Diane Tell a contribué à mon éveil sexuel. J’avais 11 ans et j’écoutais en boucle, sur la table tournante du salon familial, sa chanson Si j’étais un homme en chantant à tue-tête «te ferais l’amour sur la plage, en savourant chaque seconde». (Quand ma mère me demandait ce que ça voulait dire, je partais dans ma chambre en courant.)

J’ai appris à mes dépens que faire l’amour sur la plage, ce n’était pas si savoureux que cela, finalement, mais Diane (je me permets cette familiarité) a certainement été l’une des premières artistes à m’ouvrir les yeux et les oreilles. En plus de sa parole libérée et assumée, c’était l’éventail de ses talents qui m’éblouissait. Dans un milieu historiquement dominé par les hommes, une femme qui écrit, compose et interprète ses propres chansons, ça décoiffe et ça fait rêver les petites filles, en 1980 comme aujourd’hui.

Mon admiration pour les femmes-orchestres n’a cessé de croître avec les années. Il faut dire que mon terreau était fertile: ma mère écoutait avec ferveur Pauline (Julien), Monique (Leyrac), Clémence (DesRochers) et Renée (Claude). J’avais le genre de mère qui emmène ses trois filles au Stade olympique, en 1984, pour assister au mythique spectacle Magie rose, de Diane Dufresne. Faire notre éducation incluait la découverte de femmes-phares qui nous encourageaient à tracer notre propre chemin. En rétrospective, c’est là un des plus beaux legs que j’ai reçus.

J’ai tissé avec le temps ma propre petite constellation artistique et je constate que la trame sonore de ma vie est essentiellement féminine. Hasard? Bien sûr que non. Je me reconnais viscéralement dans ces artisanes de la beauté.

Ariane (Moffatt), Mara (Tremblay), Beyries, Salomé (Leclerc), Elisapie, Ingrid (St-Pierre), Martha (Wainwright) et Marie-Pierre (Arthur) veillent sur moi en permanence. Quand une artiste puise dans ses expériences, ses luttes ou ses élans de bonheur, elle fait écho aux nôtres. C’est un peu comme entendre notre propre voix à travers la leur et nous rendre compte que nous ne sommes jamais seules. J’ai notamment accouché avec Martha, joggé avec Ariane et voyagé avec Salomé.

Elles ne le savent pas, mais ces artistes québécoises sont mes refuges, mes alliées de fêtes et mes porte-voix. Je m’apaise en récitant leurs psaumes et, peu importe le moment ou l’humeur, je me tourne invariablement vers l’une ou l’autre d’entre elles. Un lien indestructible m’unit à ces musiciennes, tissé par le pouvoir hypnotique de leurs mélodies, la justesse de leurs mots, la chaleur de leurs voix et ce besoin viscéral de connexion et de sororité qui nous habite toutes.

La bonne nouvelle, c’est que cette famille musicale ne cesse de s’agrandir. Je découvre régulièrement de nouvelles sorcières pas comme les autres: Lou-Adriane Cassidy, Charlotte Cardin, Safia Nolin, Sarahmée, Rau_Ze et Dominique Fils-Aimé m’inspirent tout autant. Ne boudez pas votre plaisir, partez à leur découverte et chantons leurs louanges à l’unisson! (Et juste pour vous, chères lectrices: une playlist de mes femmes-phares préférées, pour que leurs voix illuminent vos journées comme elles éclairent les miennes.)

Sophie Fouron est une animatrice et une communicatrice aguerrie.