Sport
Au cœur de l’Everest : rencontre avec Emmanuelle Deguara, athlète et alpiniste
Un projet plus grand que nature.
par : Alex Gonthier- 01 avr. 2026

Instagram @emmasdeguara
Nous avons rencontré Emmanuelle Deguara — athlète d’endurance, alpiniste et avocate en droit des affaires — à l’aube d’un défi hors norme : gravir le mont Everest au profit de l’organisme Fillactive. À travers cette ascension, la jeune femme souhaite bien plus que repousser ses limites : elle veut inspirer toute une génération à se remettre en mouvement.
Le Projet Everest, représente un défi personnel pour Emmanuelle, mais également une campagne de mobilisation et de financement visant à contrer l’abandon de l’activité physique chez les adolescentes. « Si mon ascension peut inspirer des filles à croire en leur potentiel et à se remettre en mouvement, alors elle prend tout son sens », confie-t-elle.
De « non sportive » à alpiniste
Pour Emmanuelle, le message est clair : on ne naît pas sportive, on le devient. Un discours qu’elle porte avec authenticité, forte de son propre parcours. « J’ai tellement entendu d’amies dire qu’elles n’étaient pas bonnes en sport, que ce n’était pas pour elles… et c’est exactement ce que je pensais de moi quand j’étais plus jeune », raconte-t-elle. « Il faut savoir que je ne viens pas du tout du monde de l’athlétisme ou de l’alpinisme. Je faisais de l’équitation et du ballet, mais je ne me considérais pas sportive — et je ne pensais jamais le devenir. »
C’est il y a à peine cinq ans qu’elle découvre la course en sentier : une révélation. Sa première épreuve — un 25 km en montagne — marque un tournant. « J’étais incroyablement fière. C’était, sans exagérer, la plus grande réalisation de mon année. » Rapidement, les distances s’allongent, les défis aussi. Elle enchaîne avec un 50 km : « J’étais terrorisée, mais je m’étais engagée à le faire. Je me suis présentée à la ligne de départ et j’ai donné tout ce que je pouvais. C’était extrêmement difficile, mais j’ai adoré. »
Au fil des kilomètres, une certitude s’impose : sa passion réside dans la découverte du monde à travers le mouvement. Désireuse d’aller encore plus loin — et plus haut — elle fait appel à un mentor pour l’accompagner vers des sommets plus ambitieux. Et ça, c’était il y a à peine trois ans.
L’appel de l’Everest
C’est lors d’une autre expédition en altitude que l’idée de l’Everest s’impose comme une possibilité réelle. Une ambition vertigineuse, mais réfléchie, nourrie par des mois de préparation physique et mentale.
À la veille de son départ, Emmanuelle s’apprête à plonger dans l’inconnu. « À partir du moment où je quitte — le 2 avril — je serai en montagne pendant environ deux mois, dans l’inconfort. C’est important que mes batteries soient rechargées. »
Si le défi est immense, elle avance portée par un solide réseau de soutien. « Je me sens vraiment chanceuse. Depuis le début, depuis que j’ai commencé à documenter mes aventures, j’ai été supportée. Je n’ai jamais eu de difficulté à être entourée dans mes projets. Tant et aussi longtemps que je reste lucide et que je m’écoute, les gens me font confiance. » Cette confiance n’efface toutefois pas les inquiétudes. « C’est sûr que mon conjoint et ma famille ont peur. Ils ont peur pour ma santé, pour ma sécurité. On ne peut pas toujours prédire ce qui va se passer sur la montagne. » Malgré tout, leur appui demeure indéfectible. « Ils me font confiance parce qu’ils savent à quel point je suis préparée et depuis combien de temps je travaille sur ce projet. »
Au-delà du cercle intime, c’est toute une communauté qui se mobilise autour d’elle. « Quand je parle des gens qui me supportent, je pense aussi à la communauté plein air qui est derrière moi. Et je réalise que chaque personne trouve un petit bout d’elle-même dans ce projet. »
Deux défis, une mission
Au-delà de l’exploit sportif, Emmanuelle s’est fixé un second objectif : amasser 100 000 $ pour Fillactive, qui, depuis 2007, lutte contre le décrochage sportif chez les adolescentes. Une cause qui résonne profondément en elle. « J’ai été cette fille-là. J’étais parmi les neuf filles sur dix qui ne faisaient pas de sport à l’adolescence. Je faisais de l’équitation, oui, mais je ne me sentais pas bonne. En réalité, ce n’était pas une question de capacité : c’est que je ne croyais pas en moi. »
Jusqu’à l’âge de 25 ans, elle ne se sent pas légitime dans le monde sportif. « Je trouvais ça beau de voir des personnes athlétiques, celles qui semblaient tout réussir. Mais je me comparais constamment, et je ne me retrouvais pas. Je me réfugiais plutôt dans mes études, dans ma carrière. » Aujourd’hui, son regard a changé — et c’est ce changement qu’elle souhaite transmettre. « J’aurais aimé savoir plus jeune qu’il n’existe pas qu’un seul type de fille sportive. Que ce n’est pas parce que tu n’es pas “naturellement bonne” que tu n’as pas ta place. »
Même aujourd’hui, elle admet que le mot « athlète » peut encore l’intimider. « Je peux parfois être gênée de me définir ainsi, de me comparer à d’autres. Mais je me connais mieux, je connais mes forces, et j’ai développé ma confiance. »
Un cheminement qui, selon elle, doit commencer tôt.
« C’est pour ça que je veux porter ce message avec Fillactive — auprès des jeunes filles, bien sûr, mais aussi des femmes, des mères, de mes amies, de mes collègues… et même des hommes autour de nous. Ce n’est pas qu’un message “de femmes”, mais la communauté féminine est incroyablement puissante. Et je crois que c’est important de lui donner encore plus de voix. »
Pour participer à la levée de fonds, c’est par ici !
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