Il y a trois ans, j’ai écrit un éditorial intitulé La revanche des bimbos. J’y parlais de Pamela Anderson, de Madonna et de toutes ces femmes qu’on avait enfermées dans leur image, comme si leur corps racontait forcément toute leur histoire. Elles reprenaient enfin la parole pour dire: «Vous m’avez regardée, jugée, commentée, mais maintenant, c’est moi qui vais vous raconter qui je suis.»

Aujourd’hui, en lisant l’article de Joanie Pietracupa sur le vieillissement des femmes, je me suis dit que la conversation avait évolué… mais peut-être pas autant qu’on aimerait le croire.

Parce qu’après avoir passé des décennies à commenter le corps des femmes, la société s’intéresse maintenant à la façon dont ce corps vieillit. On ne nous demande plus seulement d’être belles, minces et désirables. Il faut désormais «bien vieillir». Avoir bonne mine, de l’énergie, des projets, une peau lumineuse, une silhouette tonique et, idéalement, l’air 10 ans plus jeune – mais naturellement, bien sûr. Il ne faudrait surtout pas avoir l’air d’avoir essayé. Bref, vieillir, oui. Mais avec modération.

À 55 ans, je connais bien ces contradictions. Je prends soin de moi, je m’entraîne, j’achète des crèmes, je colore mes cheveux, j’ai quelques REER investis en traitements pour ma peau et j’ai du Botox dans le front. Je ne vais certainement pas juger une femme qui choisit les injections ou la chirurgie. Pas plus que je ne vais applaudir celle qui décide de lâcher prise. Ce qui me dérange, ce n’est pas ce que les femmes font de leur visage ou de leur corps. C’est qu’elles doivent encore expliquer, défendre et justifier leurs choix.

Trop botoxée? Elle refuse de vieillir. Pas assez? Elle se laisse aller. Trop sexy? Elle devrait s’habiller «pour son âge». Trop discrète? Elle est devenue invisible. On nous avait pourtant promis qu’avec le temps viendrait la liberté. Apparemment, il fallait lire les petits caractères.

Il y a malgré tout de vraies raisons de se réjouir. Voir des femmes de 50, 60, 70 ou 80 ans dans les magazines, sur les passerelles, à la télévision ou sur les réseaux sociaux change doucement notre imaginaire collectif. Cela nous rappelle qu’une femme ne cesse pas d’être intéressante, ambitieuse, drôle, sensuelle ou pertinente le jour où elle atteint un certain âge. Et, franchement, il était temps.

Mais la véritable avancée ne sera pas accomplie lorsque toutes les publicités mettront en scène une magnifique femme aux cheveux gris – svelte, riche, parfaitement coiffée et admirablement bien conservée. Elle le sera lorsqu’on acceptera toutes les manières de vieillir. Avec ou sans rides. Avec ou sans cheveux gris. Avec un bikini, un col roulé, du Botox, aucun maquillage ou tout cela en alternance, selon l’humeur du jour. Le progrès, ce n’est pas de remplacer l’obligation de rester jeune par celle de vieillir parfaitement. C’est de nous laisser vieillir, une fois pour toutes, comme bon nous semble.

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ELLE QUÉBEC — octobre 2026

ELLE QUÉBEC — octobre 2026Andréanne Gauthier

Photographie Andréanne Gauthier Stylisme Frédérique Gauthier Maquillage et coiffure Amélie Bruneau-Longpré (avec les produits Summer Fridays et DesignMe) Assistance à la photographie Vanessa Brossard et Keven Poisson Assistance au stylisme Marie Babbini et Cecilia Navarro Assistance à la production Emmanuelle Martinez Retouche photo Mélanie Lapointe

Pour Sophie Banford

Photo Andréanne Gauthier
Stylisme Vanessa Giroux
Mise en beauté Sophie Parrot

Col Roulé (Ssense), Veston (Afterme), Bijoux (Drae Collection)