprécier davantage le métier d’acteur, souligne-t-il. À l’époque, j’étais plein d’enthousiasme et d’ambition, et je me disais: “Je vais être sur l’affiche de ce film.” Mais ce n’est vraiment pas ça qui compte. Ce n’est là qu’une petite partie du métier.» Aujourd’hui, il adore se préparer pour un projet, arriver sur un plateau en ayant son personnage bien ancré en lui, s’imprégner de l’expérience et discuter avec l’équipe. «J’ai appris à être présent, ce qui, pour un acteur, est la chose la plus importante.»

Bien qu’il ne soit jamais revenu s’installer au Canada – où il possède une maison dans les Laurentides –, François continue à jouer dans des séries et des films québécois, notamment dans la comédie dramatique familiale Au revoir le bonheur (2021), le drame financier inspiré de faits réels Norbourg (2022), la comédie romantique de Noël 23 décembre (2022) et la série policière Mr Big (2025). «Il y a d’excellents réalisateurs au Québec. Certains travaillent à l’échelle internationale sur des projets d’envergure, d’autres font encore des films indépendants, mais ils sont tous dignes d’intérêt et du temps qu’on passe avec eux en tant qu’acteurs.» Il a également joué dans des productions canadiennes, comme X Company et l’adaptation anglaise de Plan B, diffusées sur CBC, ainsi que dans un épisode de Schitt’s Creek. «On me reconnaît aussi souvent pour cet unique épisode que pour mes deux ans et demi dans Midnight, Texas», confie-t-il en riant, en faisant référence à la série dramatique surnaturelle diffusée sur NBC en 2017. «Ce qui témoigne bien de la puissance du projet lui- même, et pas seulement du rôle.»

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Sa créativité a toujours été davantage axée sur les rôles de qualité que sur ceux qui le rendraient célèbre. «Je préfère jouer un rôle qui me demande un peu moins d’efforts, mais qui selon moi sera bon, que d’accepter un rôle génial dans une œuvre médiocre. Jouer, pour moi, c’est s’abandonner à quelque chose de plus grand que soi. Voilà le pouvoir de la fiction! Avant d’être un acteur, je suis un cinéphile et un spectateur.»

 Cette approche explique peut-être comment François demeure si serein devant le succès monstre de Heated Rivalry: celui-ci ne lui appartient pas. «Je n’ai jamais considéré cette série comme la mienne, ou comme une série que je porte. J’étais heureux d’être là, d’effectuer mon travail et de servir une œuvre plus grande que moi. Je suis tellement reconnaissant que les gens réagissent aussi positivement.»

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Quand je lui demande pourquoi, selon lui, la série a eu un tel retentissement, il prend le temps de réfléchir. On a tellement parlé de Heated Rivalry. Elle a été disséquée par tant de gens en ligne, hors ligne, autour des tables, dans les soirées et à la télévision qu’il semble impossible d’apporter quoi que ce soit de nouveau à la conversation. François a sans doute l’impression que tout ce qui pouvait être dit sur le sujet l’a déjà été. Mais je suis curieuse. «Je pense qu’il y a quelque chose de fort dans le fait de voir des hommes vulnérables, émotionnellement disponibles. De les voir aux prises avec la pression liée à la masculinité et à l’idée de force, puis de les voir choisir de s’adoucir, de s’ouvrir. Ça fait du bien aux gens. C’est gratifiant pour les femmes, qui se retrouvent si souvent dans leur vie face à des hommes bloqués émotionnellement. Et c’est aussi gratifiant pour les personnes queers et les hommes hétéros.»

Je suis d’accord avec François, mais j’y vois également l’attrait du fantasme à l’état pur. On vit à une époque où les mauvaises nouvelles se succèdent, où les manchettes sont saturées d’angoisse, de désespoir, de tristesse. La série est comme une lueur d’espoir et d’amour, une histoire qui nous apporte de la joie et nous éloigne du quotidien. L’évasion, c’est l’essence même du divertissement. «C’est quelque chose dont on ne parle pas assez, acquiesce-t-il. Jacob [Tierney] a certainement compris cela – la façon dont l’histoire s’ancre dans la réalité, son importance, et aussi l’aspect fantasme, la romance; ça nous fait rêver –, c’est censé être sexy et donner envie de tomber amoureux. Ce sont toutes de bonnes choses.»

Pour François, la magie de cette série réside dans la façon dont Jacob Tierney a su réunir la distribution idéale pour donner vie à sa vision. «C’était un pur bonheur, raconte-t-il à propos du tournage. Ça m’a permis de me réconcilier avec certains trucs, comme le fait qu’une chose n’a pas besoin d’être difficile pour avoir de la valeur. On était vraiment comme une famille, et même si ç’a été court, ç’a été super le fun, agréable et joyeux.»

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Sa collègue québécoise, l’actrice Sophie Nélisse, partage ce sentiment. Les deux acteurs ne jouent jamais de scène ensemble dans la série (elle y incarne Rose Landry, une fréquentation de Shane), mais elle s’est immédiatement sentie proche de lui, notamment grâce à l’expérience qu’ils ont vécue après le tournage. «François est très rassurant pour moi, c’est presque comme un grand frère, me dit-elle au téléphone. Il m’ouvre la voie en quelque sorte, et je me sens suffisamment en confiance pour lui parler de mes insécurités ou lui poser des questions. C’est vraiment un amour, je l’adore. Il est drôle, charmant, attachant, et je suis tellement heureuse qu’il obtienne enfin toute cette reconnaissance.» Et comment la famille de François a-t-elle réagi à l’émission? «Je pense que ma mère a du mal à ouvrir l’application Crave, me dit-il en riant. Je ne sais pas. Ils sont contents pour moi. J’ai la chance d’avoir des parents qui souhaitent que je réussisse, mais avant tout, ils veulent me voir épanoui.»

Ces temps-ci, l’acteur savoure l’instant présent et ne tient rien pour acquis. Les choses arrivent quand on est prêt à les vivre, et François croit qu’il était mûr pour ce genre de succès. «J’espère vraiment pouvoir retravailler avec Jacob, sur ce projet ou sur d’autres. C’est un chef d’orchestre brillant qui sait exactement où il va. C’est génial de travailler avec lui, et il a un talent fou.» François est aussi ravi de se consacrer à de nouveaux projets, comme le long métrage Abril, écrit et réalisé par son ami l’humoriste costaricain Hernán Jiménez et récemment présenté en avant-première au Festival international du film de Santa Barbara. «C’est un film magnifique et intime, une sorte de comédie dramatique. C’était la première fois que je travaillais en espagnol, indique-t-il sur sa troisième langue, dont il est tombé amoureux au secondaire. J’étais tellement content qu’il me fasse confiance pour relever ce beau défi.»

Après avoir passé la journée avec François, je constate à quel point il est calme, détendu et en harmonie avec cette phase de sa carrière. Mais c’est également un être sensible, et rien ne peut réellement préparer quelqu’un à ce genre d’attention. «Si on veut profiter de toute l’énergie positive, il faut aussi accepter les critiques, note-t-il, et j’en suis incapable. Alors, il faut que je prenne un peu de recul, que je me recentre sur ma créativité et que je réfléchisse à ce que je veux pour la suite, à la manière dont je vais l’obtenir et à ce que je vais faire au cours des prochains mois. Je sais quel genre d’acteur je veux être, et j’ai toujours agi en fonction de mes objectifs. Heated Rivalry n’est qu’une partie de mon histoire. J’ai bon espoir que ça va m’apporter d’autres opportunités. J’ai très hâte de voir ce que l’avenir me  réserve.»

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ELLE QUÉBEC — AVRIL 2026

ELLE QUÉBEC — AVRIL 2026Royal Gilbert

François Arnaud porte une chemise et une cravate Saint Laurent et une bague, une broche et une boucle d’oreille Tiffany & Co. Photographie et direction artistique Royal Gilbert Stylisme Amanda Lee Shirreffs Maquillage et coiffure Kiki Heitkotter (Guerlain) Production Payson Gallagher Assistance à la photographie Huey Tran et Henry Han Assistance au stylisme Ian James