Qu’arrive-t-il quand une amie souhaite se gâter avec une escapade dans un hôtel cinq étoiles, mais que l’autre ne peut se permettre qu’un weekend en camping? Quand l’une a les moyens d’un restaurant étoilé Michelin, mais que l’autre ne peut s’offrir qu’un souper maison réconfortant. Que ce soit pour des vacances, des sorties, des soupers ou des cadeaux, parler d’argent avec nos amis n’est pas toujours facile. Est-ce par gêne, en raison d’une frustration ou parce que le sujet est tabou à nos yeux? Quelle que soit la cause, on peut vite balayer notre malaise sous le tapis et ne pas aborder le sujet. Ce n’est cependant pas ce que conseille Audrey Turgeon, qui croit que ces conversations délicates doivent devenir normales. Voici quelques-unes des pratiques qu’elle préconise pour arriver à parler ouvertement de notre budget et de nos finances avec notre entourage. On s’en portera tous mieux… et notre portefeuille aussi!

Audrey, à ton avis, quel est le meilleur moyen de passer outre la gêne initiale de parler d’argent avec nos amis?

D’abord, il est important de comprendre que cette gêne est tout à fait normale. Plusieurs personnes ont peur d’être jugées sur leurs revenus, leurs dettes, leurs habitudes de consommation ou leur situation financière. Il est donc naturel de ressentir un certain inconfort lorsqu’on aborde le sujet. Pour surmonter cette gêne, il faut changer notre perception au sujet de cette conversation. On ne parle pas d’argent dans le but de se comparer à d’autres ou de les juger, mais plutôt dans le but de mieux nous comprendre et de prendre des décisions qui respectent la réalité de chacun.

Lorsqu’une personne ose ouvrir la conversation avec bienveillance et authenticité, ça soulage souvent tout le groupe. En réalité, bien des gens ressentent le même malaise, mais n’osent pas faire le premier pas. Plus on considère l’argent comme un simple sujet de vie, plus les échanges deviennent naturels.

Quels sont tes meilleurs trucs pour diviser les dépenses selon notre budget quand on fait un voyage, une escapade ou une sortie entre amis?

L’idéal, c’est de parler d’argent avant même de commencer les réservations. Plusieurs malaises et frustrations surviennent non pas parce que les budgets sont différents, mais parce que les attentes n’ont jamais été clarifiées.

Une simple question peut engager la conversation: «Quel budget est-ce que chacun de vous a en tête pour cette activité?» ou encore «Est-ce qu’on veut se fixer une limite de dépenses avant de réserver?» Une fois cette conversation amorcée, j’encourage les groupes à établir un budget global qui tient compte de l’ensemble des dépenses à prévoir: hébergement, transport, repas, activités – et même un petit fonds pour les imprévus. Ça permet à chacun de savoir dans quoi il s’embarque et d’éviter les mauvaises surprises, une fois sur place.

Il peut également être utile de prévoir des activités dans différentes gammes de prix, afin que chacun puisse participer selon ses moyens. Un voyage réussi n’est pas nécessairement celui où l’on dépense le plus, mais celui où tout le monde se sent respecté dans sa réalité financière. Enfin, les applications de partage de dépenses peuvent simplifier les calculs. Elles permettent de profiter du moment présent au lieu de passer son temps à vérifier qui doit combien à qui.

 

Serait-il judicieux de budgéter notre vie sociale?

Absolument. On pense souvent au logement, à l’épicerie et aux assurances lorsqu’on bâtit un budget, mais la vie sociale fait aussi partie de notre qualité de vie. Voir des amis, célébrer des événements, partir en escapade ou partager un repas au restaurant répond à un besoin humain fondamental de connexion. Ces dépenses méritent d’être prises en compte dans notre planification financière. Lorsqu’elles ne sont pas prévues au budget, elles sont souvent une source de culpabilité, de stress ou même d’endettement.

Je recommande donc de prévoir une catégorie pour les loisirs et la vie sociale. Le montant variera selon les priorités et la situation financière de chacun, mais le fait de le prévoir permet de profiter davantage des sorties sans avoir l’impression de nuire à ses autres objectifs financiers. Le but, c’est de faire des choix conscients qui respectent à la fois nos finances et nos besoins relationnels.

Si on a un budget plus étoffé que nos amis, comment s’assurer de budgéter nos projets communs avec tact?

La sensibilité est essentielle. Je suggère d’éviter d’imposer des choix plus coûteux et de toujours aborder la question avant de réserver. On peut, par exemple, proposer de choisir entre un hébergement luxueux ou une version abordable, puis laisser le groupe choisir. Le véritable luxe, selon moi, est de préserver la qualité des relations. Personne ne devrait ressentir de pression financière pour participer à un projet entre amis.

Et comment aborde-t-on la question du budget si on a des amis plus fortunés que soi, sans causer de tensions et susciter des non-dits?

La transparence demeure la meilleure approche. Il n’est pas nécessaire de justifier sa situation financière en détail. On peut simplement exprimer ses limites avec confiance et authenticité. Par exemple: «J’aimerais vraiment être là, mais mon budget pour cette activité est plutôt autour de X $.» Ou encore: «J’aimerais vraiment aller au restaurant avec vous, mais j’ai d’autres priorités financières présentement. Est-ce qu’on pourrait plutôt se voir pour un pique-nique au parc ou un souper à la maison?»

Souvent, les tensions découlent davantage des suppositions et des non-dits que de la conversation elle-même. Lorsque nous exprimons clairement nos limites, nous donnons aussi aux autres la possibilité de proposer des solutions auxquelles nous n’aurions peut-être pas pensé. Rappelons-nous également qu’avoir un budget différent des autres ne dit rien de notre valeur personnelle. Chacun a sa réalité financière, ses responsabilités, ses projets et ses priorités. Être conscient de ses finances, c’est justement avoir le courage de respecter ses limites et non de dépenser pour répondre aux attentes des autres.

Selon toi, est-ce que l’adage «les bons comptes font les bons amis» est juste?

Oui, tout à fait. Lorsqu’il est question d’argent entre amis, les frustrations apparaissent rarement à cause des montants en jeu, mais plutôt lorsqu’une personne a l’impression d’avoir payé plus que sa part, de toujours avancer de l’argent ou de ne pas avoir les mêmes attentes que les autres. J’ajouterais toutefois une nuance: ce sont les bons comptes et les bonnes conversations qui font les bons amis. Ce sont souvent les attentes non exprimées, les malaises et les frustrations accumulées qui créent des conflits. Quand les règles sont claires, que chacun connaît les attentes et que les conversations se font dans le respect, l’argent cesse d’être une source de tension et devient simplement un élément à gérer… ensemble!