C’est mon histoire: «J’ai rencontré l’amour à un feu rouge»

Mar 15 2019 Par
Categories : C'est mon histoire

J’ai cherché quelque chose de pas trop fou à répondre. Vite, le feu allait passer au vert! Figée sur mon scooter, je sentais des millions d’idées s’entrechoquer dans ma tête. J’aurais voulu être drôle, pleine d’esprit, charmante… Mais seul un pauvre petit «merci», triste et sec, a franchi mes lèvres avant que je redémarre.

Depuis quelques semaines, on échangeait des sourires gênés devant ce même feu de circulation. Il se trouvait juste à côté de mon bureau. Presque chaque jour, quand j’y passais pour rentrer chez moi, je croisais cet homme, lui aussi en mobylette. Une synchronisation à la minute près. Avant de commencer à y croiser le mystérieux inconnu, cet interminable feu m’a plus d’une fois fait rager. Là, je le trouvais bien trop court; j’aurais voulu que cet arrêt dure toujours.

Même sa mobylette attirait mon regard: rétro, bleu pâle, un peu cabossée. Une étiquette y était collée: «Le meilleur reste à venir.» Au bout de quelques regards appuyés au fil des semaines, je n’ai pas pu m’empêcher de penser qu’il était attiré par moi. Oui, j’étais peut-être un peu trop enthousiaste. Mais j’avais 30 ans, et une vie amoureuse presque inexistante. J’avais vécu des relations, beaucoup même, toutes plus décevantes les unes que les autres. Depuis deux ans, je ne parvenais pas à créer un lien significatif. Mauvais moment ou mauvaise personne, je ne sais pas. J’étais donc seule, fouillant Tinder à la recherche de l’amour. Pas forcément avec un grand A. Un petit «a» m’aurait suffi. Le problème, c’est que je l’espérais tellement que je l’envisageais dans toutes mes rencontres, au risque de me perdre.

Je venais de quitter Xavier, 35 ans, prof de musique et passionné d’histoire. Avant notre première rencontre, je m’étais sentie obligée de réviser l’histoire du Québec tant j’étais stressée. Je voulais tellement tomber amoureuse que j’avais occulté son côté je-sais-tout. Je le voyais comme la huitième merveille du monde, épatée que j’étais par son savoir. Mais, après trois mois d’amour aveugle et de consultation intense de Wikipédia, la flamme s’est éteinte. Je n’en pouvais plus de passer mes dimanches dans des bouquineries ou devant des toiles d’artistes obscurs.

Le soir, je croisais déjà sur mon chemin l’homme à la mobylette. Il devait avoir dans les 35-40 ans. Un charme fou. Son style et son énergie me faisaient rêver. Mais, il appartenait à la catégorie des gars inaccessibles. Trop sexy, trop beau, trop cool. Bref, trop «pas pour moi». Le temps que le feu passe au vert, j’imaginais sa vie, libre et folle, pleine de partys et de jolies filles. D’où venait-il? Où allait-il? Et puis un jour, il y a eu un regard. Nous étions à trente centimètres l’un de l’autre. Il s’est tourné vers moi, et j’ai tout de suite senti une étrange complicité. À partir de là, il est devenu plus qu’un fantasme de retour du bureau.

Le soir, je le cherchais, espérant qu’il débarque de son scooter pour venir me parler. Il m’est arrivé de l’attendre sur le bord de la route, en faisant semblant de regarder mon cellulaire. Sans parler de cette fois où le feu était en panne et clignotait… Le drame! C’était totalement irrationnel, je le savais. Mais ça ne m’a pas empêchée de faire, ce jour-là, cinq fois le tour du pâté de maisons en espérant le croiser. J’avais mille scénarios de rencontre en tête. Le plus efficace? Lui foncer dedans pour récupérer nom, adresse et numéro de téléphone sur le constat à l’amiable… Mais je trouvais le plan un peu brutal.

Je cherchais de jolies tenues pour paraître à mon avantage, dans le style petite robe d’été, mais sans risquer de me dénuder à la moindre accélération. Je me remaquillais avant de quitter le travail, tout en sachant que ça ne servait sûrement à rien sous mon casque. Mais ça me donnait davantage confiance en moi. «Elle a sûrement rendez-vous avec le
gars du feu rouge», se moquaient mes collègues, lorsqu’ils me voyaient partir rapidement à 17h03. Je m’en foutais. À 17h06, j’étais sur les lieux de notre rencontre.

À partir de l’épisode du pneu dégonflé, on a commencé à se parler vraiment. Enfin, autant qu’un court arrêt le permet. Des phrases brèves et concises. Il y a aussi eu des sourires. Les banalités sur le temps qu’il fait ou l’état de nos véhicules sont progressivement devenues «jolie mademoiselle » par-ci, «beau brun» par-là, des petits mots gentils qui ne laissaient aucune ambiguïté sur notre attirance réciproque. Un jour où je portais mes escarpins rouges, il a lancé un sensuel «Très jolis souliers»… J’ai adoré le regard un peu espiègle qu’il m’a alors lancé. Si ces moments étaient délicieux, ils n’ont pas fait avancer notre «relation» très rapidement. Cela faisait plus d’un mois qu’on se tournait littéralement autour, et nous n’étions toujours pas descendus de nos scooters. Avec la neige qui allait bientôt revenir, est-ce que je devrais dire adieu à ce bel inconnu? Peut-être était-ce juste dans ma tête? J’ai décidé d’en avoir le cœur net en lui proposant d’aller boire un verre. Ce jour-là, avant d’aller au bureau, je suis passée à la station-service pour remplir mon réservoir. Et il était là. C’était un signe!

Mon sang n’a fait qu’un tour. Un poids comprimait ma poitrine. J’avais peur, j’avais envie, tout se mélangeait. Je devais foncer et ne pas réfléchir. Je lui ai lancé: «Ton pneu arrière est dégonflé», alors qu’il fermait son réservoir et s’apprêtait à partir. Il a relevé la tête, et son visage s’est illuminé. «Toi!», s’est-il exclamé. J’ai tout de suite senti qu’il était très content de me croiser – encore – par hasard. «Un café avant d’aller travailler?», m’a-t-il proposé. En fait, il habitait le quartier. Il vivait à deux pas de mon bureau. Plus charmés l’un par l’autre que par les vapeurs d’essence, on s’est fixé un rendez vous le soir même. Sans casque, il était encore plus beau que dans mes rêves. Drôle, bienveillant, intelligent et très séduisant. On a fait l’amour dès le premier soir. J’ai dormi chez lui, ce qui s’est révélé très pratique le lendemain matin pour arriver à l’heure au travail.

Ensuite… Eh bien, on ne s’est plus quittés. On se donne toujours rendez-vous autour de 18h30, mais chez nous. On vient de fêter nos cinq ans de mariage (auquel nous nous sommes rendus en scooter bleu), et j’espère qu’on= aura bientôt un enfant. En tout cas, Samuel m’a donné son feu vert!

 

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