Mode locale: au-delà des frontières

Oct 07 2019 par
Categories : Designers / Mode

Ils sont designers, mannequins, entrepreneurs ou commissaires… Ces virtuoses du beau, Québécois pure souche ou d’adoption, participent au rayonnement de notre province, de New York à Paris en passant par Londres et Melbourne. Présentation plurielle d’une escouade au premier rang de l’industrie.

Erdem

Au fil des saisons, Erdem Moralioglu s’applique à créer un vestiaire naïf et féminin, parsemé de fleurs bucoliques et de nœuds romantiques, à l’esprit victorien. Né à Montréal d’une famille anglo-turque, le créateur a fait ses classes au prestigieux Royal College of Art, à Londres, puis a peaufiné ses connaissances auprès de Vivienne Westwood et de Diane von Furstenberg avant de lancer sa griffe en 2005. Un an plus tard, Claudia Schiffer foulait le tapis rouge des BAFTA, l’équivalent anglais des Oscars, habillée d’une robe sage et fluide signée Erdem. Une consécration pour le designer qui, dès lors, s’impose sur la scène mode. Parmi sa clientèle sélecte? Des brit-girls, comme Alexa Chung et Kate Middleton, et des célébrités hollywoodiennes, de Nicole Kidman à Kate Bosworth. «Les [éléments] qui suggèrent une féminité – comme la dentelle [et] les fleurs – me fascinent, nous confiait-il en novembre 2017, lors d’une entrevue au sujet de sa collaboration remarquée avec H&M. Lorsque je crée mes collections, je construis une histoire autour d’une femme: j’imagine qui elle est, ce qui lui est arrivé et ce que l’avenir lui réserve.» La femme selon Erdem? Douce et rêveuse, au style empreint d’une élégance surannée.

mode erdem

Photo: Erdem

Caroline Issa

La Montréalaise Caroline Issa, femme de tête avant tout, a un CV plus que chargé. Car si elle enchaîne les looks griffés au premier rang des défilés (ou au détour d’une rue de Londres, sa ville de résidence), elle s’attelle à infuser du sérieux dans la frivolité en enchaînant – aussi – les postes clés. À l’heure actuelle? Elle est directrice générale du magazine anglais Tank et de l’agence de contenu créatif Tank Form, éditrice de la publication en ligne Because et star des street style à temps plein. Et si on en doutait, elle trouve encore le temps entre deux réunions d’offrir ses services en tant que consultante mode, de créer des collections en partenariat avec Nordstrom et L.K. Bennett, ou encore de prêter son joli minois pour une campagne publicitaire, ce qu’elle a fait en 2018 pour incarner la ligne Pétale du bijoutier canadien Birks. Caroline Issa, qui a d’abord fait ses marques dans le monde des affaires, prouve qu’il n’est jamais trop tard pour changer de cap!

Mode Caroline Issa

Photo: Imaxtree

Want Les Essentiels

Lancée par Byron et Dexter Peart, la griffe de chaussures et de maroquinerie Want Les essentiels – des articles de luxe taillés dans du cuir de qualité – s’impose depuis 2006 comme l’une des marques phares de la scène montréalaise, notamment avec la création d’une collection capsule de sacs pour J.Crew et l’ouverture d’une boutique à New York. En 2017, les jumeaux ont vendu l’entreprise qui les a fait connaître pour se concentrer sur un autre projet, Goodee, une boutique en ligne d’objets sélectionnés avec soin, mais Want Les essentiels continue son bout de chemin à l’échelle internationale.

Mode Want Les Essentiels

Photo: Instagram @wantlesessentiels

Anaïs Pouliot

Visage mutin, lèvres charnues et sourire angélique… La mannequin née à Chicoutimi a su charmer le monde de la mode depuis ses débuts en 2005, et même Miuccia Prada (pourtant difficile à impressionner!) qui a donné le coup d’envoi de sa carrière internationale en lui offrant une place privilégiée lors des défilés Croisière Prada et Miu Miu en 2010. Depuis, la top a marché pour les plus grands, de Chanel à Saint Laurent, s’est fait photographier par Steven Meisel et Peter Lindbergh et s’est imposée sur nombre de couvertures de magazines aux quatre coins de la planète, dont les ELLE France, Bulgarie, Vietnam et Russie.

Anaïs Pouliot pour rag & bone_Instagram @anais_pouliot : @danielhamaj

Photo: Instagram @anais_pouliot / @danielhamaj

Max Abadian

Cindy Crawford, Gigi Hadid, Karlie Kloss, Hailey Baldwin Bieber, Helena Christensen… Des supermodèles des années 1990 aux icônes d’aujourd’hui, les tops les plus en vue de la planète mode sont passées devant l’objectif du photographe Max Abadian, né en Iran et arrivé à Montréal en 1999. Au fil des années, il a parfait son style moderne et sans compromis: sous son œil affûté, la femme se dévoile, forte et entière, qu’elle s’appelle Lady Gaga, Jessica Chastain, Winona Ryder ou Janelle Monáe. Le name dropping ne fait que renforcer l’aura de Max Abadian, un talent brut qui tourne en orbite autour de ces prédécesseurs, une constellation d’étoiles formée d’Helmut Newton, de Richard Avedon et de Guy Bourdin.

Mode Max Abadian

Photo: Max Abadian

Thierry-Maxime Loriot

On lui doit la rétrospective La planète mode de Jean Paul Gaultier: de la rue aux étoiles, réalisée sous la direction du Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) en 2011 et vue par plus de deux millions de visiteurs dans le monde au cours d’une tournée de cinq ans qui s’est entre autres arrêtée à San Francisco, à Melbourne, à Stockholm, à Londres et à Séoul. Thierry-Maxime Loriot, commissaire d’exposition et véritable encyclopédie de la mode, n’était pas à priori destiné à faire carrière dans un musée. Cet ancien mannequin – qui a tapé dans l’œil du photographe Mario Testino – a posé pour Giorgio Armani, Lanvin et Burberry aux côtés de Kate Moss avant de troquer les passerelles contre les bancs de l’Université de Montréal. Après avoir étudié l’architecture et obtenu un poste au MBAM, le Québécois n’a pas chômé. Il a notamment participé aux expositions Love Is Love: le mariage pour tous à la Jean Paul Gaultier et Thierry Mugler: Couturissime (jusqu’au 8 septembre), sous l’égide de Nathalie Bondil, directrice et conservatrice en chef du Musée.

Mode Thierry-Maxime Loriot

Photo: Max Abadian

Sophie Theallet

Réputée pour ses créations féminines et sophistiquées (favorites de Michelle Obama et de Lupita Nyong’o), la designer française, Québécoise de cœur, a fait un parcours sans faute avant d’atterrir à Montréal, où elle vit aujourd’hui. À la suite de ses études au Studio Berçot, une école de mode réputée à Paris, elle a obtenu un poste auprès de Jean-Paul Gaultier puis a passé une décennie comme bras droit d’Azzedine Alaïa, maestro d’une mode couture et intemporelle loin de l’évanescence des défilés. En 2007, elle a dévoilé sa marque éponyme et raflé deux ans plus tard la prestigieuse bourse CFDA/Vogue Fashion Fund, mis en place par le Conseil des créateurs de mode américains (CFDA) et le magazine Vogue. Pour la petite histoire, Sophie Theallet a été l’une des premières voix de la mode à critiquer ouvertement la politique du président américain lorsque Donald Trump a été élu, en refusant d’habiller sa femme, Melania. Après un congé sabbatique, la créatrice revient sur le devant de la scène avec une toute nouvelle griffe, Room 502, qu’elle pilote depuis Montréal. «C’est une nouvelle façon d’aborder le luxe et la mode, basée autant sur le savoir-faire que sur une approche éthique et humaine», nous dit-elle. À suivre…

Mode Sophie Theallet

Photo: P.A. Cormier

Jjjjound

Une collaboration avec Reebok, New Balance et Vans… et bientôt avec la griffe parisienne A.P.C., prévue au mois de novembre! Mais qui donc se cache derrière le studio montréalais au nom insolite, qui attire les marques en vogue? Justin Saunders, qui a commencé par tenir un blogue d’images en 2006, sorte de tableau d’inspirations pré-Tumblr, avant de travailler pour Kanye West et de lancer le label collectif Been Trill aux côtés de Virgil Abloh notamment. Aujourd’hui, le Montréalais embrasse une vision épurée en offrant, avec sa marque JJJJound, un style de vie minimaliste poussé à l’extrême, du cabas en toile au tablier de cuisine… et même au paquet de café torréfié, noir et blanc évidemment.

Mode JJJJound

Photo: Instagram @JJJJound

Atelier New Regime

Les frères Koku et Gildas Awuye ont développé un empire du cool à travers leur label de streetwear montréalais Atelier New Regime, présenté en 2009 avec leur partenaire d’alors, Setiz Taheri. Les collections s’adressent avant tout à une clientèle masculine, mais les vêtements et les accessoires – urbains, sportifs et androgynes – ont séduit Drake et Rihanna sans distinction. La griffe, qui a fait de l’orange vif sa marque de fabrique, apposée par touches ou de pied en cap, a d’ailleurs collaboré l’année dernière avec Puma sur une ligne non genrée. Au programme: t-shirts, baskets et sweats au style forcément athlétique.

Mode Puma X Atelier New Regime

Photo: Instagram @ateliernewregime

Force Canadienne

Au-delà du Québec, ces talents s’affirment avec brio sur la scène mode internationale.

Brother Vellies

Aurora James, la Torontoise derrière la griffe originaire de Brooklyn, s’est donné pour mission de soutenir l’artisanat africain. Ses chaussures et ses sacs sont fabriqués à la main par des travailleurs locaux en Éthiopie, au Maroc et au Kenya, tandis que les matières premières – cuir de koudou, perles en coquille d’œuf d’autruche et tannage végétal – sont utilisées dans un souci écoresponsable afin de réduire au maximum l’empreinte carbone de la griffe. Parmi ses adeptes? Zendaya, Beyoncé et sa sœur, Solange Knowles.

BrotherVellies

Photo: Instagram @BrotherVellies

Beaufille

Fraîchement sorties de l’Université Nova Scotia College of Art and Design, en Nouvelle-Écosse, les sœurs Chloé et Parris Gordon ont lancé Chloé comme Parris en 2009. Quatre ans plus tard, la marque, qui a acquis de l’expérience, revendiquait une nouvelle ère en changeant de nom. Rebaptisée Beaufille, elle embrasse depuis une dualité sororale, à la fois l’exaltation d’une féminité engagée et une dévotion à certaines silhouettes et imprimés piqués au vestiaire masculin. Le résultat, fait de vêtements et de bijoux dans l’air du temps, a conquis autant les modeuses que Lady Gaga ou Selena Gomez depuis le premier défilé de la marque à la Fashion Week automne-hiver 2016-2017 de New York.

Beaufille

Photo: Sarah Blais

Tommy Ton

Comme Scott Schuman (alias The Sartorialist), le Torontois Tommy Ton appartient à cette garde de photographes street style qui se sont fait connaître au début de l’ère des blogues, quand la plateforme n’en était qu’à ses balbutiements. Sur Jak & Jil, il publiait ses clichés de fashionistas qu’il croquait sur le vif à la sortie des défilés. S’il a longtemps parcouru les Semaines de mode à la recherche d’une tenue ou d’un détail qui captiverait l’imagination – une boucle d’oreille sculpturale ou le dos d’une robe qui se dévoile avec pudeur – Tommy Ton se trouve aujourd’hui de l’autre côté du miroir. Nommé directeur créatif de la marque Deveaux New York en 2018, il crée depuis une garde-robe luxueuse et intemporelle pour hommes et pour femmes (c’est d’ailleurs lui qui a eu l’idée d’offrir cette dernière ligne).

TommyTon

Photo: Tommy Ton


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