Après qu’un incendie ait ravagé leur résidence, Mahsa Ghodoosi et Navid Arbabi — au volant de la firme d’architecture et de design d’intérieur Bananarch Design Studio — y ont vu l’opportunité de réinventer leur vie. Aujourd’hui, ils profitent pleinement de leur maison familiale de 4000 pieds carrés à North York, quartier boisé de Toronto.

Tara McMullen

Navid Arbabi, Mahsa Ghodoosi et leurs enfants

C’était un bel après-midi de mai. Mahsa flânait au centre-ville de Toronto avec son mari, Navid, lorsqu’elle a soudain ressenti le besoin de rentrer chez eux. Une intuition, peut-être. Ils avaient laissé George seul à la maison. Lorsque ses maîtres sont rentrés, le shikoku a filé dans le jardin, en aboyant vers le toit. Sans doute un écureuil. Ce n’est que plus tard que Mahsa et Navid ont fait le lien, quand ils ont vu les flammes embraser la toiture. Il faisait déjà nuit et le feu avait eu le temps de progresser. Les animaux ont un instinct pour ce genre de choses. « En quittant la maison, j’ai attrapé la laisse de George et j’ai ressenti un apaisement profond, un soulagement face au monde matériel », se rappelle Navid. Dans la précipitation, il a juste eu le temps d’enfiler un vieux t-shirt, Mahsa, une robe de chambre. Quand les pompiers sont arrivés, le chien les a accueillis en remuant la queue. « Ça nous a donné une toute nouvelle perspective sur la vie », ajoute son maître.

 

Il a donc fallu repartir de zéro. Il restait le terrain, sur lequel se dressait la propriété désormais inhabitable, quelques objets préservés des flammes et une nouvelle résidence à construire de toutes pièces. Le couple souhaitait avant tout créer un intérieur chaleureux, aéré et lumineux, empreint d’une élégance intemporelle. L’espace se devait d’être pensé pour le quotidien d’une famille en pleine expansion, pour les soupers qui remplissent la maison – à l’Action de grâce, Mahsa et Navid reçoivent facilement 45 invités —, et pour le bazar qui en résulte. Pour la vie, en constante évolution, tout simplement.

«On a conçu la maison pour qu’elle soit utilisée, et non pas figée.»

Le couple voulait une large cuisine fonctionnelle et des matériaux subtils, agréables au toucher, qui se lavent facilement. Les enfants ont tendance à salir les choses, c’est universel. Aujourd’hui, Soren, cinq ans, adore cuisiner aux côtés de sa maman et créer des combinaisons d’ingrédients uniques qui vont étonnamment bien ensemble. (« Il est vraiment doué et peut deviner, au goût, tout ce qu’il y a dans un plat », ajoute sa mère.)

 

L’éclairage, autant artificiel que naturel, faisait également partie des priorités. Parfaitement orientée plein sud, la chambre principale se réveille avec le soleil, qui inonde la pièce de lumière. Quand des designers d’intérieur conçoivent leur propre maison, celle-ci est forcément pensée dans les moindres détails.

D’ailleurs, lorsque Navid prend un bain dans la baignoire japonaise, les premiers rayons filtrent à travers les feuilles du bonsaï et effleurent la surface de l’eau, créant un jeu apaisant d’ombres et de lumière. C’est ce que les Japonais appellent l’effet komorebi.

Mahsa et Navid se sont rencontrés sur les bancs de l’université, sont tombés amoureux durant cette première année. La jeunesse et le temps aident à se connaître par cœur. « On sait nos forces et nos faiblesses et on essaie de répartir le travail en fonction de celles-ci », dit Mahsa. Elle aime se pencher sur l’agencement d’une pièce, en choisir les couleurs et les textures qui la sublimeront. Navid, de son côté, est particulièrement doué pour tout ce qui concerne les détails techniques et la construction. Lorsque l’un ou l’autre a une idée précise ou une préférence forte, ils se font confiance.

Aujourd’hui, le grand canapé en L du salon est devenu le trampoline de Soren et de Serena, quand les deux bambins ne sont pas occupés à jouer dans leur salle de Lego secrète, au sous-sol. La petite dernière est née peu de temps après la fin des travaux, comme un cadeau qui arrive à point nommé pour remplir un peu plus d’amour la nouvelle résidence.

L’été, Serena aime jouer dans le jardin avec George et manger les légumes et les fleurs qui s’épanouissent sous le soleil. C’est ce qu’on fait quand on a deux ans. Quand la terre ne donne plus rien et que la météo rappelle la famille à l’intérieur, elle se réfugie autour du piano à queue. « Il fait ressortir la créativité de chacun, dit Mahsa. Ça me rappelle que dans ce monde technologique en constante évolution, les anciennes traditions artisanales sont les plus intemporelles et ça rend l’avenir moins incertain. » Les notes se bousculent sur le clavier noir et blanc, et peu importe qu’il y en ait des fausses. La vie est une accumulation de petits moments et, si on a de la chance, de petites joies qui parsèment le quotidien.

Mahsa et Navid s’émerveillent aujourd’hui de voir leurs enfants profiter de chaque recoin de la maison, bien au-delà de ce qu’ils auraient pu anticiper lorsqu’ils ont posé leurs idées sur le papier. Un coin devient une cachette idéale pour une partie de cache-cache; l’îlot central de la cuisine se transforme en piste de danse. De là-haut, les joyeux tyrans ont l’impression de se trouver au sommet du monde. La maison, elle, s’imprègne des rires qui ricochent sur les murs et vit doucement, au présent, en harmonie avec ses propriétaires.

Cet article est tiré de l’édition automne-hiver 2025 d’ELLE Décoration Québec