«Il», le père de mes ados, avec qui j’ai passé pas loin de 19 ans. «Il», celui qui me couvrait de mots d’amour, qui m’implorait de faire des trips à trois, alors que je n’en avais aucune envie, et qui m’a été infidèle dès nos premières années de fréquentations.«Il», le père de mes ados, avec qui j’ai passé pas loin de 19 ans. «Il», celui qui me couvrait de mots d’amour, qui m’implorait de faire des trips à trois, alors que je n’en avais aucune envie, et qui m’a été infidèle dès nos premières années de fréquentations.

C’est un bel homme, certes immature, mais ô combien séduisant! Avant notre rencontre, au début de notre vingtaine, il multipliait les conquêtes. J’ai voulu être la dernière, celle auprès de qui il allait se poser, avec qui il allait parler d’avenir. Si on faisait le bilan de notre vie de famille et de la durée de notre union, on pourrait affirmer que j’ai réussi. La vérité, c’est que pour y arriver, je me suis pilé sur le cœur pendant des années, jusqu’à ne plus rien ressentir.

Derrière la façade

Femme de carrière. Professionnelle accomplie. Ambitieuse affirmée. Mon image publique a toujours été celle d’une femme qui collectionne les succès, qui avance avec le sourire, qui affiche une belle sérénité en conciliant les diverses facettes de sa vie.

Qui aurait pu penser que dans la sphère intime se cachait une amoureuse blessée qui doutait d’elle à tout moment? Car comment pouvais-je cultiver un semblant d’estime de moi quand l’homme que j’avais choisi pour m’épauler abusait régulièrement de ma confiance? Pire, quand, par un habile jeu de manipulation psychologique, cet homme me faisait croire que j’étais responsable de cet abus, que c’était de ma faute. Que je n’avais qu’à être plus wild, plus libre sexuellement, pour qu’il n’ait pas «besoin d’aller voir ailleurs». Après des années de ce régime, je ne savais plus discerner le vrai du faux. Pour me protéger, j’ai verrouillé mon cœur et mon corps à double tour. Un couple sain et épanoui? Ce serait pour une autre vie, avais-je fini par croire.

Les années ont passé. Nous avons vieilli. Le fossé entre nous s’est creusé. Au quotidien, nous cohabitions dans une relative harmonie soutenue par une collection de non-dits et de mensonges, dans le but de sauver notre vie de famille. J’enfilais chaque jour mes habits de mère attentive, de professionnelle dévouée, de conjointe agréable. Je souriais de peine et de misère, faisais l’amour de temps à autre pour ne pas provoquer de conflits, posais peu de questions, essayais de faire des projets… Je me convainquais un peu plus chaque jour que c’était ça, la vie. Que c’était normal de faire des compromis pour la santé de son couple. Qu’importe l’ampleur de ces «compromis».

Puis, un jour, tout s’est effondré. J’aimerais dire qu’il y a eu un événement déclencheur, que j’en ai eu ras le bol, que j’ai pris mon courage à deux mains et que je suis partie. Mais la réalité est moins spectaculaire. Le lien qui réussissait encore à nous unir s’est simplement détérioré tranquillement, de jour en jour, jusqu’à ce qu’il n’en reste rien.

Devant soi

La solitude ne me faisait pas peur. J’étais prête à l’accueillir, à m’y lover pour une longue période. J’ai fait du yoga, j’ai respiré, j’ai marché, j’ai écrit chaque jour, j’ai lu tout ce qui pouvait me faire du bien.

Et sans crier gare, un homme d’une grande bonté, d’une grande douceur est apparu dans ma vie. Tout en humour et en générosité. L’attirance mutuelle a été instantanée, puis est venue une connexion émotive, sincère et authentique. Sur la pointe des pieds, j’ai avancé dans cette nouvelle relation en m’étonnant de la facilité avec laquelle je m’y mouvais. J’étais craintive, mais tout ce qui se dégageait de cet homme me criait de me laisser aller. J’ai écouté mon instinct. J’ai été envahie par un flot d’émotions comme je n’en avais pas ressenti depuis des années. Et j’ai vibré dans tout mon corps comme je ne le croyais tout simplement pas possible. Plusieurs mois plus tard, ma vie amoureuse et sexuelle est réjouissante et je me sens rayonner.

Jusqu’à tout récemment, je n’avais pas conscience du fait que non seulement la confiance entre deux personnes est essentielle, mais qu’elle peut être un moteur puissant. Au point où elle donne des ailes, aide à se sentir forte. À s’assumer. Et à jouir. Dès nos premières rencontres, j’ai compris que quelque chose de très important était en train de se jouer – entre nous, mais aussi dans la relation que j’avais avec moi-même. Que tout ce que je croyais être devenue au fil des ans – une femme distante, déconnectée de son corps et de ses émotions, désintéressée de la sexualité – était le produit de mes expériences et non de ma nature profonde. Et qu’avec des conditions gagnantes, je pouvais enfin faire connaissance avec la femme que je suis vraiment. À 44 ans, il n’est pas trop tôt. Et il n’est surtout pas trop tard.

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