J’ai crié de joie en voyant France Beaudoin, rayonnante, accepter son trophée au dernier Gala des prix Gémeaux en assumant haut et fort ses 55 ans. Un coup de gueule aussi nécessaire que rare, une prise de parole féministe et pro-âge. 

Certains associent encore, hélas, la femme quinquagénaire à une fleur fanée. L’équivalent d’un restant de pâté chinois, qui est, au mieux, réconfortant. Puisque j’ai les deux pieds dedans, permettez-moi de donner un son de cloche un peu plus mélodieux. La cinquantaine représente, tenez-vous bien, l’une des plus belles surprises de ma vie. Bien qu’elle puisse être, pour certaines, synonyme d’invisibilité et de petits deuils, elle peut aussi s’avérer une période étonnante de contentements, de libération et de fécondité… autrement. 

Évidemment, toutes ne vivent pas cet état de réjouissance, et vous me direz, avec raison, qu’il est plus facile de s’épanouir quand on est privilégiée, bien entourée, et en bonne santé physique et financière. La vie et l’inexorable marche du temps font des ravages, on est d’accord. Je constate néanmoins une étonnante renaissance chez mes copines quinquas de tout acabit qui ont eu, comme moi, leurs enfants dans la trentaine et qui se pincent aujourd’hui en sentant leur charge mentale diminuer en même temps que leur taux d’œstrogènes. Mine de rien, le pas s’allège. 

Une fois la marmaille élevée, les défis professionnels relevés, les finances organisées et les hormones gérées, on entamerait peut-être le chapitre le plus excitant de notre vie? Oui, mes dames, et ensemble, de surcroît! Solidaires, unies, fières, quoique légèrement échevelées par nos combats (rien n’est acquis), nos défis (il faut quand même s’occuper de nos parents) et nos petites victoires. Un retour à soi aussi étonnant que grisant. À l’instar de cette vieille pub de Viagra dans laquelle des hommes gambadent dans la rue et se saluent, nous, entre femmes «matures», on se reconnaît, on se comprend, réchappées, complices et incrédules devant cette liberté retrouvée. C’est ce que l’humoriste Florence Foresti appelle l’adolescence, mais avec une carte de crédit. Et que dire justement de ce nouvel état d’esprit qu’on se plaît à apprivoiser: l’apathie, le détachement… bref, l’art de s’en foutre! Ainsi, en vieillissant, malgré le naufrage annoncé, il serait possible de naviguer plus légèrement, délestée du jugement, des attentes et du regard des autres. Appelez ça de la sagesse, de l’épuisement ou de la lucidité, mais laissez-moi me réjouir de cette nouvelle posture d’affranchie. 

Il faut (ré)écouter le monologue d’anthologie de la mère qui-s’en-fout dans le film La Crise, de Coline Serreau (1992). Ça n’a pas pris une ride. Elle a 50 ans, se fout éperdument des problèmes de ses grands enfants, largue son mari pour un plus jeune et est divinement heureuse de se prioriser après avoir passé sa vie à s’occuper des autres. Ça prenait une femme pour écrire ce texte percutant et, croyez-moi, c’est encore plus jouissif quand on le visionne au même âge que le personnage! 

Victor Hugo a dit que la cinquantaine, c’est la jeunesse de la vieillesse. On en a effectivement moins devant que derrière… Raison de plus pour arrêter de se culpabiliser et de s’excuser. Pour moi, 50 ans, c’est tout simplement renouer avec soi, assumée, reine de mon petit royaume, dos droit et tête haute remplie de projets et d’idées à partager! 

Ah! et la fleur fanée, c’est une vivace qui n’a pas dit son dernier mot!

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