Société
C’est mon histoire : le soir où mon enfant m’a révélé son secret
Quand Sophie a couché son enfant ce soir-là, elle ne s’attendait pas à ce qu’il allait lui demander.
par : SOPHIE VAILLANCOURT-LÉONARD- 15 juil. 2025

STOCKSY
Tu me l’as dit tout doucement, presque en chuchotant. Nous n’étions que tous les deux dans ta chambre, pourtant. Tu as attendu qu’on ait fini l’histoire du soir et les chansons.
Que la lumière soit éteinte.
Et juste avant que je ne quitte ton lit, tu m’as dit:
«… Maman?
— Oui?
— … j’aimerais avoir un costume de princesse.»
Dans ta petite voix, dans ton murmure, j’ai compris tout de suite l’immensité de ta demande. Et même s’il faisait sombre, je savais que tu n’arrivais pas à me regarder dans les yeux. J’ai à peine pris une nanoseconde pour répondre, juste le temps d’ajuster ma voix à la tienne pour rester dans le ton que tu avais choisi: celui de la confidence, du secret, de la révélation de quelque chose qu’on garde pour soi depuis longtemps.
«Bien évidemment, mon beau! On va t’en trouver un super!» Et dans le noir et le silence de ta chambre de petit garçon de cinq ans et demi, j’ai entendu ton sourire. On s’est donné un bisou, je t’ai souhaité de faire de beaux rêves, et je suis sortie.
Dix minutes plus tard, tu m’as rappelée à ton chevet.
«… Maman?
— Oui?
— … avec la robe, j’aimerais ça avoir la couronne et les
chaussures.
– Mon coco, y aura tous les accessoires que tu veux!»
___
T’sais ce qui m’a le plus troublée ce soir-là, mon beau? Ce n’est certainement pas ta demande. Au contraire. Je te comprends de vouloir essayer un costume de princesse; la grande robe qui vole au vent quand on tourne, les couleurs, la douceur du tissu, les décorations qui brillent, faudrait être fou pour s’en passer!
Non.
Ce qui m’a rempli le cœur d’amour et d’une envie folle de te serrer dans mes bras à l’infini, c’est ta gêne. Ton malaise. Comme si tu n’avais pas le droit d’exprimer ce souhait-là. Comme si tu avouais une bêtise. Alors que tout ce que tu veux, c’est essayer. On a eu cette discussion-là déjà plusieurs fois, pourtant! Parce que si tu peux parler de Pokémon pendant DES HEURES, que tu dors avec des oreillers de superhéros et que Mario, Luigi et Bowser sont souvent tes compagnons imaginaires de jeux, tu aimes aussi que je te mette du vernis de toutes les couleurs sur les doigts, tu adores le rose et tu te déguises en licorne pour l’Halloween depuis deux ans. Et papa et moi, on trouve ça formidable! Parce que tu t’intéresses à tout, parce que tu t’enthousiasmes fois mille de tout ce qui est beau, toujours. Après tout, le premier mot que tu as dit était: «Wow!», non? Mais bon, la vie n’est pas la même pour tout le monde, hein?
Tu le sais déjà tellement.
Alors, évidemment, à l’école, tu as fini par avoir droit aux: «Hein, c’est des trucs de filles, ça!». Et étonnamment, presque juste de la part des filles. Alors, on s’est parlé; on a «débriefé» ça ensemble parce que tu ne voyais pas trop où était le problème, mais tu sentais, déjà, poindre un jugement. Je me suis emballée; je t’ai dit que ça n’avait aucun rapport qu’un cheval qui a plein de couleurs et qui vole soit réservé aux filles, que c’est comme si on décidait que le chocolat, ce n’était que pour les garçons. Quelle injustice ce serait d’en priver les filles juste… parce que. Alors, tu as compris, et je sais que, depuis, quand une copine de classe te passe un commentaire, tu lèves les yeux au ciel, tu ris, ou tu lui dis: «Ben non, y a pas de choses juste pour les filles ou juste pour les garçons.»
Je suis fière de toi. Fière que tu intègres ça. Que tu te donnes le droit d’aimer ce que tu veux. Et que tu l’accordes aussi aux autres.
Mais le costume de princesse ne fait pas partie de la même catégorie pour toi. Tu ne veux pas qu’on le dise. Tu veux que ce soit notre secret. Ça te gêne. Tu as peur qu’on rie de toi.
Et je comprends.
Je comprends que tu comprends que ce n’est pas commun. J’ai envie de te dire qu’à ce compte-là, moi, je porte des vêtements de «gars» tous les jours. Mes jeans. Mes t-shirts trop grands. Pis tu sais quoi? Je porte même très souvent d’anciens bas de papa.
Je ne sais pas comment tout ça finira par grandir dans ton cœur et ta tête, mon beau. Mais je sais toute la place que ça prend dans ta toute petite (mais déjà si grande) vie. Mon amour, je te promets que nous t’apprendrons à crier ce que tu es, plutôt qu’à le chuchoter, et ce, peu importe ce que tu décideras d’être.
Sois tous les superhéros et toutes les superhéroïnes en même temps, mon grand. Sois tout ce que tu veux. Parce que c’est là que tu es le plus beau. Et un diadème, ça a encore plus de punch avec un bouclier de Capitaine America dans une main, pis une épée laser dans l’autre.
Vous vivez une histoire particulière et aimeriez en faire part à nos lectrices? Une journaliste recueillera votre témoignage. Écrivez à Laurie Dupont, à [email protected].
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