Société
Rencontre avec Marina Bastarache : parler d’infertilité pour briser l’isolement
Avec sa série documentaire C’est pour quand les enfants?, Marina Bastarache se penche sur son propre désir de maternité, un questionnement bouleversé par la découverte, à 34 ans, d’une insuffisance ovarienne précoce.
par : Théo Dupuis-Carbonneau- 26 juin 2026

ICI TOU.TV
À travers sa démarche de congélation d’ovules et ses rencontres avec des femmes et des hommes engagés dans des parcours en fertilité, elle ouvre un dialogue sensible et nécessaire sur la parentalité. Entretien.
Avant même de recevoir ton diagnostic, tu travaillais déjà sur un documentaire autour du désir de parentalité. Qu’avais-tu envie d’explorer au départ ?
Je trouve qu’on est la première génération de femmes à avoir la chance de vraiment se poser la question : «Est-ce qu’on en veut, des enfants ?» Grâce à Internet, à nos amis et au fait qu’on attend souvent plus longtemps avant de fonder une famille, on n’est plus dans la belle naïveté du «je veux des enfants, je veux ma famille». On sait davantage ce que ça implique.
Moi, j’étais dans cette zone grise jusqu’à récemment. D’un côté, je me disais : «Oui, j’en veux.» De l’autre, je me demandais ce que ça voulait dire concrètement. Financièrement, qu’est-ce que ça implique ? Qui va aller les porter à l’école ? Lou [NDLR : le comédien Lou-Pascal Tremblay, le conjoint de Marina] et moi, on a des carrières exigeantes avec des horaires atypiques. Est-ce qu’on forme une assez bonne équipe ? Est-ce qu’on a de l’aide autour de nous ? Est-ce qu’on a les moyens d’avoir de l’aide, le cas échéant ?
Je trouvais que c’était une belle porte d’entrée pour parler de la femme d’aujourd’hui, qui réfléchit à tout ça avant de s’engager dans la parentalité.
Puis, en plein développement du projet, tu apprends que tu es atteinte d’une insuffisance ovarienne précoce. Comment cette nouvelle est-elle arrivée ?
Deux ou trois mois après avoir commencé les discussions autour du documentaire avec l’équipe, j’ai reçu un appel de ma médecin de famille. Elle m’a dit : «J’ai reçu les résultats de tes prises de sang. Je ne suis pas fertilologue, mais de ce que je vois, tes hormones ne sont pas du tout dans les normes pour ton âge.»
Comment t’es-tu sentie à ce moment-là ?
Je ne m’attendais pas du tout à cette nouvelle. Je venais d’avoir 34 ans et je me disais : «Je suis jeune, je suis en forme, de quoi tu me parles?» (rires)
J’étais un peu dans le déni, mais j’ai tout de suite écrit à la clinique de fertilité OVO pour obtenir un rendez-vous. Un mois plus tard, lors de mon appel avec la clinique, la médecin m’a annoncé qu’à la lumière de mes résultats, j’étais en insuffisance ovarienne précoce. Elle m’a expliqué que mon déclin ovarien était marqué pour mon âge et qu’elle voyait rarement des chiffres comme les miens chez une femme de 34 ans.
Je me suis mise à pleurer. Je lui ai demandé ce que ça signifiait concrètement. Elle m’a répondu : «Je ne sais pas si tu veux des enfants, mais si c’est le cas, il faut vraiment préserver ta fertilité. Je n’ai pas de boule de cristal pour te dire si tu seras ménopausée dans un an, deux ans ou cinq ans.»
Ce genre d’annonce vient forcément bousculer un couple. Comment Lou-Pascal et toi avez-vous traversé cette période ?
Après cet appel, je suis allée en parler à Lou. Je voyais qu’il était bouleversé. Il parlait, mais n’osait presque pas me regarder. Quand je lui ai expliqué qu’on me proposait de préserver ma fertilité, il a répondu : «Ah, parfait. Tu vas congeler tes ovules et ça va être réglé.» Je pense qu’il ne réalisait pas encore l’ampleur de ce que ça impliquait pour nous deux.
Lou et moi, on avait des conversations; on se fixait des rendez-vous toutes les deux semaines à la maison, comme si on était chez le psy, pour parler de notre processus. Il a commencé à voir un psychologue pour l’aider là-dedans. De mon côté, ça fait dix ans que je suis accompagnée par un psy.
Je lui répétais souvent : «Ce n’est pas une décision qu’on doit prendre ensemble en premier. Il faut d’abord que toi, tu saches ce que tu veux, et que moi, je sache ce que je veux. Ensuite, on regarde si nos désirs s’arriment.»
ICI TOU.TVQu’est-ce qui a été le plus difficile à accepter dans ce parcours ?
Je ne m’étais pas imaginée que la fertilité, c’est une série de deuils. Dans ma tête, je tomberais enceinte naturellement. Je découvrirais ma grossesse parce que j’aurais un retard de règles et j’annoncerais : «On s’est tellement aimés qu’on a fait un bébé.» Je m’imaginais vivre ça simplement, sans stress. Déjà, je fais le deuil d’une version idéalisée, voire romancée, de cette étape de ma vie. La réalité, pour moi, est plus complexe, anxiogène et difficile sur plusieurs fronts. Ce n’est pas le fun !
Et cette série de deuils va m’habiter toute ma vie. Peut-être qu’un jour, j’aurai une famille et ça pansera en partie ce parcours douloureux, mais je ne pense pas que je regarderai la fertilité et la maternité sans ressentir une certaine souffrance. Je suis meurtrie par tout ça, c’est ancré en moi. C’est beaucoup plus gros, prenant et intense que ce à quoi je m’attendais.
Qu’est-ce que ce documentaire t’a appris que tu ne soupçonnais pas au départ ?
J’ai commencé ce documentaire en me disant : «Je veux aider les femmes.» Aujourd’hui, je réalise que ce sont surtout les femmes qui y ont participé qui m’ont aidée. Leurs témoignages m’ont permis de me sentir moins seule. Elles m’ont fait comprendre qu’on est nombreuses à traverser ces épreuves et qu’on avait envie de s’entraider et de se tenir serrées. Elles m’ont fait comprendre qu’on pouvait se dire : «C’est de la calisse de marde, mais on est ensemble.»
Quand tu repenses aux premiers jours suivant ton diagnostic, quelle information aurais-tu aimé recevoir ?
J’aurais aimé avoir l’équivalent de Naître et grandir, mais pour les personnes qui entrent dans un processus de fertilité. Un guide clair, remis par un professionnel de la santé, qui expliquerait le fonctionnement du système reproducteur, les changements liés à l’âge, les résultats hormonaux et les différentes étapes possibles lorsqu’il y a un enjeu de fertilité. Il me semble qu’avoir accès à un outil simple et fiable aiderait énormément à se sentir moins perdue et mieux accompagnée.
Qu’est-ce qui t’a le plus choquée dans ton processus ?
Le prix des médicaments ! Quand on entame un parcours de fertilité, la clinique nous donne souvent une estimation globale des coûts des traitements et des examens. Mais en arrivant à la pharmacie pour récupérer mes médicaments, j’ai eu tout un choc. Certaines personnes ont des assurances privées qui couvrent immédiatement une bonne partie des frais. Dans mon cas, je devais tout payer d’avance, puis remplir des formulaires spéciaux et attendre le remboursement. Personne ne m’avait dit ça. La première fois que je suis arrivée à la pharmacie, j’ai éclaté en sanglots. Non seulement je venais d’encaisser un choc financier, mais je devais aussi apprendre sur-le-champ à m’administrer mes injections. Quand la pharmacienne m’a annoncé que la facture frôlait le 3 000 $, je n’en revenais pas. Et ça, c’était pour cinq jours.
Au-delà de ma propre situation, ça m’a surtout fait réfléchir aux gens qui n’ont pas accès à une assurance privée ou qui n’ont pas les fonds nécessaires pour avancer ces montants. Devoir appeler sa banque en urgence afin d’augmenter sa marge de crédit pour accéder à un traitement médical, c’est une pression énorme.
Et dans ton cas, la préservation de la fertilité en soi n’était pas couverte ?
Non, et ça c’est choquant aussi. J’ai un diagnostic médical reconnu à travers le monde, mais comme il s’agit d’une préservation de fertilité, ce n’est pas couvert par le programme gouvernemental [NDLR: le programme de procréation médicalement assistée, qui comprend un cycle de FIV]. Pourtant, on me disait qu’il fallait agir rapidement. Si je n’avais pas eu les sous, qu’est-ce que j’aurais fait ? Je serais passée à côté ? Je me demande pourquoi cette option ne pourrait pas être intégrée au programme actuel, avec une approbation médicale gouvernementale, au besoin, pour la justifier.
Qu’est-ce que tu as appris sur toi-même à travers tout ça ?
J’ai toujours pensé que j’étais quelqu’un d’impatient, mais il s’avère que j’ai une patience d’or ! J’ai attendu après les résultats, après les rendez-vous, après les réflexions de mon chum… J’ai aussi appris à assumer ma vulnérabilité. Habituellement, quand on me demande comment ça va, je reste en surface. Mais en 2025, quand je traversais tout ça, j’ai choisi de m’ouvrir complètement. J’ai parlé de ce que je vivais à mes proches, à mes amis, à ma famille. C’est devenu ma façon de traverser l’épreuve.
Les trois épisodes de la série documentaire C’est pour quand les enfants ? sont en ligne dans la section VÉRO.TV d’ICI TOU.TV EXTRA.
Cet article a été publié sur veroniquecloutier.com.
Infolettre
Abonnez-vous pour ne rien manquer des tendances phares et des dernières actus mode, beauté, célébrités, lifestyle.
À lire aussi dans Société
À lire

Bien-être financier
10 activités culturelles gratuites ou à bas prix pour profiter de l’automne
Il pleut? Pas de problème! Grâce à ces 10 idées d’activités culturelles accessibles (et intérieures), on se divertit toute la saison, malgré les caprices de la météo.
par : Elisabeth Massicolli- 07 oct. 2026

Style de vie
Mode et culture : transformer sa passion en métier
Une des clés du bonheur est de pouvoir vivre de sa passion. Si on aime la mode et la culture, il existe des formations pour développer son talent et le convertir en un emploi stimulant et lucratif. En voici trois à découvrir.
par : Elle Québec- 07 oct. 2026

Astro
Cadeaux et astro : que choisir pour les signes de Terre (Taureau, Vierge et Capricorne)
Trouvez le cadeau parfait chez Tanguay pour honorer leur amour du confort, du design et des belles choses.
par : Elle Québec- 05 oct. 2026




