Pensé en 2024 par Cultur’elles MTL comme une vitrine pour la mode écoresponsable portée par des artistes femmes et des personnes non binaires BIPOC, l’événement s’impose aujourd’hui comme un rendez-vous incontournable du calendrier culturel montréalais. Dès l’entrée, le ton est donné : une énergie palpable, une foule bigarrée, et surtout, une communauté rassemblée autour d’une vision commune, celle d’une mode inclusive, durable et profondément enracinée dans les identités multiples de la métropole.

L’évolution d’Avant-Garde témoigne d’une montée en puissance remarquable. En 2024, l’initiative prend d’abord la forme d’un panel et d’ateliers créatifs, posant les bases d’un espace d’échange et de réflexion. En 2025, le tout premier défilé réunissait déjà plus de 200 personnes, marquant une première immersion réussie dans l’univers des créateur·rices. Cette année, le projet franchit un nouveau cap en rassemblant plus de 400 invité·es, confirmant ainsi l’engouement grandissant du public et de l’industrie.

Derrière ce succès retentissant se cache une équipe d’une quinzaine de passionnées, menée d’une main de maître par Adja Diagne et Ambre Methalie. Ensemble, elles ont orchestré pendant plus de six mois un espace unique où création rime avec liberté absolue. Pour donner vie à cette vision, 40 modèles ont foulé le podium, guidés par la directrice du mouvement Maycie-Ann St-Louis, dont le travail remarquable a apporté cohérence, fluidité et une intensité théâtrale à chaque passage.

@mawuliiiiiiii

Éclats de styles sur le podium

Le défilé s’ouvre sur les créations de Vidalola, un hommage vibrant à sa culture et aux femmes de sa famille qui lui ont transmis l’amour de la création. La designer électrise immédiatement la salle avec une proposition festive et solaire, portée par des rythmes latins contagieux. Une entrée en matière qui donne le pouls de la soirée : ici, la mode est résolument vivante.

Les silhouettes se succèdent ensuite, chacune racontant une histoire singulière. Elle She Herr revisite le boubou avec une modernité assumée, rappelant que tradition et contemporanéité ne sont jamais opposées, mais complices. Chez KATONGOLA, le maximalisme explose en couleurs et en textures dans une célébration sans compromis de l’excès et de l’audace. À l’inverse, Burigusa insuffle une brise de légèreté et de féminité, évoquant la renaissance de la nature et la douceur printanière à travers des pièces fluides où les tissus semblent littéralement flotter.

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Puis vient LEON avec la collection MCMXXV, qui plonge le public dans un univers presque cinématographique, oscillant entre dystopie mystérieuse et glamour organique avec ses silhouettes sculpturales qui captivent le regard. MUZEÉ, avec sa collection La Culture de la Dot, ancre quant à lui son travail dans la mémoire et la transmission en s’inspirant avec justesse des traditions congolaises.

L’énergie remonte d’un cran avec LU’NIVERS, véritable lettre d’amour à l’ère disco, dont les silhouettes funk et colorées partagent une joie hautement communicative. La Maison Brenda Auguste explore ensuite une féminité plus sombre, presque magnétique, avant que la Maison Locht ne vienne clore le défilé avec une collection marquante, où le patchwork, les textures texturées et l’héritage dialoguent dans une superbe palette dominée par le bleu.

@maisonlocht, @enrica.pov

Au-delà du podium : une performance globale

Le collectif FLOWSTATE s’est imposé comme la transition parfaite entre les deux segments de la soirée, maintenant une tension scénique constante et transformant le défilé en une véritable performance globale chorégraphiée par Destiny-Maïa Dorval.

La soirée s’est ainsi déployée bien au-delà de la mode pure. La roller skater Marie Michel Thermil a surpris la foule par son élégance sur roues, la chanteuse Khadija Tall a offert un moment suspendu grâce à sa voix enveloppante, tandis que la danse habitée d’Emily Ponce et la poésie percutante de Danielle Beauvil sont venues enrichir cette expérience hautement sensorielle. En parallèle, des expositions de vêtements signées IAMFAD et Batik Boutik permettaient au public de prolonger la découverte des talents d’ici.

@enrica.pov

Mais ce qui distingue véritablement Avant-Garde, c’est son esprit profondément inclusif. À la fin de la soirée, les frontières s’effacent : le public est invité à défiler à son tour sur le podium. Un geste simple mais puissant, qui transforme le spectateur en acteur et incarne à la perfection la mission de Cultur’elles MTL : créer un espace accessible, bienveillant et profondément humain.

« C’est devenu une tradition », confie une participante venue d’Ottawa pour l’occasion. « Cet événement marque pour moi le début officiel de l’été. » Une autre invitée résume la soirée comme « un témoignage éblouissant du génie des femmes des diasporas de Montréal ».

Au fil des éditions, Avant-Garde a dépassé le simple statut d’événement pour devenir un véritable mouvement. Ateliers, panels et nouvelles initiatives sont déjà en réflexion pour prolonger cette dynamique et continuer de propulser une scène locale en pleine expansion. Une chose est sûre : la mode montréalaise BIPOC n’est plus une promesse émergente. Elle est là, affirmée, innovante, et elle redéfinit magnifiquement les contours du paysage créatif contemporain.