Le week-end dernier, j’étais bien installée dans mon sofa, un livre entre les mains – un vrai avec des pages cornées, une couverture un peu molle et cette odeur qui qui me rappelle ce que je tiens –, quand tout à coup, sans aucune raison valable, j’ai déposé le roman sur mes genoux pour regarder… la vidéo d’une femme qui remplissait des pots Mason avec des lentilles.

Des lentilles…. que je ne cuisine jamais!

Et pourtant, pendant sept minutes, j’ai regardé une inconnue organiser son garde-manger comme si ma survie en dépendait. Quand ce n’est pas une vidéo sur la manière de porter le bermuda cet été, c’est le texto d’une amie qui veut savoir ce que je pense de la réponse de son prétendant, capture d’écran à l’appui. Que ce soit durant le week-end, où en principe je ne travaille pas, ou durant la semaine, où on s’attend à ce que je sois «sur le piton», mon téléphone vibre sans relâche.

Et ma tête aussi.

Je suis devenue la spécialiste dans faire deux (souvent trois!) choses à la fois. Tellement que, parfois, je ne sais pas si j’ai bel et bien envoyé la réponse au courriel de Joanna ou… si j’y ai juste pensé. C’est juste moi? Ou si vraiment tout cherche à capter notre attention ces jours-ci? Les plateformes me connaissent mieux que ma meilleure amie. (C’est étonnant, vu le nombre d’heures qu’on passe ensemble.) Même mes moments de repos visent maintenant la productivité. Je ne prends plus un bain: je fais du rattrapage de séries. Je ne lis plus pour le plaisir: je dois lire des manuscrits pour mon travail ou lire un roman pour arriver prête à mon club de lecture (que j’adore, mais tsé!). Je fais mon jogging en écoutant des livres audio ou des balados. Jamais je ne fais RIEN. Tout ce que j’entreprends coche une case dans ma liste de choses à faire. Vous êtes essoufflées? Moi aussi!

Je pense que mon cerveau a besoin de vacances. Pas d’un voyage à la mer ou d’une journée au spa, mais d’une pause de stimulation, d’une détox du scroll. Je dois réapprendre à être présente, à faire quelque chose (comme lire) simplement pour le plaisir. Me plonger dans un récit, phrase après phrase, sans voir le temps filer.

Donc, si vous me cherchez cet été, il y a de bonnes chances que je sois quelque part avec un livre, un café, mon cellulaire en mode avion… et une très forte envie d’aller vérifier mes messages après quatre pages. On progresse. Doucement. Comme dans les pages d’un bon roman.