[Note de la rédaction : Le 2 février, après la réalisation de cette entrevue, Équipe Canada a annoncé que Deanna Stellato-Dudek s’était blessée à l’entraînement et que sa partenaire de patinage en couple, Maxime Deschamps, et elle devaient se retirer de l’épreuve par équipes en patinage artistique. Une décision quant à leur participation à l’épreuve individuelle de patinage en couple sera prise à une date ultérieure.]

Si vous prêtez attention à ce genre de choses, vous savez qu’il n’est pas rare que des athlètes de haut niveau changent d’allégeance nationale, passant de la représentation d’un pays à celle d’un autre en compétition. C’est un processus complexe, et les raisons qui poussent un athlète à le faire sont nombreuses — mais cela arrive. Comme ce fut le cas pour la patineuse en couple Deanna Stellato-Dudek.

Au départ, pour Stellato-Dudek, rejoindre Équipe Canada relevait d’une décision pratique : en 2019, l’ancienne patineuse américaine avait besoin d’un nouveau partenaire pour poursuivre sa carrière lorsqu’elle a rencontré — et immédiatement cliqué avec — le Québécois Maxime Deschamps. Lorsqu’ils ont constaté que la voie la plus simple pour qu’elle obtienne la citoyenneté canadienne à temps pour les Jeux olympiques de 2026 — auxquels le duo participera ce mois-ci et où, soit dit en passant, Stellato-Dudek portera les tout premiers costumes de patinage artistique conçus par Oscar de la Renta — était celle du Canada, la décision a été prise. Stellato-Dudek concourt depuis pour Équipe Canada et est officiellement devenue citoyenne canadienne en 2024.

Mais il est aussi évident que la patineuse est tout aussi fière de représenter le Canada que n’importe quel autre athlète, au point d’en avoir les larmes aux yeux lorsqu’elle en parle. « Avec le temps, lorsque vous représentez le pays à l’international et que vous rencontrez tout le monde dans l’univers canadien du patinage artistique, on vous adopte; on vous tient en haute estime et vous commencez à ressentir une responsabilité de bien faire pour eux », confie Stellato-Dudek à ELLE Canada. « L’élan d’amour que j’ai reçu après l’obtention de ma citoyenneté… il est très difficile de mettre en mots ce que l’on ressent quand 40 millions de personnes vous accueillent chez vous. Je suis extrêmement reconnaissante envers ce pays, envers tous les membres de l’organisation canadienne de patinage artistique et envers tous les fans qui ont toujours soutenu Maxim et qui m’ont accueillie tout autant. »

Skate Canada / Danielle Earl

Née et élevée au sud de la frontière, en Illinois, Stellato-Dudek a commencé le patinage parce que son frère aîné jouait au hockey et qu’elle « voulait être comme lui ». À l’orée de l’adolescence, elle avait entendu parler des Jeux olympiques juniors et s’était fixé pour objectif de s’y qualifier en patinage individuel. Non seulement elle a atteint la compétition, mais elle y a remporté la médaille d’argent. « Ça m’a ouvert les yeux. Je me suis dit : “Peut-être que je suis bonne dans ce sport” — d’autant plus que je faisais aussi de la gymnastique à l’époque et que je n’y finissais pas deuxième aux compétitions », dit-elle en riant. « C’était très motivant et aussi gratifiant de savoir que je pourrais peut-être en faire une carrière. »

Même enfant, Stellato-Dudek était farouchement déterminée. Son objectif : gagner. Toujours. Mais en 2000, minée par les blessures, elle a décidé de se retirer du sport. Elle n’a pas rechaussé les patins avant 2016, travaillant entre-temps comme esthéticienne. Lorsqu’une connaissance du milieu du patinage artistique des années 1990 lui a suggéré d’essayer le patinage en couple, elle s’est retrouvée à passer une audition avec un partenaire potentiel le lendemain de son 33e anniversaire. « Pour cette seconde chance de patiner à nouveau, j’avais décidé de ne rien refuser — d’aborder les choses avec un “oui” », explique-t-elle. « Une fois que j’ai essayé [le patinage en couple], j’ai vraiment adoré, et cet amour n’a fait que grandir au cours des dix dernières années. »

Skate Canada / Danielle Earl

Ceux qui ne regardent ce sport qu’aux Jeux olympiques imaginent sans doute le patinage individuel lorsqu’ils y pensent : extrêmement athlétique, précis, élégant et artistique. Le patinage en couple, tel que le décrit Stellato-Dudek, possède toutes ces qualités, mais en version plus extrême — « comme la version X Games du patinage artistique ». En plus des sauts et des pirouettes classiques, il comporte des lancers, des portés et des réceptions spectaculaires et dangereuses, que la nouvelle Canadienne adore.

« Quand j’ai recommencé à patiner, je faisais du simple pendant, genre, les six premiers mois. Et je ne patinais pas tous les jours parce que j’avais un emploi à temps plein. Donc chaque fois que j’essayais un saut sur la glace, c’était effrayant », raconte-t-elle. « Au moment où j’ai essayé le couple, cela faisait déjà des mois que je faisais quelque chose d’effrayant, alors passer au couple m’a simplement semblé être une autre version d’une peur à surmonter. Et venir de ce lieu du “oui” est très libérateur — cela élargit les horizons de ce que vous pouvez accomplir et même de ce que vous pensez possible. »

Et si Stellato-Dudek et Deschamps excellent dans toutes les facettes de leur sport, ce sont leurs techniques les plus audacieuses qui les rendent incroyablement captivants à regarder sur la glace. Ils sont les premiers patineurs en couple à avoir exécuté un salto arrière assisté en compétition internationale (un mouvement qui était interdit jusqu’à récemment), ce qu’ils ont fait aux Championnats du monde de patinage artistique de l’ISU en 2024. Ils y ont remporté l’or; Stellato-Dudek avait alors 40 ans, devenant la femme la plus âgée à décrocher un titre mondial dans l’une des disciplines du sport.

Aujourd’hui âgée de 42 ans, Stellato-Dudek est habituée à ce que son âge fasse jaser et elle apprécie même que cela mette en lumière des aspects de son parcours auxquels des femmes de tous les milieux peuvent s’identifier. « Je considère mon âge comme une force immense, surtout s’il peut donner à d’autres femmes le courage de changer de carrière, de se lancer dans un projet entrepreneurial ou même de retourner au gym », dit-elle. « J’espère que les femmes de ma génération et les plus jeunes pourront s’inspirer de mon histoire et l’utiliser de la manière qui a du sens pour elles. »

L’objectif de Stellato-Dudek est désormais entièrement tourné vers les Jeux olympiques d’hiver de Milano Cortina. Les derniers mois ont été difficiles pour elle et Deschamps, les résultats n’ayant pas été à la hauteur de leurs attentes — ils ont terminé sixièmes à la Finale du Grand Prix 2025 après une chute et ont perdu leur titre national plus tôt ce mois-ci à la suite d’une série d’erreurs et de problèmes de santé —, mais elle est convaincue qu’ils ont ce qu’il faut pour rivaliser aux Jeux. « Toute personne qui fait quelque chose de difficile — peu importe quoi — doit avoir l’audace de croire qu’elle peut réussir même quand elle échoue », affirme-t-elle. « C’est la chose la plus importante : conserver la conviction que le succès est encore possible. Il m’a fallu de l’audace pour simplement penser que je pouvais faire une équipe olympique. Il m’a fallu de l’audace pour croire que mon corps serait capable de faire ça à 42 ans, ce qui est bien plus âgé que quiconque dans ce milieu. Et cette audace est une compétence qui doit se travailler, tout comme nos sauts sont une compétence qui doit se travailler. »