Contraception masculine: et si les hommes prenaient la pilule?

Sep 10 2019 par
Categories : Amour et sexe / Société

Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi il existe autant de moyens de contraception pour les femmes et presque aucun pour les hommes?

En situation de couple, c’est à la femme de gérer la fertilité de l’homme, qui, lui, n’a d’autres options que le condom ou la vasectomie. «Normal», diront plusieurs, puisque les femmes seront les premières touchées lors d’une grossesse, désirée ou non. À l’inverse, à lire tout ce qui s’est écrit sur la mythique pilule pour homme et considérant qu’un nouvel être humain se crée à deux, il importe de se poser la question: pourquoi nous et pas eux? La raison de cette disparité entre les moyens contraceptifs est-elle l’apogée du sexisme systémique ou est-ce la faute de mère Nature? Et dans la pratique, si une pilule pour homme existait, le fardeau contraceptif serait-il réellement plus équitable? Analyse d’un sujet complexe qui attirera beaucoup l’attention dans les années à venir.

Une question de «socialisation»

Pour la sexologue et psychothérapeute Geneviève Labelle, l’arrivée d’une nouvelle forme de contraception masculine serait une excellente chose. La sexologue émet toutefois un bémol quant à la rapidité du changement social que l’on pourrait anticiper. «Le fait que les femmes s’occupent de la contraception est très ancré en nous, explique-t-elle. Si l’homme a la réputation d’être peu ou pas impliqué dans celle-ci, c’est d’abord une question de socialisation. Rapidement dans notre vie, on apprend que c’est aux femmes de faire attention à la contraception, ce qui crée un niveau de
responsabilisation différent des deux côtés.»

La disparité entre les contraceptifs offerts sur le marché est-elle le résultat d’un biais scientifique et sociologique ou plutôt une conséquence de notre nature biologique? La réponse ne semble être ni noire ni blanche. Le Dr Jean Drouin, chef de service de la Clinique de planification des naissances du Centre hospitalier de l’Université Laval (CHUL), explique qu’il y a eu «beaucoup d’études sur la contraception masculine, à partir des années 1970 et jusque dans les années 1990, mais [que] de nos jours le corps médical en parle très peu». Il précise toutefois que le cycle de fertilité féminin est plus facile à gérer que la fertilité masculine, qui se maintient en tout temps.

Nos experts interrogés pour cet article s’accordent pour dire que socialement, un mouvement d’ouverture s’observe pour tout ce qui a trait aux rôles traditionnels. «On s’éloigne de plus en plus de l’image du papa Mad Men», souligne le sexologue et psychothérapeute François Renaud. Cette flexibilité des rôles pourrait aider à la transition vers une contraception plus égalitaire. «On a frappé la bonne génération pour faire entrer les contraceptifs masculins dans nos habitudes, poursuit le sexologue. La nouvelle génération est beaucoup plus fluide quant aux stéréotypes, que ce soit sur le plan du genre ou de l’orientation sexuelle. Il y a encore des carcans et des gens qui y adhèrent de façon rigide, mais de moins en moins.»

Et les hormones dans tout ça?

François Renaud fait remarquer que la relation aux contraceptifs hormonaux change. C’est que des liens scientifiques ont été établis entre la prise de contraceptifs hormonaux et des effets secondaires allant de problèmes cardiovasculaires à des symptômes dépressifs; les femmes s’informent de plus en plus sur les répercussions de ces moyens sur le corps et l’esprit.

Le Dr Jean Drouin affirme d’ailleurs que la popularité de la pilule contraceptive pour femme est à la baisse au profit des stérilets avec ou sans hormones. Deux options qui, malgré des effets secondaires différents, diminuent la quantité d’hormones qui entrent dans le corps.

Considérant cette tendance à la remise en question des contraceptifs hormonaux, une pilule pour homme ne ferait-elle pas que changer le mal de place? «Effectivement, acquiesce le Dr Drouin, un contraceptif non hormonal comme le RISUG s’inscrit mieux dans le mouvement actuel.» Encore au stade de l’étude clinique, le RISUG (Reversible Inhibition of Sperm Under Guidance) consiste en l’injection de 60 mg d’un gel de copolymère styrène-anhydride maléique (SMA) dans le canal déférent. Ce gel causerait la rupture de la membrane cellulaire des spermatozoïdes. «Selon les études, une femme sur 250 serait tombée enceinte, et l’injection serait efficace pour une période de 10 ans», atteste le médecin. Pour ceux qui aimeraient utiliser cette contraception pour moins d’une décennie, il suffirait de faire un lavage du canal déférent. Et quand pourrait-on avoir accès à ce miraculeux contraceptif? «C’est difficile à dire, ça pourrait prendre encore quatre ou cinq ans», estime le Dr Drouin.

contraception masculine

Photos: Jolly Aitken

Le corps féminin toujours au centre de la discussion

Le fait est que, peu importe la méthode contraceptive, c’est la femme qui tombe enceinte. On peut montrer du doigt le manque d’intérêt des entreprises pharmaceutiques ou crier à l’injustice sociale, il n’en demeure pas moins que certains faits biologiques dépassent les idéaux. Si l’homme s’occupait exclusivement de la contraception, il exercerait une certaine forme de contrôle sur le corps de la femme. Le lien de confiance devrait donc être extrêmement fort entre les partenaires pour qu’une telle situation se vive sans encombre.

En ce sens, la contraception masculine conviendrait-elle plus aux couples qu’aux célibataires? «En théorie, ça ne devrait rien changer aux relations éphémères parce qu’une pilule ou une injection ne protège pas contre les ITS, répond la sexologue et psychothérapeute Geneviève Labelle. En couple, laisser son corps entre les mains de l’autre en toute confiance est une chose, mais reste aussi à voir comment ce sera perçu psychologiquement par les hommes de modifier leur fertilité. Nul doute que certains seront très contents de participer à la contraception ou même de s’en charger.»

François Renaud souligne que la contraception masculine pourrait agir à titre de «méthode supplémentaire», une façon de partager la «charge mentale». «De plus, si l’homme accepte de prendre des hormones, une pilule pourrait être une bonne option pour celui qui ne souhaite pas une vasectomie, mais qui veut participer à la contraception», ajoute le sexologue. Et si votre homme prenait la pilule? Qu’est-ce que ça changerait dans votre dynamique de couple? Si on était éduqué de manière à se sentir égaux par rapport à la responsabilité féconde, pourrait-on neutraliser le facteur biologique? Peut-être qu’il est là le nerf de la guerre, dans l’éducation, dans les réflexes sociétaires qui font qu’on estime normal qu’une femme s’occupe de la fertilité davantage qu’un homme. Alors il faut en parler, se poser les bonnes questions à la maison, parce que c’est de là que partiront tous les changements à venir.

Contraceptifs inusités

Le contrasperme

D’origine biologique et naturelle, ce contraceptif aujourd’hui disparu était fait à base d’extrait de plante et visait à réduire la mobilité des spermatozoïdes pour quelques heures. Alors que plusieurs chercheurs se seraient intéressés à lui, du jour au lendemain les recherches ont été arrêtées. Pourtant, à la connaissance du Dr Drouin, le Contrasperme ne s’est retrouvé au cœur d’aucun scandale. Mystère!

Le «slip chauffant»
Comme son nom l’indique, il s’agit d’un caleçon qui chauffe la région testiculaire et qui aurait pour effet de diminuer le nombre de spermatozoïdes. À noter que l’efficacité de ce contraceptif pour le moins folklorique n’a pas été prouvée!


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