Santé et forme
Toujours fatiguée ? Pourquoi la « fatigue chronique » touche plus que jamais les jeunes femmes
Ce n'est pas aussi extrême qu'un burn-out, mais huit heures de sommeil ne suffisent pas à la guérir : ELLE explore la montée de l'épuisement chez des femmes de plus en plus jeunes et explique comment reprendre le contrôle de son niveau d'énergie.
par : Katie Withington- 11 sept. 2026

canva
Il est normal de se sentir fatiguée ou épuisée de temps à autre. Qu’il s’agisse de boucler un projet dans les temps, de traverser une semaine de sommeil perturbé ou simplement de « brûler la chandelle par les deux bouts », la vie moderne est souvent éprouvante. Pour beaucoup, ces périodes de baisses d’énergie et de bâillements répétés, bien que gênantes, se résolvent assez facilement avec quelques soirées tranquilles et une bonne nuit de huit heures. Pourtant, ces dernières années au Royaume-Uni, les professionnels de santé voient un nombre croissant de jeunes femmes consulter pour une forme inédite de fatigue sous-jacente.
A contrario du burn-out, qui a récemment dominé les discussions autour de l’épuisement féminin, la fatigue prolongée est un état d’épuisement sourd et persistant. Elle ne disparaît pas avec du repos et n’est pas toujours directement liée à la charge de travail.
« Nous constatons une hausse significative du nombre de jeunes femmes souffrant de fatigue persistante », indique le Dr Tony Banerjee, directeur médical mondial chez NADclinic. « Ce qui est frappant, c’est que bon nombre d’entre elles sont très actives et très investies dans leur carrière. En apparence, tout va bien, mais elles luttent au quotidien contre un manque d’énergie chronique, un brouillard mental, un sommeil de mauvaise qualité et une résistance au stress diminuée. »
À quoi ressemble cette fatigue ?
La fatigue se distingue de la lassitude ordinaire. « Il s’agit d’une baisse durable de l’énergie physique, mentale ou émotionnelle, disproportionnée par rapport à l’activité fournie et que le repos ne parvient pas à dissiper complètement », explique le Dr Ahmed El Muntasar, médecin généraliste qui observe lui aussi une augmentation nette de patientes touchées par cet épuisement prolongé.
Sur le plan cognitif, cette fatigue se manifeste par du brouillard mental ou des difficultés de concentration ; sur le plan physique, par un manque d’endurance ou une sensation de lourdeur. Sur le plan émotionnel, elle peut traduire une perte de motivation. La fatigue perturbe le quotidien et peut s’installer pendant des semaines, voire des mois. Bien souvent, elle ne présente aucun facteur déclencheur clair ni cause évidente, ce qui rend son diagnostic et son traitement complexes, perpétuant ainsi le problème.
« Le corps humain possède une capacité d’adaptation remarquable, mais il a ses limites », rappelle Nino Sopromadze, psychothérapeute. « C’est comme un élastique : il peut s’étirer de façon impressionnante sans casser. Le problème n’est pas l’étirement en soi, mais sa durée. Lorsque la tension se prolonge, l’élasticité s’altère. Parfois l’élastique cède, d’autres fois il perd simplement sa capacité à revenir à sa forme initiale. Cet épuisement est le signal que la limite du supportable a été dépassée. »
L’analogie de l’élastique aide à comprendre la fatigue au regard de la régulation de notre corps et de notre esprit. Selon les experts, le manque de « régulation » et d’aptitude à la récupération est au cœur du problème. « La fatigue traduit souvent un dérèglement du système nerveux, du métabolisme, du système hormonal ou des mécanismes inflammatoires », explique le Dr Jan Stritzke, cardiologue en chef à la clinique Lanserhof Sylt. « La vie moderne a alourdi la charge psychologique et biologique. Surstimulation numérique, travail hybride et rythmes circadiens perturbés s’accumulent. »
Quelles sont les causes de la fatigue chez les jeunes femmes ?
D’après un rapport sur le burn-out publié par l’organisation Mental Health UK, 50 % des femmes de 18 à 24 ans et 47 % de celles de 25 à 34 ans déclarent subir des niveaux de pression et de stress élevés ou extrêmes, de manière « permanente » ou « fréquente ».
« Même si l’entrée dans la vingtaine est souvent vue comme une période de divertissement et de souvenirs entre amis, notre étude révèle que six femmes sur dix dans cette tranche d’âge identifient le sentiment d’isolement comme un facteur clé de stress », précise Deidre Bowen, directrice des programmes britanniques chez Mental Health UK. La moitié d’entre elles indique que faire des heures supplémentaires ou cumuler un second emploi en raison de la hausse du coût de la vie a généré ce stress (la proportion la plus élevée, toutes tranches d’âge confondues), tandis que 40 % des 25-34 ans font part d’inquiétudes concernant la sécurité de leur emploi ou les risques de licenciement.
Le Dr Stritzke explique que le stress chronique, lorsqu’il s’installe dans la durée, altère l’équilibre autonome — c’est-à-dire l’équilibre sain et dynamique du système nerveux (cerveau, moelle épinière et nerfs). Lorsque l’organisme reste maintenu en mode de réaction de survie (« combat ou fuite »), la qualité du sommeil se dégrade et l’inflammation augmente, ce qui fragilise le système immunitaire et rend la récupération profonde plus difficile.
« La fatigue n’est pas une faiblesse de caractère, c’est une perte mesurable de régulation biologique », affirme le Dr Stritzke. « Sans moments de récupération structurés, l’épuisement devient chronique. La femme moderne n’a pas besoin de développer plus de résilience : elle a besoin d’un recalibrage biologique. »
Cette pression accrue favorise une culture de routines perturbées qui nuit aux capacités de régulation du corps. « Chaque médaille a son revers », souligne Nino Sopromadze. « Le travail hybride offre de l’autonomie, réduit les temps de trajet et apporte de la flexibilité, mais cette même souplesse peut vite effacer les limites. En ramenant le travail chez soi, le système nerveux ne reçoit plus le signal clair que la journée est terminée. Être constamment connectée maintient un niveau d’activation en arrière-plan, laissant le système nerveux dans un état d’hyperéveil léger. »
Comment lutter contre la fatigue en 2026 ?
Heureusement, il existe des moyens simples de rééquilibrer son système nerveux. La Dre Samantha Wild, responsable médicale de la santé des femmes chez Bupa, insiste sur l’importance d’une bonne hygiène de sommeil. Elle recommande de réduire l’intensité des lumières au moins deux heures avant de se coucher, de viser sept à neuf heures de sommeil par nuit avec une phase de transition progressive, et de s’en tenir à une routine de coucher régulière, y compris le week-end.
Le dérèglement des routines et le travail irrégulier ont aussi des conséquences directes sur l’alimentation et le bien-être. En effet, l’organisme assimile moins bien les nutriments lorsque les repas sont sautés ou pris sur le pouce.
« Ce que nous mangeons, la manière et le moment où nous le faisons ont une influence majeure sur l’énergie », explique Rhian Stephenson, nutritionniste et fondatrice de la marque de compléments alimentaires Artah. « Manger de façon irrégulière ou sauter des repas perturbe la glycémie, les hormones de l’appétit et le rythme circadien, ce qui accentue la fatigue, les coups de pompe et les fringales tout au long de la journée. »
Rhian Stephenson explique que sous le poids des pressions du quotidien, les jeunes femmes manquent souvent à leurs apports recommandés en protéines et en fibres, menant à un état d’appauvrissement nutritionnel qui, s’il persiste, alimente la fatigue. « L’enjeu est d’inscrire les principes fondamentaux dans la durée », résume-t-elle. Cela implique d’arrêter de sauter le petit-déjeuner et d’éviter de tourner à la caféine afin de réguler la glycémie, le cortisol, l’énergie et le métabolisme. Pour réduire la fatigue décisionnelle, on peut également définir un répertoire de quelques repas simples à alterner, en veillant à apporter au moins 30 g de fibres et 1,2 g de protéines par kilo de poids corporel chaque jour, en recourant à des compléments si nécessaire.
Si ces habitudes semblent simples, le véritable défi réside dans leur application régulière au quotidien. C’est cette constance qui s’avère difficile, et c’est précisément sur cette hygiène de vie que de nombreuses jeunes femmes font aujourd’hui des concessions. « La régulation ne passe pas par des mesures spectaculaires, mais par la régularité de ces bonnes pratiques », rappelle Nino Sopromadze.
« Nous courons le risque de banaliser un niveau d’épuisement qui pourrait avoir de graves répercussions », prévient Deidre Bowen. Cet état est en effet associé à terme à un risque cardiovasculaire accru, à des désordres métaboliques, à des troubles anxieux et dépressifs, à une baisse des défenses immunitaires et à une dégradation globale de la qualité de vie.
« Si une fatigue persistante altère votre quotidien ou si elle ne s’explique par aucune raison évidente, consultez un professionnel de santé », conseille la Dre Wild. « Une prise en charge précoce change considérablement la donne. » À partir de là, un médecin pourra évaluer la qualité du sommeil (et pas seulement sa durée), les antécédents hormonaux et menstruels, la santé mentale, le bilan nutritionnel ainsi que la santé métabolique et endocrinienne. Le Dr El Muntasar précise que les bilans biologiques constituent une étape clé : numération formule sanguine (NFS), ferritine, bilan thyroïdien, vitamines B12 et D, et HbA1c.
Si ce constat peut paraître décourageant, sachez qu’il y a des évolutions positives : des progrès sont réalisés aussi bien sur les facteurs déclencheurs de la fatigue (entreprises clarifiant le cadre de travail, recherches accrues sur les hormones féminines, prise en compte de la charge mentale et émotionnelle, études ciblées sur la santé des femmes) que sur nos habitudes individuelles (valorisation de rythmes réguliers pour le sommeil, l’alimentation et l’activité physique).
Comme le rappelle le Dr Stritzke, l’avenir de la médecine préventive ne réside pas dans la recherche de performance, mais dans la capacité de régulation. La solution ne consiste pas à s’imposer toujours plus d’efforts, mais à savoir se reposer et retrouver l’équilibre.
Cet article a été publié sur ELLE UK.
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