Société
Dating : est-ce vraiment plus facile de trouver l’amour avec l’âge?
À quel âge devient-il enfin agréable de chercher l’amour? Des femmes de générations différentes se confient sur le sujet.
par : Sumiko Wilson adaptation Gabrielle Lisa Collard- 02 sept. 2026

COLLAGE: ANNE-SOPHIE PERREAULT
Portée par la vague de nostalgie qui a envahi mon fil d’actualité au début de l’année, je me suis plongée dans mon journal intime de 2016, sagement rangé au sous-sol, chez mes parents. C’était comme lire les pensées de quelqu’un d’autre. J’avais alors 19 ans, j’étais en sabbatique de mes études et je « datais » librement pour la première fois de ma vie.
Depuis, j’ai eu un diplôme, cinq apparts, trois relations de couple sérieuses, d’autres beaucoup moins, et un nombre incalculable de premières dates. Ma vie s’est complètement transformée durant ma vingtaine. Mais en relisant mes écrits, j’ai constaté que les problèmes amoureux que j’avais à l’époque – devoir gérer des prétendants distants et émotionnellement indisponibles, et composer avec mes propres insécurités – persistent aujourd’hui.
Plus j’approche de la trentaine, plus j’en apprends sur les femmes célibataires de mon entourage, et plus je constate que ces difficultés ne disparaissent pas forcément avec l’âge. Trouver l’amour n’est pas plus facile. Puis, avec les applications comme Hinge, Tinder, Bumble et Raya, qui entourent le dating d’une fausse promesse d’abondance, on est plus que jamais frileuses à l’idée de s’engager sérieusement.
Tracy Dalgleish, psychologue clinicienne et experte en relations de couple à Ottawa, fait aussi remarquer qu’on « peut faire une belle rencontre, mais les options infinies que nous offrent les applications nous poussent à une remise en question constante: “Pourrais-je trouver mieux ailleurs?” Si on a toujours l’impression d’avoir l’embarras du choix, on aura du mal à vivre le moment présent et à se concentrer sur la personne qui est devant nous. On risque d’adopter des comportements axés sur la recherche de dopamine plutôt que d’apprendre à connaître une seule personne, de se concentrer sur elle et de décider ensuite si elle nous plaît ou non. »
La crise économique actuelle et les difficultés à se loger et à joindre les deux bouts qu’elle entraîne compliquent sérieusement la quête amoureuse. « C’est complètement différent de ce qui se passait dans les années 1980 et 1990, quand les gens achetaient leur maison dans la vingtaine, rappelle la psychologue. Maintenant, on doit d’abord déterminer ce qu’on attend de son partenaire en matière de stabilité et de situation financière, puis se faire une idée concrète de ce à quoi ça ressemblerait dans les faits. » Ces facteurs concernent les gens de tout âge.
Dans l’article qui suit, des femmes dans la vingtaine, la trentaine, la quarantaine et la cinquantaine dressent pour nous un portrait de leur vie amoureuse au fil des décennies.
LA VINGTAINE
Les femmes célibataires dans la vingtaine ont des attentes variées : certaines veulent s’amuser sans s’engager, d’autres cherchent quelque chose de sérieux.
Bintu, entrepreneure torontoise dans le secteur des technologies, est ouverte à tout. « Je ne cherche pas quelqu’un à marier ou avec qui avoir des enfants, du moins pas tout de suite », dit cette femme de 29 ans.
L’univers du dating, pour les vingtenaires, reflète sans contredit le chaos ambiant. « J’ai l’impression que beaucoup de gens souffrent d’anxiété sociale, ce qui est peut-être en partie dû à la pandémie, fait-elle savoir. Et on dirait que les hommes n’osent plus aborder spontanément une femme. » Elle avoue ne pas être à l’aise à l’idée de renverser les rôles. « Je ne veux pas être celle qui courtise. Je veux être courtisée. »
Vanessa, gestionnaire de bureau et créatrice de contenu à Brighton, en Ontario, n’est pas très fan des applications de rencontres, mais elle a connu un certain succès sur Hinge. Comme elle vit dans une petite ville, elle a modifié sa localisation pour inclure des villes américaines comme New York et Los Angeles afin d’étendre le bassin de femmes dont elle voit le profil. Lorsqu’elle a cessé de boire, elle a revu ses priorités. « J’ai envie de trouver ma personne, dit-elle. Je la cherche consciencieusement. » À 29 ans, elle n’a pas encore eu de relation sérieuse, mais elle a vécu plusieurs aventures qui n’ont pas duré. « J’ai souvent cru être prête pour une vraie relation au cours des trois ou quatre dernières années, mais j’ai réalisé que ce n’était pas le cas. J’avais encore beaucoup de blessures à guérir. »
LA TRENTAINE
« On n’en peut plus, nous, les femmes, des applications! Je crois qu’on en est épuisées », lance Min, une chargée de projet principale de 31 ans. « Les applis sont de pire en pire : on dirait qu’elles cachent les meilleurs profils derrière un accès payant. »
Rencontrer quelqu’un hors ligne n’est pas une mince affaire non plus. Quand Min sort seule dans les bars, on l’aborde rarement. « C’est toujours moi qui amorce la conversation, dit-elle. Les hommes torontois ne sont pas très proactifs. Donc, mon but en ce moment, c’est d’être hot, de m’amuser et de devenir riche! On a toujours dit qu’il fallait se marier avant 30 ans et avoir des enfants… On nous impose ces étapes qui nous enferment dans une vie tracée d’avance. »
Mathilde, assistant(e) dans une agence de voyages montréalaise, tente également de renoncer aux applications et d’établir des contacts dans la vraie vie. « Pour rencontrer des gens, je participe à des événements communautaires et à des activités qui me plaisent, comme les clubs de lecture. » Aujourd’hui à 32 ans, Mathilde affirme que son entrée dans la trentaine lui a donné de l’assurance. « À 20 ans, je “datais” juste pour “dater”. À 30 ans, je suis plus stable et plus solide à propos de mes limites. Je sais ce dont j’ai besoin. » Bien qu’iel vive seul(e), Mathilde n’exige pas que ses possibles partenaires fassent de même. « J’accepte de rencontrer quelqu’un qui a un mode de vie différent du mien et qui habiterait, par exemple, en colocation. »
Deborah, elle, travaille dans un service à la clientèle et habite chez ses parents. Elle ne s’oppose pas à l’idée de sortir avec quelqu’un qui se trouve dans une situation semblable à la sienne, à condition que cette personne ait une vision claire de son avenir. « Je ne cherche pas forcément quelqu’un qui gagne 100 000 $ par an, précise- t-elle. Ce qui compte, c’est qu’il sache où il s’en va et où il m’emmènera si on finit ensemble. » Lorsque la religion a pris une place plus importante dans sa vie, ses attentes en matière de relations amoureuses se sont précisées.
« Mes critères ont changé, et maintenant, je me demande : “Cet homme pourrait-il être le père de mes enfants?” Quand on voit les choses sous cet angle, on ne peut pas fréquenter n’importe qui. »
Malgré tout, le paysage du dating n’est pas celui auquel elle s’attendait. « Je pensais que les hommes que je rencontrerais à 30 ans seraient prêts à se marier et à être pères. Mais non! J’ai l’impression d’avoir encore 21 ans et d’essayer de me faire un petit copain. Je ne pensais pas qu’on en était encore là. »
Christina, une créatrice de contenu de 34 ans, s’est imposé une trêve de dates depuis l’automne dernier. « Je ne suis pas fermée à l’idée de rencontrer quelqu’un par hasard, dit-elle, mais je ne suis plus en recherche active. » Le problème, à ses yeux, c’est la compatibilité. Pour elle, le partenaire idéal est sociable, capable de la mettre à l’aise et accorde une grande importance à la famille. « Cette personne ne s’est pas encore matérialisée. Je ne force pas les choses. » Elle poursuit : « Ce qui m’inspire vraiment chez les autres femmes dans la trentaine, c’est leur détermination à bâtir la vie de leurs rêves, avec ou sans partenaire. Quelle que soit la période de vie où je me trouverai, je vais être heureuse et épanouie! »
COLLAGE: ANNE-SOPHIE PERREAULTLA QUARANTAINE
Lorsque Michelle, 48 ans, s’est remise sur le marché du dating après un divorce, elle a constaté un changement radical par rapport à ce qu’elle avait vécu 21 ans plus tôt. « Si on n’est pas née dans ce monde de rencontres en ligne, c’est vraiment, vraiment difficile de s’y retrouver », constate l’entrepreneure. Elle admet avoir quelque peu manqué de compassion quand, dans le passé, ses amies célibataires lui racontaient leurs histoires d’horreur de dating virtuel. Michelle voit les choses différemment aujourd’hui. « Avec une certaine condescendance, je me rappelle avoir pensé: “Ça ne serait pas un peu de ta faute?” Mais maintenant que je l’ai expérimenté, je vois bien que ce n’était pas le cas. »
Son introduction aux applis de rencontres a été brutale. « J’étais complètement dépassée. Je devais avoir une cinquantaine de personnes qui attendaient un match avec moi… C’était trop. J’ai vite laissé tomber pour tenter de faire la connaissance de gens dans la vraie vie. »
Même si Michelle est maintenant de retour sur les applications, ses priorités ont changé. « J’ai été mariée, j’ai eu des enfants, j’ai acheté une maison et j’ai une entreprise. “Dater”, pour moi, c’est une question de complicité. J’entame le deuxième chapitre de ma vie ; je veux trouver quelqu’un qui m’attire et avec qui j’aime passer du temps. Quelqu’un de bienveillant, qui sera là pour moi et me soutiendra – et je ne veux pas dire financièrement. Je veux qu’on profite ensemble du reste de nos jours. »
Simone, une chroniqueuse, écrivaine et animatrice de balado de 45 ans, a quitté Toronto pour s’installer en Colombie-Britannique au début de la trentaine, après avoir mis fin à une relation sérieuse. Toujours célibataire, elle admet que tenter de rencontrer quelqu’un n’a pas été de tout repos. La côte Ouest est souvent associée à un mode de vie plus décontracté et, selon Simone, ça s’applique aussi au dating. « Cette ambiance relax se traduit par des rencontres sans effort », dit-elle, citant les balades et les cafés comme exemples typiques de premiers rendez-vous. « Je ne pense pas qu’il faille dépenser une fortune pour passer un bon moment, mais il y a un sérieux manque de créativité. »
L’année dernière, Simone a été invitée dans un voyage organisé par Tinder en Italie. Elle a passé une semaine à Rome à sortir avec des hommes qu’elle avait rencontrés sur cette application, et son expérience a été complètement différente de ce à quoi elle était habituée. « Ç’a été le jour et la nuit, se souvient-elle. Les premières dates, c’était du genre une balade en Vespa, un souper, puis quelques verres. Toute une mise en scène. La première fois que ça s’est produit, je me suis dit: “Ça doit être un coup de chance. J’ai l’impression d’être dans un film.” Mais les quatre gars que j’ai “datés” ont tous fait la même chose. » Pour elle, ces expériences se sont tout de même démarquées, parce qu’elles ne semblaient pas motivées par des arrière-pensées. « Là où je vis, je trouve que les hommes qui sont prêts à tout organiser s’attendent à des relations très transactionnelles, même dans la quarantaine. C’est du genre: “Je t’emmène dans un bon restaurant et je m’attends à du sexe en échange.” »
Le désavantage d’être célibataire dans la quarantaine, selon Simone, c’est que le bassin de prétendants est plutôt limité. Mais, en contrepartie, sa confiance en elle est inébranlable. « Je me connais mieux : je fais donc de meilleurs choix. Je suis peut-être plus souvent seule, mais ça n’a rien de pénible. C’est plutôt paisible. »
LA CINQUANTAINE
Tous les deux ou trois ans, un mème révélant l’âge des personnages de The Golden Girls refait surface pour nous rappeler à quel point ils étaient jeunes, mais semblaient plus vieux que leur âge. (Rose, incarnée par Betty White, n’avait que 55 ans lors de la première saison de la série.) Des internautes perspicaces ont cependant noté que Carrie Bradshaw avait, elle aussi, 55 ans lors de la première saison de la nouvelle mouture de Sex and the City, And Just Like That… et qu’on pouvait remarquer que le 50 ans de 2026 n’avait plus grand-chose en commun avec celui de nos grands-mères.
Ce qui ne facilite en aucun cas les rencontres. « C’est comme chercher une aiguille dans une botte de foin. Je ne sais pas comment on fait pour rencontrer quelqu’un aujourd’hui », dit Lesa, une journaliste de 52 ans. Selon elle, se faire « ghoster » ou « unmatcher » sur les applications est soudainement devenu la norme. « C’était vraiment dur au début, parce que je me sentais personnellement visée. » Aujourd’hui, elle n’a plus d’attentes idéalisées. « Je déteste quand les gens disent : “Ça arrivera quand tu t’y attendras le moins!” Ce sont des conneries. J’en suis au point où j’envisage mes vieux jours en mode Golden Girls, parce que je ne me vois vraiment pas être de nouveau en couple. Je n’arrive même pas à avoir une date. »
Mais pour Lesa, se contenter de moins n’est pas envisageable. « Je ne suis pas du genre à tout faire pour être avec quelqu’un. Je suis bien toute seule. Je vais à des concerts et au cinéma seule, je voyage seule. Je sais que certaines personnes abaissent leurs exigences ou restent dans des relations insatisfaisantes parce qu’elles ne veulent pas être seules, mais pour moi, pas question. »
Tammy H., de Toronto, ne fait pas non plus de compromis sur ses critères de sélection.
« J’apprécie ma tranquillité, dit-elle. Si je rencontre quelqu’un qui enrichit ma vie, c’est merveilleux. Mais s’il vient perturber ma tranquillité de quelque manière que ce soit, c’est fini. »
Depuis qu’elle s’est installée à Terre-Neuve l’an dernier, cette agente de voyages de 53 ans a dû s’adapter, parce que le choix parmi des partenaires potentiels y est plus restreint. Les rencontres fortuites sont rares. « J’habite une petite ville côtière; il n’y a personne à fréquenter ici. » Pour étendre ses recherches, elle a essayé Facebook Dating, Plenty of Fish, Tinder et Hinge.
Quant à Tammy S., de Fort McMurray, elle a tenté sa chance sur Plenty of Fish, Tinder et Christian Mingle. Même si elle a récemment fait la connaissance de quelqu’un qui l’a convaincue de se retirer du marché, le chemin pour y parvenir a été difficile. « Je suis restée célibataire pendant 15 ans, dit cette entrepreneure de 51 ans. Quinze ans à fureter sur les applications et à tenter de rencontrer des gens en personne. C’est plus dur qu’avant de rencontrer quelqu’un dans la vraie vie. Les gens n’aiment plus interagir entre eux. »
Comme ses enfants ont 31 et 24 ans, Tammy S. n’était pas à l’aise à l’idée de sortir avec des hommes plus jeunes. Cependant, les hommes de son âge qu’elle rencontrait vivaient souvent dans des situations peu optimales. « C’est tellement courant que des hommes me contactent pour me dire : “Salut, j’aimerais sortir avec toi, mais j’habite encore avec mon ex-femme.” Je pense que c’est en grande partie lié au coût de la vie, du divorce, de la pension alimentaire, etc. »
Pour elle, redécouvrir le célibat après avoir été mariée et avoir élevé des enfants n’a pas été facile. « Dans les années 1980 et 1990, on faisait des rencontres dans les bars ou chez des amis, se souvient-elle. C’est comme ça qu’on apprenait à connaître les gens. Aujourd’hui, quand on essaie de faire connaissance, même après un rendez-vous en personne, c’est texto, texto, texto. Il n’y a plus d’appels téléphoniques. C’est pénible. »
Quand elle était encore célibataire, c’est à l’heure du souper que la réalité lui sautait aux yeux. « Ça me rendait si triste de regarder la cuisinière et de me dire que je cuisinais pour moi seule. » Mais une fois au lit, les avantages étaient évidents. « Il y avait quand même l’avantage supplémentaire d’avoir sept oreillers sur mon lit et de pouvoir dormir en diagonale si j’en avais envie. »
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