Là fois où… Magali Saint-Vincent a décidé qu’elle allait agir en homme médiocre. Il y a deux ans, avant d’aller jouer dans un Comédie Club de Montréal, je décide d’aller souhaiter un joyeux anniversaire à une de mes amies. Je suis heureuse de pouvoir lui offrir mes meilleurs vœux pour la prochaine année.

Dans ma voix et mon attitude, elle perçoit de l’anxiété. Je lui explique que j’ai un spectacle ce soir-là, que je me mets de la pression pour bien performer. Je suis en début de carrière, tout est à construire, et chaque représentation est, pour moi, une façon de montrer à mes pairs que j’ai ma place; en plus, je dois conquérir un public qui n’est pas vendu d’avance.

Bref, en huit minutes de présence scénique, je m’impose d’être perçue comme une bonne humoriste. Je m’impose la même exigence quand je suis dans les loges. J’aimerais que mes collègues me trouvent relaxe, insouciante. J’aimerais aussi pouvoir faire rigoler les gens assez fort pour que les ondes de leurs rires empêchent les tours de transmission de fonctionner et déroutent les obus qui bombardent certaines régions du monde… afin de rétablir un équilibre politique mondial. Tant qu’à y être.

Même si ce soir-là, c’est l’anniversaire de mon amie, c’est elle qui m’offre un cadeau. Elle me répond : « Eh bien, commence à agir en homme médiocre, et tout va bien aller. » Pour elle, ça réglerait toutes mes angoisses. Je pars à rire. Au fond de moi, je trouve la phrase un peu choquante. Je me dis que cette conversation mérite de rester à huis clos, pour ne fâcher personne. Mais je sens tout de suite une digue intérieure se relâcher, les possibilités se déployer devant moi, la boîte de Pandore se fracasser en même temps que le plafond de verre.

Ben oui, je peux agir en homme médiocre. L’inspiration est partout, en plus, ces temps-ci. Vous êtes-vous déjà demandé de quel air est remplie la tête de votre patron ou de votre collègue qui ne vous écoute jamais, qui coupe la parole aux gens et qui, pourtant, dirige les opérations ? C’est minable, quoiqu’admirable. C’est comme si ces hommes étaient conçus pour être confiants et qu’ils allaient toujours foncer obstinément vers leurs objectifs. Ces hommes provoquent en moi le même questionnement que quand je regarde un oiseau voler : quelle énergie simplette régit ces organismes vivants ? Ils semblent ne jamais se soucier de quoi que ce soit.

C’est terrible pour la survie de l’humanité, mais génial à étudier quand on est une anxieuse de performance comme moi. Je me permets donc de voler à ces hommes un minuscule morceau de leur foi inébranlable en eux-mêmes. En étudiant le mot « médiocre », j’ai aussi appris que le sens étymologique de ce terme renvoie à « être dans la moyenne ». Je peux simplement me donner l’objectif d’être dans la moyenne. Avec l’ardeur et les efforts que je mets dans mon travail en amont, je risque de m’améliorer plus vite. En tentant de tuer la voix perfectionniste qui me paralyse en me demandant de viser l’excellence, je diminue mes attentes, et je gagne en assurance. Je serai donc inévitablement meilleure. Comme il est bon de copier l’attitude de l’homme médiocre pour aller faire des blagues féministes avec confiance !