Société
C’est mon histoire : mon cercle d’amies a changé depuis que je suis sobre
Quand Katherine a arrêté de boire, elle ne se doutait pas que ça allait complètement changer son mode de vie et son cercle social.
par : Mélissa Pelletier- 20 nov. 2024

Getty Images
J’y pensais depuis plusieurs mois. Je n’avais pas touché le fond, mais toutes les raisons étaient bonnes pour consommer. C’était rendu un peu n’importe quoi. Une de mes amies, avec qui j’aimais faire la fête, et mon copain sont devenus sobres… puis la pandémie est arrivée. Le déclic s’est produit du jour au lendemain. C’était en novembre 2020. Je me suis dit: «Là, c’est assez, j’arrête.» Je n’avais plus de fun du tout.
Je n’ai jamais trouvé que le terme «alcoolique» me collait à la peau, mais je sais que j’avais des problèmes de dépendance. Je suis une personne intense. Quand je me lance dans quelque chose, c’est à 100 %. Ma mère m’a raconté à quel point j’étais tout le temps en train de bouger quand j’étais petite. J’ai récemment reçu un diagnostic de TDAH, et ma médecin m’a expliqué que les gens qui prennent de l’alcool et des drogues le font souvent pour s’automédicamenter. C’est peut-être ça que je faisais… L’alcool calmait mon esprit.
Quand j’ai commencé à dire à mes proches que j’avais décidé de ne plus boire, la plupart l’ont bien pris, mais beaucoup ont été étonnés. «Ben voyons, t’es pas alcoolique!» Pour eux, je ne ressemble pas à quelqu’un qui a un problème d’alcool. La génération des boomers a tendance à avoir l’image clichée d’une personne qui cache une bouteille dans un sac de papier brun… Mais c’est bien autre chose que ça.
J’ai perdu certaines de mes relations avec le temps; c’était des amis de longue date, mais nos chemins se sont séparés. Est-ce une coïncidence, ou est-ce à cause de la pandémie? Je ne sais pas. Il y a des personnes qui étaient là avant de savoir que j’avais décidé d’arrêter de boire, mais qui ne le sont plus depuis qu’elles sont au courant de mon choix. Il y a un contrat social lié à cette annonce. Pour certains, s’il n’y a plus le party… qu’est-ce qu’il nous reste? Ces deuils d’amitié ont été pénibles.
Dans ma démarche de sobriété, j’ai eu envie de trouver une communauté pour m’accompagner. Mon réflexe a été de joindre les Alcooliques anonymes, mais je ne m’y sentais pas à ma place. Je me suis alors mise à suivre des pages Instagram comme Sober Girl Society, au Royaume-Uni, et Sober in Los Angeles, aux États-Unis. On y proposait plein d’activités agréables, des contenus colorés et drôles, qui correspondaient davantage à mon énergie!
«Il y a des personnes qui étaient là avant de savoir que j’avais décidé d’arrêter de boire, mais qui ne le sont plus depuis qu’elles sont au courant de mon choix. Il y a un contrat social lié à cette annonce. Pour certains, s’il n’y a plus le party... qu’est-ce qu’il nous reste?»
Je n’ai pas trouvé de communauté semblable au Québec. Par contre, je suis tombée sur la boutique Apéro à zéro, qui vend des produits sans alcool. J’ai décidé d’écrire à Marilou, une des copropriétaires. On s’est rencontrées, et elle est devenue une très bonne amie. Ça m’a donné de l’espoir. Perdre des relations m’avait blessée, et je m’étais beaucoup renfermée sur moi-même, mais j’ai vu qu’il était possible de nouer des amitiés authentiques.
J’ai dit à Marilou que je pensais lancer une sorte de club social positif et coloré, une communauté qui montre que la sobriété n’est pas grise, beige ou plate. Je suis très consciente que cette cause n’est pas toujours rose non plus, mais je voulais y apporter un peu de légèreté, en espérant que d’autres se reconnaissent dans ma démarche. Marilou a trouvé que c’était une bonne idée, et mon copain aussi… Et voilà, Le Sober Club était lancé!
Plein de gens sont venus au premier événement que j’ai organisé; c’était un brunch — sans mimosa — qui a bien parti le bal! Depuis, on a fait du yoga, un sober party, des ateliers de fleurs, des tas de soupers et de rencontres dans des parcs. Oui, on a du plaisir entre gens sobres! Au fil du temps, plusieurs personnes ont tissé entre elles des liens durables. Ces amitiés sont vraiment importantes, car trop de personnes se retrouvent seules lorsqu’elles cessent de consommer — pendant que leurs proches vont souvent continuer à boire. Et l’isolement, c’est la dernière chose qu’on souhaite lorsqu’on entame une démarche de sobriété.
J’ai, moi aussi, tissé des relations extrêmement solides en peu de temps, ce que je croyais peu possible passé un certain âge. Aujourd’hui, mon cercle social est majoritairement composé de personnes sobres ou sober friendly qui se respectent énormément. Par exemple, s’il y en a une qui décide de ne pas venir à une soirée, on l’encourage à prendre soin d’elle. Je trouve ça très précieux. Je n’en reviens pas de cette bienveillance. On est toutes là pour s’entraider émotivement. Et ce qui est drôle aussi avec les amitiés sobres, c’est qu’il n’y a pas de filtre. On n’a pas le temps de niaiser. On se rencontre et on parle de nos traumas cinq minutes après! Quand mon père est décédé, mes nouvelles amies m’ont fait sentir qu’elles étaient là pour moi. Ce que ça m’a fait du bien!
Ces amitiés m’aident à rester sobre, parce que je me sens redevable envers elles. J’aurais l’impression de les laisser tomber si je me remettais à consommer. Je veux rester sobre pour moi même en premier, mais aussi pour ma gang.
Et depuis que j’ai arrêté de consommer, ma vie roule à 100 milles à l’heure. J’ai vécu plus de trucs en quatre ans dans ma trentaine que dans toute ma vingtaine! Mon côté fonceur est revenu, ma curiosité aussi. Avant, j’avais zéro énergie: je passais ma vie en lendemain de veille. Maintenant, je n’ai pas assez d’une journée pour faire tout ce que je veux faire. J’ai envie de bouger, de faire des randonnées, de courir, d’être dans la nature… Puis, mon couple va tellement mieux et ça m’a aussi aidée à atteindre mon plein potentiel dans ma carrière. Que demander de plus?
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