Les paddocks de la formule 1 seraient-ils la passerelle la plus tendance de l’univers sportif? Un ensemble Bottega Veneta, une minaudière J.W. Anderson, une robe Cavalli d’archives… Non, il ne s’agit pas du vestiaire d’une modeuse en route vers un défilé de la Fashion Week, mais de certaines des pièces qu’on peut apercevoir dans les paddocks de la formule 1. Ces dernières années, les mondes du sport et de la mode ont convergé à une vitesse fulgurante, qu’on pense au parrainage par LVMH des Jeux olympiques de Paris 2024 ou au partenariat pluriannuel entre Coach et la ligue américaine professionnelle de basketball féminin (WNBA).

C’est maintenant au tour de la F1 de se prêter au jeu. L’an dernier, la F1 et LVMH ont signé un partenariat de 10 ans. Résultat: les maisons de luxe appartenant au groupe français sont de plus en plus présentes sur les circuits, comme TAG Heuer, le nouveau chronométreur officiel de la F1, et Louis Vuitton, le commanditaire officiel du Grand Prix de Monaco 2026, qui confectionne aussi les malles sur mesure qui accueillent les trophées des courses du championnat.

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Avant même le début de la saison, l’actualité mode liée à la F1 inondait les réseaux sociaux. La marque de montres IWC, commanditaire de longue date de l’écurie Mercedes-AMG PETRONAS, a collaboré avec le pilote anglais George Russell pour deux de ses modèles. Lors du défilé Y-3 de l’automne 2026 d’Adidas, les mannequins ont foulé la passerelle dans des vestes et des maillots griffés Mercedes F1. De son côté, l’acteur canadien Hudson Williams est apparu dans un trench en cuir rouge de Ferrari Style (la marque de prêt-à-porter du constructeur automobile Ferrari) au cours de la tournée de presse de la série Heated Rivalry. 

Carlotta Constant, styliste de célébrités et consultante créative à Londres, qui compte comme client le pilote de Ferrari Charles Leclerc, remarque un grand changement dans la manière dont la mode est abordée dans l’univers de la course. «La mode a toujours gravité autour de la F1, mais elle est longtemps restée en périphérie; elle était plutôt conservatrice, fonctionnelle et dictée par les commanditaires», dit-elle. De fait, Hugo Boss et Tommy Hilfiger commanditaient déjà des écuries dans les années 1980 et 1990 respectivement. Hors circuit, le style décontracté du Brésilien Ayrton Senna – et ses flâneurs, ses polos et ses jeans à coupe papa – rivalisait, à l’époque, avec celui de la princesse Diana. Mais ce n’est qu’à la fin des années 2010 que le mariage entre la mode et la course automobile s’est vraiment fait sentir. On peut en remercier le pilote anglais Lewis Hamilton, qui a commencé à délaisser son uniforme d’écurie dans les paddocks au profit de pièces tendance. «Il a été le premier à repousser les limites et à redéfinir ce que la mode pouvait signifier dans la F1, affirme Carlotta Constant. Ses looks sont devenus des moments marquants: il n’enfilait pas seulement une tenue, il portait un message.»

Depuis, le septuple champion du monde s’est imposé comme une icône du style hors de l’univers automobile, en coprésidant le gala du Met en 2025, en devenant ambassadeur pour Lululemon et en collaborant avec Dior pour des collections capsules.

Cela dit, ça ne fait que deux ou trois ans que la mode a véritablement investi la F1, selon Carlotta Constant. Les facteurs clés? La popularité de la série documentaire Formula 1: Drive to Survive (Netflix), le film F1 mettant en vedette Brad Pitt et l’arrivée de nouvelles destinations branchées au calendrier du championnat, comme Miami, qui attirent des stars telles que Timothée Chalamet et Hailey Bieber. «Tout ça a apporté un nouvel esprit, axé sur le spectacle, les célébrités et la rencontre de sphères différentes», note la styliste.

GETTY IMAGES (T. TAYLOR, C. ERIVO), FERRARI (BEYONCÉ)

Teyana Taylor, Cynthia Erivo et Beyoncé en Ferrari Style

Pour Rocco Iannone, directeur créatif de Ferrari Style, cette effervescence représente un nouveau chapitre culturel pour le sport automobile. «Il n’est plus seulement question de vitesse et de compétition, mais de récit, d’identité et d’émotion, mentionne-t-il. La mode s’inscrit naturellement dans ce contexte, car les deux mondes sont guidés par la performance et le désir.» C’est sans compter la proximité de ce sport avec le luxe, et notre fascination pour la vie des plus fortunés. «Ce point de convergence entre les deux s’applique de façon naturelle à la mode, comme peu d’autres sports le font», souligne Carlotta Constant.

Elle ajoute que, depuis que Lewis Hamilton a ouvert la voie, la F1 s’est beaucoup diversifiée sur le plan du style. «On voit émerger des garde-robes qui ont plus de personnalité; les pilotes osent davantage s’exprimer.» Au lieu de façonner un alter ego mode pour Charles Leclerc, avec qui elle travaille depuis plus d’un an, elle lui offre plutôt un soutien, comme le ferait une coach. «En tant que styliste, on instaure un lien de confiance et de collaboration avec notre client; il est essentiel de bien comprendre qui il est et comment il souhaite se présenter.»

Elle prête aussi son expertise à Alexandra Leclerc (née Saint Mleux), influenceuse et épouse de Charles Leclerc. Pour assister au Grand Prix de Singapour, la jeune femme portait une robe de 2003, tirée des archives de Roberto Cavalli et inspirée d’une robe chinoise cheongsam; et pour celui d’Italie, elle avait choisi une série de tenues signées Dolce&Gabbana. Léo, le teckel nain à poil long du couple, n’avait pas été oublié avec ses harnais griffés assortis au look de ses maîtres. «C’est excitant de voir les pilotes de F1 et leurs partenaires s’affirmer pleinement dans cet univers sportif», soulève la styliste.

Un autre nom qui s’impose depuis quelque temps: Ferrari Style. Sous la direction de Rocco Iannone, la collection inaugurale printemps-été 2021 intégrait les logos et les couleurs emblématiques de ce constructeur automobile italien et posait les bases de sa vision. «Depuis, la marque a évolué avec plus d’assurance, souligne le designer. On se sent plus libres d’explorer davantage les proportions, les matières et l’attitude. Les collections sont plus expressives et plus sensuelles, mais toujours maîtrisées.»

GETTY IMAGES (L. HAMILTON, A. LECLERC), IWC (MONTRE)

Les créations de Ferrari Style séduisent en dehors des circuits et sont portées par des stars telles que Beyoncé, Teyana Taylor et Hudson Williams. «Ça illustre à quel point la mode peut être un pont et attirer ses adeptes vers l’univers de la F1, tout en invitant le public du sport automobile à voir le style comme une forme d’expression, ajoute Rocco Iannone. Ferrari a toujours transcendé les catégories, et c’est ce qui permet à ces mondes de se rencontrer si naturellement.»

Avec la diffusion des courses sur Apple TV aux États-Unis (au Québec, on peut continuer à les regarder sur RDS) et l’arrivée d’une nouvelle écurie américaine (Cadillac F1), il est fort probable que ce sport ne fera que gagner en popularité et que la mode, elle, continuera à surfer sur la vague. «Je suis convaincu que cet élan va se poursuivre, dit Rocco Iannone, mais uniquement pour les griffes qui l’approchent de manière authentique. Chez Ferrari Style, on ne cherche pas la visibilité à tout prix; on privilégie la profondeur. Notre rôle est d’offrir une vision durable et raffinée du style, fidèle à l’héritage de Ferrari, et non une réaction saisonnière à un engouement passager.» Carlotta Constant, elle, croit que davantage de pilotes feront appel à l’expertise des stylistes pour obtenir des conseils et optimiser leur style personnel. Dans la course automobile, tout peut arriver. Mais une chose est sûre: dans la F1, la mode s’apprête à passer à la vitesse supérieure.