Je m’appelle Nedjma, j’ai 31 ans. Mon histoire remonte à il y a environ huit ans. Usée par la relation toxique dans laquelle je me trouvais, j’avais besoin de me changer les idées et de sortir de ma zone de confort. Je suis donc partie pour la Colombie-Britannique avec mes deux meilleurs amis. Après avoir cueilli des fruits dans la vallée de l’Okanagan, nous sommes partis quatre jours en randonnée sur le sentier marin Juan de Fuca avant de rentrer au Québec.

De Tofino, où on se trouvait, il nous fallait faire du pouce jusqu’à Nanaimo (à trois heures de route), puis prendre un traversier jusqu’à l’aéroport de Vancouver, d’où on s’envolerait vers Montréal le lendemain. Je n’avais jamais fait d’autostop avant ce jour-là, mais mes amis avaient de l’expérience. On s’est placés au bord de la route, mais on a rapidement constaté, à notre grand découragement, qu’il y avait une tonne de gens qui faisaient la même chose que nous. Impatients, on s’est finalement séparés pour augmenter nos chances d’être pris en se donnant rendez-vous à l’auberge de jeunesse où on prévoyait passer la nuit. Je suis partie avec mon ami Xavier, et notre copain P.-A. a fait cavalier seul.

Peu de temps après, un homme au volant d’une Jeep s’est arrêté près de nous. Par un heureux hasard, il se rendait lui aussi à Nanaimo. Mi-quarantaine, très gentil, vêtu d’un t-shirt et d’un short beige, il disait revenir d’un voyage de pêche. Au fil de la conversation, nous nous sommes découvert plusieurs points en commun, dont un amour pour les avions, qu’il partageait avec Xavier. Il a même fait un détour pour nous faire voir une forêt de séquoias à proximité. Après quelques heures de route, l’air incertain, il nous a dit: «Moi aussi, j’ai beaucoup voyagé dans ma vie. J’ai été très chanceux, et j’aimerais redonner au suivant. Je sais que c’est bizarre, parce qu’on ne se connaît pas, mais j’aimerais vous offrir de dormir chez moi cette nuit.» J’ai immédiatement refusé, lui expliquant qu’on devait rejoindre un ami et prendre le traversier le jour suivant, mais il a insisté en disant qu’il pouvait aussi nous emmener à Vancouver le lendemain. «Je reçois un ami à souper ce soir, et il possède un hélicoptère. Je crois qu’il serait ravi de vous déposer à l’aéroport.» J’étais muette dans le siège passager, et je voyais Xavier hocher vivement la tête en signe d’approbation sur la banquette arrière. Pour nous rassurer, l’homme a téléphoné à sa femme, en mettant la conversation sur le haut-parleur de l’auto, pour lui dire qu’il ramenait deux pouceux à coucher. Elle a ri, semblant le trouver un peu fou, mais entendre sa voix nous a rassurés.

On a donc accepté l’invitation et téléphoné à notre ami P.-A., à qui j’ai raconté, hilare, qu’on passerait la nuit chez un bon samaritain et qu’on le rejoindrait en hélicoptère le lendemain. Dire qu’il était jaloux relève de l’euphémisme.

Notre hôte vivait dans les petites îles près de Vancouver. Arrivés à destination, on a réalisé que l’homme qui nous avait embarqués était vraiment, vraiment, vraiment riche. Sa maison, qui n’était d’ailleurs que sa résidence secondaire, était un manoir plus luxueux que ceux que je pouvais imaginer dans mes rêves les plus fous. Le terrain magnifique qui entourait l’immense maison comprenait un court de tennis, un sauna, une piscine et une gigantesque yourte à plusieurs lits construite pour servir de maisonnette à ses enfants, dans laquelle il nous a proposé de dormir.

Ce soir-là, avec notre hôte, sa femme et un couple d’amis, dont le propriétaire de l’hélicoptère, on a dégusté le délicieux saumon qu’il avait pêché plus tôt. Après un petit tour dans le sauna, on a fait une baignade nocturne et dormi comme des bébés. Le lendemain matin, comme promis, on est montés à bord du petit hélicoptère et on a survolé la région de Vancouver, avec ses montagnes grandioses, jusqu’à l’aéroport. En apercevant un traversier tout en bas, notre pilote a lancé à la blague: «Regardez, votre ami y est peut-être!»

Contre toute attente, cette histoire, qui avait commencé comme un film d’horreur, s’est très bien terminée! J’aimerais profiter de l’occasion pour présenter mes excuses officielles à notre ami, forcé de revivre ce douloureux souvenir chaque fois qu’on raconte notre incroyable histoire à qui veut bien l’entendre… ou qu’on la publie dans un magazine.

On est désolés, P.-A.!

Vous vivez une histoire particulière et aimeriez en faire part à nos lectrices? Une journaliste recueillera votre témoignage. écrivez à laurie dupont, à [email protected]

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