Justine, 35 ans, est chef recherchiste. Elle est travailleuse autonome depuis plus d’une décennie, tout comme son conjoint, qui est comédien et humoriste. Ses revenus fluctuent d’un mois à l’autre. Au fil des années, elle a appris à anticiper les temps creux. «Parfois, je travaille sur trois contrats en même temps, et je fais beaucoup d’argent d’un coup. Mais je ne peux pas tout dépenser! J’en mets une grande partie de côté, je pense à ce que je devrai bientôt payer.» C’est là la clé du succès, selon Stéphanie Castonguay, Planificatrice financière au Centre d’expertise-conseil de la Banque Nationale.

«Quand nos revenus varient, le défi est de trouver un équilibre. Il faut profiter des bons mois sans se mettre à risque pour les moins bons.» Elle conseille donc de se donner un cadre, mais de rester flexible et de toujours payer nos engagements financiers avant de dépenser. «La stabilité financière commence par une habitude simple: dès que l’on reçoit un montant d’argent, mettre immédiatement de côté l’argent qui devra être remis plus tard au gouvernement. On pense aux impôts, aux taxes et aux cotisations, par exemple. Ça nous évite du stress… et de mauvaises surprises!»

Catherine Anne, 38 ans, est une autrice, traductrice, réviseure linguistique et accompagnatrice littéraire de longue date. Ses revenus ne sont pas réguliers. Ils dépendent des saisons et des contrats. C’est l’une des raisons pour lesquelles elle a choisi de ne pas avoir de carte de crédit. «J’ai une carte prépayée que j’alimente au besoin. Je ne dépense pas beaucoup. Je n’ai pas de voiture, pas d’enfant, je ne mange pas de viande, je ne bois pas d’alcool et je ne sors pas dans les bars. Quand je gagne moins, je dépense simplement moins. Ma stratégie, c’est le minimalisme: c’est bon pour mon budget, mais aussi pour ma santé mentale», dit-elle. Stéphanie Castonguay affirme qu’il est important d’avoir de la discipline, «mais qu’on peut aussi allouer un budget au plaisir, même modeste, pour éviter les excès». Elle encourage également les travailleurs au revenu irrégulier à se constituer un fonds d’urgence et à limiter les dépenses impulsives, à l’instar de Catherine Anne.

DANS NOTRE BAS DE LAINE

Quand les revenus sont imprévisibles, bâtir une épargne peut sembler difficile, avoue Stéphanie Castonguay. Mais elle insiste: c’est tout à fait possible avec une approche simple et progressive. «L’épargne repose sur des habitudes. On épargne de petits montants régulièrement, plutôt que d’attendre le bon moment et on en fait une priorité. On peut profiter des rentrées imprévues, comme une prime, pour accélérer notre épargne. Il faut avoir un objectif réaliste: si on doit piger chaque mois dans notre épargne, c’est signe qu’il faut viser un peu moins haut, pour l’instant.»

L’épargne est essentielle pour conserver une bonne santé financière et une résilience face aux imprévus de la vie, explique l’experte. Et elle nous permet d’investir oui, même avec des revenus en dents de scie! «Ma recommandation, mentionne Stéphanie Castonguay, est d’automatiser des virements vers un CELI ou un REER, deux outils avantageux pour faire fructifier notre argent à long terme. On ajuste ensuite les montants selon les mois, plus prospères ou plus creux, car l’important, c’est la constance. Nous fixer des priorités claires, comme la retraite ou l’achat d’une maison, rend aussi l’investissement plus motivant.» Elle nous conseille d’ailleurs de commencer à penser à notre retraite le plus tôt possible afin que notre argent ait le temps de rapporter.

SAVOIR BIEN NOUS ENTOURER

Justine, nouvellement maman, n’est pas du genre à tout budgéter», mais elle est prévoyante. «Ma mère était entrepreneure et m’a transmis une éducation financière de travailleuse autonome: savoir payer mes impôts, comprendre les déductions, mettre de l’argent de côté pour éviter la panique si un jour les affaires arrêtent de fonctionner, souscrire des régimes d’assurance… Je m’y retrouve!» Cette éducation financière est primordiale, selon Stéphanie Castonguay. Si on sent que l’on n’a pas tous les outils nécessaires ou que l’on est dépassée, mieux vaut consulter un professionnel. «Se débrouiller seule peut fonctionner jusqu’à un certain point… mais il y a des moments où faire appel à un expert peut vraiment faire une différence, dit-elle. Solliciter les services d’un comptable est particulièrement utile au moment de la déclaration de revenus, surtout comme travailleur autonome. Son rôle est de s’assurer que tous les revenus et dépenses sont bien déclarés, de maximiser les déductions fiscales et d’éviter des erreurs qui pourraient coûter cher.»

Depuis peu, Catherine Anne a des économies. «Je pense ne pas gérer pleinement mon potentiel financier. L’argent que j’ai en épargne pourrait sans doute être mieux investi, mais je ne sais pas vraiment comment faire, puisque personne ne me l’a jamais montré.» Dans de pareils cas, Stéphanie Castonguay recommande l’expertise d’un conseiller financier, qui nous aidera à prendre du recul et à structurer nos décisions, à bâtir une stratégie d’épargne ou d’investissement adaptée à nos revenus variables, «et même à développer notre littératie financière!»

S.O.S.

En termes de finances personnelles, «certains signes devraient nous alerter et nous inciter à revoir notre organisation avant que la situation ne se détériore», souligne Stéphanie Castonguay. Si l’on puise souvent dans notre épargne, qu’on utilise régulièrement le crédit ou qu’épargner devient impossible, par exemple. «Ça indique souvent que nos dépenses dépassent nos revenus.» Elle rappelle qu’un stress financier constant est aussi un signal à ne pas ignorer. «Posez-vous la question: que se passerait-il si je ne pouvais pas travailler pendant quelques mois? Si la réponse vous inquiète, il est important d’agir.»

«J’ai un fonds d’urgence. J’ai des assurances vie et invalidité, que je paie moi-même. C’est encore plus important maintenant que j’ai un enfant et une maison; il faut que je sois parée à toute éventualité», précise Justine. Elle affirme que, malgré les précautions financières qu’elle doit prendre en tant que travailleuse autonome, les privilèges de sa situation en valent la peine. «Bien sûr, ça vient avec des défis, et je dois planifier en conséquence. Mais la liberté que ça me procure pouvoir aller chercher ma fille plus tôt un soir de beau temps, ou m’offrir un brunch un mardi matin avec mon chum n’a pas de prix. Je ne changerais ça pour rien au monde.»

Pour en savoir plus sur les stratégies d’épargne et de placement adaptées à vos objectifs, rendez-vous sur bnc.ca/epargne.