Sport
Grand Prix du Canada : rencontre avec Sandrine Garneau, figure clé de la F1
L’une des femmes les plus influentes du paddock de la Formule 1 est québécoise.
par : Genevieve Lefebvre-Tardif- 23 mai 2026

Gracieuseté Sandrine Garneau
À quelques jours du Grand Prix du Canada, Sandrine Garneau s’apprête à replonger dans une nouvelle saison menée à toute vitesse. Aujourd’hui cheffe de l’exploitation, de la marque et de la stratégie chez Bell GP Canada, elle évolue dans l’univers ultra compétitif de la F1 depuis plus de dix ans — un milieu où les femmes occupent enfin davantage d’espace, mais surtout, des postes de pouvoir.
Comment es-tu entrée dans l’univers de la course automobile?
« Au départ, rien ne me destinait à la Formule 1! (Rires.) J’ai étudié en théâtre au cégep John Abbott avant de réaliser que j’avais envie d’explorer autre chose. Je me suis ensuite dirigée vers les relations publiques et les communications à McGill. En 2013, j’ai décroché un stage au Grand Prix du Canada, au centre des médias. Ç’a complètement changé ma vie. »
Elle se souvient encore très clairement de ce premier week-end de course — marqué par un événement tragique.
« À la toute fin du Grand Prix, un officiel de piste a perdu la vie dans un accident. Tout le monde est immédiatement entré en mode gestion de crise. Il fallait réagir rapidement, communiquer en français et en anglais, gérer les médias… et j’étais la seule capable d’assurer les traductions simultanées et de rédiger les communications. L’année suivante, on m’a rappelée. J’avais refusé de revenir comme stagiaire, mais quelques heures plus tard, on m’offrait un poste permanent comme adjointe. Ensuite, j’ai gravi les échelons jusqu’à devenir cheffe de l’exploitation en 2024. »
La F1 fait rêver énormément de gens. Est-ce aussi glamour qu’on l’imagine?
« Ça peut certainement en avoir l’air! On voyage partout : en Asie, en Australie, en Europe… On découvre des villes incroyables, des restaurants magnifiques, on rencontre des gens fascinants. J’ai énormément de gratitude pour cette vie-là. »
Gracieuseté Sandrine GarneauMais derrière les images impeccables du paddock et des loges VIP, la réalité est beaucoup plus intense.
« Ce qu’on ne voit pas, ce sont les journées qui commencent avant 6 h du matin, les quinze réunions par jour, les repas qu’on saute parce qu’on manque de temps. J’ai même demandé à ChatGPT de me créer une routine beauté adaptée aux voyages tellement je suis constamment en déplacement! » dit-elle en riant.
Tu évolues dans cet univers depuis plus de dix ans — un milieu très masculin. Sens-tu une réelle transformation aujourd’hui?
« Complètement. Mon premier voyage en F1 remonte à 2016. Je me rappelle être entrée dans une salle où nous étions trois femmes… et j’étais de loin la plus jeune. Tout le reste de la pièce était composé d’hommes qui se ressemblaient tous. Dix ans plus tard, le paysage est complètement différent. »
Elle nomme d’ailleurs plusieurs femmes aujourd’hui à la tête d’événements majeurs du circuit.
« Il y a maintenant Katharina Nowak à Miami, Ariane Frank-Meulenbelt en Hongrie, Vanessa Maes en Belgique… Les femmes prennent enfin leur place dans des rôles de direction. C’est extrêmement inspirant à voir. »
La F1 Academy a fait ses débuts à Montréal l’an dernier. Pourquoi était-ce important pour toi?
« Dès le départ, Jean-Philippe Paradis et moi y avons cru énormément. À l’été 2024, nous avons rencontré Susie Wolff, la directrice générale de la F1 Academy, et nous lui avons expliqué à quel point Montréal est une ville qui célèbre le sport féminin. Je lui avais même dit : “Vous allez voir, Montréal va devenir votre meilleur public.” »
Et la réponse du public a largement dépassé leurs attentes.
« En 2025, c’était complètement fou. Il manquait de cartes d’autographes tellement les gens étaient au rendez-vous. Les gradins étaient pleins, l’énergie était incroyable. Ç’a confirmé qu’il y avait un véritable intérêt pour les femmes en sport automobile — et on a même prolongé l’entente avec Montréal par la suite. »
La musique occupera aussi une grande place cette année au Grand Prix du Canada.
« Aujourd’hui, la F1 est devenue beaucoup plus qu’un sport automobile. C’est un véritable catalyseur de culture, de mode, de beauté et de divertissement. Ajouter une programmation musicale, c’était la suite logique. »
Cette année, le Grand Prix du Canada proposera une programmation entièrement canadienne, avec notamment Simple Plan, Matt Lang, Alessia Cara et The Beaches.
« Le dimanche, on voulait une programmation entièrement féminine. C’était important pour nous que les femmes occupent aussi la scène pendant la plus grande journée du week-end. »
Quel est le moment le plus VIP que tu as vécu jusqu’à maintenant?
Sandrine éclate de rire avant de répondre.
« L’année dernière, juste après le Grand Prix du Canada, j’ai reçu un courriel me demandant une copie de mon passeport. Quelques heures plus tard, je comprenais que je partais avec les pilotes et les officiels de la F1 à bord d’un avion nolisé de Qatar Airways pour assister à la première du film F1 à New York, à Times Square. »
Une expérience complètement irréelle, raconte-t-elle.
« Un chauffeur nous attendait à l’aéroport. À l’hôtel, il y avait coiffure, maquillage, manucure… puis je me suis retrouvée sur le tapis rouge avec Brad Pitt. Et le plus drôle? Quelques heures plus tard, on reprenait déjà la route vers Montréal pour annoncer la prolongation de notre contrat à 7 h 30 le lendemain matin. Comme quoi ce n’est jamais aussi glamour qu’on le pense! » dit-elle en riant.
À surveiller : Le Grand Prix du Canada se déroulera au Circuit Gilles-Villeneuve du vendredi 22 mai au dimanche 24 mai.
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