Certaines athlètes jouent pour gagner, et d’autres pour laisser une trace. Abby Roque appartient aux deux catégories. À 27 ans, la nouvelle attaquante de la Victoire de Montréal dans la LPHF est plus qu’une joueuse redoutable : elle est un symbole de détermination, de résilience et de fierté identitaire.

Fille d’un ancien entraîneur universitaire devenu recruteur pour les Maple Leafs de Toronto, Roque a littéralement grandi patins aux pieds, à Sault Ste. Marie, au Michigan. Son père construisait une patinoire dans la cour arrière chaque hiver. « J’étais à l’aréna tous les jours après l’école. Je détestais partir », raconte-t-elle.

Sa famille la voyait plutôt patineuse artistique. « Mon père voulait que je fasse du patinage artistique, mais je ne pensais qu’au hockey. Il croyait que j’allais changer d’idée, mais tout ce que je voulais, c’était retrouver mon bâton et jouer. J’avais à peine cinq ans! ». Sa famille finit par céder, et sa tante lui offre sa première paire de patins de hockey. Depuis, la jeune femme n’a jamais regardé en arrière.

«Peu importe ce que tu veux devenir : joueuse de hockey, olympienne ou encore artiste, tu peux le faire si tu y crois vraiment.»

Fière de ses racines

Membre de la Première Nation de Wahnapitae (Ojibwée), elle est devenue la première femme autochtone à représenter les États-Unis en hockey sur glace et à participer aux Jeux olympiques d’hiver. Ce rôle historique, elle le porte avec humilité, mais aussi avec un sens de la responsabilité. « C’est un peu fou de penser que je suis la première », admet-elle. Pour Roque, la représentation est une nécessité.  « Quand tu vois quelqu’un qui te ressemble, c’est tellement plus facile d’imaginer que tu peux y arriver toi aussi. Quand j’étais jeune, je n’avais pas de modèle féminin dans le hockey. Mon père était mon inspiration. »

Aujourd’hui, c’est elle qui inspire. Lorsqu’elle visite des communautés autochtones, elle parle aux jeunes de rêve et de persévérance. « Peu importe ce que tu veux devenir : joueuse de hockey, olympienne ou encore artiste, tu peux le faire si tu y crois vraiment. »

Et le message porte. 

« Quand je rentre chez moi et que je vois de plus en plus de jeunes filles autochtones jouer au hockey, certains parents me disent : C’est l’effet Abby Roque. C’est tellement touchant. »

Une nouvelle vie à Montréal

Cette saison, c’est à Montréal que l’athlète écrit le prochain chapitre de son histoire. Acquise par la Victoire dans une transaction impliquant Kristin O’Neill et un choix de repêchage, la jeune femme arrive avec une feuille de route impressionnante : 12 buts et 18 passes en 54 matchs en deux saisons à New York, un titre de championne mondiale en 2023 et une médaille d’argent olympique remportée à Pékin l’année précédente.

Mais au-delà des statistiques, ce que Montréal gagne, c’est une personnalité unique: une joueuse combative, physique et intense, souvent décrite comme « une peste sur la glace », mais d’une douceur désarmante hors du jeu. « Je suis tellement excitée d’être ici », confie-t-elle, les yeux brillants. « On a joué souvent à Montréal, mais je n’y avais jamais vécu. C’est une ville incroyable. » 

Elle retrouvera notamment Ann-Renée Desbiens, gardienne vedette et ancienne coéquipière à l’Université du Wisconsin. « Jouer avec Ann-Renée à l’université m’a beaucoup marquée. Elle était déjà exceptionnelle à ce moment. »

Avec la Victoire, Roque veut contribuer à perpétuer la tradition gagnante du club. « C’est une équipe compétitive chaque année, toujours dans le coup. Mon objectif est simple : aider Montréal à remporter sa première Coupe Walter. »

Et, ajoute-t-elle en riant : « Je vais enfin jouer avec Marie-Philip Poulin… J’aime mieux jouer avec elle que contre elle ! »

 

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Un geste audacieux

Les amateurs de hockey la connaissent aussi pour un moment désormais gravé dans l’histoire : le premier but “Michigan” de la LPHF. Ce geste spectaculaire : lever la rondelle derrière le filet pour la déposer du revers dans la lucarne, avait jusque-là surtout été vu dans les ligues masculines.

« J’en parlais souvent à la blague, mais je ne pensais pas vraiment le faire », se souvient-elle. « Ce jour-là, on perdait 3 à 1, rien ne fonctionnait. Alors j’ai tenté le coup… et c’est rentré! On a perdu le match, mais maintenant que je sais que je peux le faire, je vais peut-être réessayer à Montréal. »

Hors glace: croissants et beignes

Derrière le casque se cache une femme passionnée de… pâtisserie. « Je trouve important d’avoir une vie en dehors du hockey », confie-t-elle. « Je me suis récemment mise à la boulangerie. Mon émission préférée, c’est The Great British Bake Off, le meilleur show au monde ! »

Ses coéquipières ne s’en plaignent pas : Roque a la bonne habitude d’apporter ses créations à l’aréna. « J’ai fait des croissants l’an dernier. C’était tout un processus, mais ils étaient délicieux ! » dit-elle en riant. « Là, je n’ai pas encore tout mon matériel à Montréal… mais maintenant que j’en parle, tout le monde va s’attendre à ce que j’en fasse ! »

Abby Roque

Plus qu’une joueuse

Dans une ligue en pleine expansion, où chaque match contribue à faire avancer la place des femmes dans le sport, Abby Roque se distingue comme une voix forte, authentique et inspirante. Elle ne se contente pas de marquer des buts, elle ouvre des portes. Et offre même, généreusement, quelques pâtisseries.

En prime, l’athlète connaît un excellent début de saison, avec une première victoire au sein de l’équipe et trois points magnifiquement exécutés !