Quand on pense aux Jeux olympiques, on imagine souvent les athlètes qui se dépassent pour décrocher l’or. Mais dans l’ombre (ou plutôt sur la glace), des arbitres tout aussi passionnés veillent au grain avec rigueur, calme… et coup de sifflet bien senti. Parmi eux : Elizabeth Mantha, 35 ans, arbitre de hockey et, très bientôt, policière au SPVM. Rien de moins.

Récemment sélectionnée par la Fédération internationale de hockey sur glace (IIHF) pour officier aux Jeux olympiques de Milan-Cortina en 2026, Mantha représentera Hockey Canada à titre d’arbitre. Un honneur qu’elle avait déjà eu en 2022, aux Jeux de Beijing, mais qu’elle savoure cette fois-ci avec un petit quelque chose en plus.

« C’est assez incroyable, confie-t-elle avec un sourire dans la voix. Il y a un aspect particulier à Milan-Cortina : cette fois, ce n’est plus la COVID. Je vais pouvoir inviter ma famille et mes amis. En 2022, ça m’avait tellement manqué. J’ai envie de partager ça avec les gens que j’aime. »

Un casque, deux uniformes

Ce n’est pas un, mais deux uniformes que Mantha aura à traîner dans le coffre de sa voiture cet hiver : celui d’arbitre et celui de policière. En novembre, elle entamera officiellement sa nouvelle carrière au Service de police de la Ville de Montréal.

« J’ai fait un retour aux études pour devenir policière. Le SPVM a été super conciliant, il m’a déjà accommodée pour les Jeux. Je pars quelques jours en décembre pour un camp d’entraînement puis pour un mois en février pour les Jeux olympiques. »

Un nouveau chapitre qu’elle accueille avec enthousiasme… et qui n’est pas si éloigné de sa vie d’arbitre.

« C’est fou le nombre de policiers que j’ai rencontrés dans le monde de l’arbitrage! Les compétences interpersonnelles sont très semblables dans les deux métiers : désamorcer des situations, créer des liens rapidement, garder son sang-froid. »

Gracieuseté Elizabeth Mantha

Quand le jeu devient vocation

Avant de porter le sifflet, Mantha portait un chandail de joueuse. Elle a évolué au sein de l’équipe de hockey féminin de l’Université de Montréal, mais déjà, elle savait que le rêve professionnel s’arrêterait là.

« Si on se projette dix ans en arrière, la carrière comme joueuse professionnelle était vraiment moins développée, explique-t-elle. Mais je ne me voyais pas arrêter le hockey ou quitter le sport compétitif. »

C’est autour de 20 ans qu’elle découvre l’arbitrage, un peu par hasard, mais surtout par passion. Et très vite, un nouvel objectif s’impose :

« Si je ne peux pas aller aux Jeux olympiques en tant que joueuse, je pourrais peut-être y aller en tant qu’arbitre ! »

Grimper les échelons… une glace à la fois

Avec patience et détermination, Elizabeth gravit chaque palier : championnats provinciaux, nationaux, jusqu’au jour où tout bascule. En 2022, elle devient l’une des dix premières femmes à arbitrer un match de la Ligue américaine de hockey (LAH). Puis, elle est la première femme à officier dans la Ligue de hockey junior majeur du Québec (LHJMQ). Et enfin, elle enfile l’écusson olympique.

« Arbitrer les gars, ça m’a énormément aidée dans mon cheminement. Je n’ai pas senti de pression supplémentaire. Je me suis fait challenger, tester, comme n’importe qui dans n’importe quel domaine. »

Et si certaines situations pouvaient sembler intimidantes, elle y voit plutôt un avantage distinctif :

« Les femmes arbitres, on apporte autre chose. On est capables de jaser avec les gars, de faire descendre la pression, de créer un lien différent. C’est une de nos grandes forces. »

Gracieuseté Elizabeth Mantha

Briser la glace pour les autres

Première ici, pionnière là… Elizabeth est souvent celle qui ouvre la voie. Et avec cette visibilité vient un rôle qu’elle apprend à embrasser : celui de modèle.

« De plus en plus, je réalise que je peux être une mentor. Quand une petite fille me regarde avec des étoiles dans les yeux et me demande des conseils, je me dis : pourquoi moi? Mais en même temps, tant mieux. Ça me fait plus que plaisir. Moi, je n’avais pas beaucoup de modèles féminins quand j’étais jeune. »

Dans l’arène de la LPHF

Et parce que son horaire n’était pas encore tout à fait assez chargé, Mantha sera aussi de retour sur la glace pour la LPHF (Ligue professionnelle de hockey féminin) dès novembre. Un mandat qui lui tient particulièrement à cœur.

« De voir le nombre de petites filles dans les gradins, c’est tellement beau. Faire partie de ce mouvement-là, du sport féminin en pleine ascension, ça n’a pas de prix. »

Pâtes, pizza… et performance

En attendant Milan 2026, entre deux matchs et quelques heures au SPVM, Elizabeth Mantha garde les pieds sur terre (et les patins bien aiguisés). Elle compte vivre pleinement sa prochaine expérience olympique… entre rigueur professionnelle et petits plaisirs italiens.

« C’est un tournoi hyper condensé, donc je vais travailler fort. Mais c’est certain que je vais essayer de profiter un peu de la ville… et de manger de la pizza et des pâtes! » dit-elle en riant.

Entre ses deux métiers, Mantha vit à cent à l’heure — mais toujours avec le sourire et la conviction d’être à la bonne place. Et si vous entendez parler d’elle dans les prochaines années, ce ne sera probablement pas pour un hors-jeu.

Vous pourrez voir Elizabeth en action notamment dans la LPHF la saison débute le 23 novembre 2025 et au hockey féminin aux Jeux olympiques de Milan Cortina 6 février 2026.