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À chacun sa porno

Jocelyn Michel Photographe : Jocelyn Michel Auteur : Elle Québec

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À chacun sa porno


Mesdames, soyez franches: la pornographie sur Internet vous inquiète-t-elle? Avez-vous peur que votre amoureux (ou votre fils) passe trop de temps à regarder du lap dancing (danses contacts) sur son laptop? Si c’est le cas, sachez que vous n’êtes pas seules.

En effet, beaucoup de femmes se demandent si l’accès de plus en plus facile à du matériel pornographique n’est pas en train de tuer leur couple à petit feu.

Dans Pornofied – How Pornography Is Transforming Our Lives, Our Relationships, and Our Families, un essai-choc qui a fait couler beaucoup d’encre lors de sa publication, en 2005, la journaliste américaine Pamela Paul affirme que la porno sur Internet est en train de miner les relations hommes-femmes. Les hommes qui consomment beaucoup d’images olé olé sur leur ordi désireraient moins leur conjointe et auraient de la difficulté à créer un climat d’intimité avec elle, seraient plus susceptibles que les autres de souffrir d’impuissance, développeraient des fixations fétichistes (une obsession maladive pour les gros seins ou les sexes rasés, par exemple), auraient tendance à s’isoler, etc.

Bref, la porno serait l’ennemi public numéro un du couple.

Plus un homme regarderait d’images XXX, plus il trouverait sa blonde plate, sa vie sexuelle terne et la réalité ennuyeuse.

Serait-ce parce que je suis un homme et que, oui, il m’est arrivé, je l’avoue, de consommer de la porno (par hasard, bien sûr, en faisant une recherche sur la migration des insectes ambidextres dans le sud du Yucatán). Toujours est-il que les théories de Pamela Paul ne réussissent guère à me convaincre.

Premièrement: ce n’est pas parce qu’on peut regarder de la porno à toute heure du jour ou de la nuit qu’on le fait. La porno, c’est comme le fastfood. Le problème n’est pas d’en manger une fois de temps en temps. C’est de ne manger QUE ça.

Si vous passez votre journée au McDo, ce n’est pas la faute de McDo: c’est de votre faute à vous. Faudrait-il fermer les débits de boissons parce que certains soulons passent leurs journées à la taverne? Ou interdire les casinos parce qu’une minorité de joueurs y claquent toutes leurs économies?

Deuxièmement: contrairement à ce qu’affirme Pamela Paul dans son bouquin, il est faux de prétendre que plus on consomme de porno, plus on a besoin d’images dégradantes.


On ne devient pas pédophile en regardant de la pornographie: on naît pédophile. La grande majorité des fumeurs de pot n’ont jamais ressenti le besoin de snifer de la coke ou de se «shooter» à l’héro. Ce n’est pas parce que tous les héroïnomanes ont déjà essayé le cannabis que tous les fumeurs de cannabis vont devenir héroïnomanes! C’est un argument fallacieux, qui ne tient pas deux secondes.

Troisièmement: on dit que les adeptes de la porno finissent par trouver leur vie sexuelle ennuyeuse. Qu’en est-il des femmes qui passent leur temps à lire des romans Harlequin ou à regarder des films mettant en vedette Sarah Jessica Parker ou Jennifer Aniston? Ont-elles de la difficulté à s’adapter à la réalité? Trouvent-elles les hommes ternes, pas suffisamment romantiques? Développent-elles une obsession maladive pour les latinos musclés qui gagnent deux millions de dollars par année? Sont-elles incapables de jouir ailleurs que dans un walk-in géant rempli d’escarpins Manolo Blahnik?

Chaque sexe a sa pornographie: celle des hommes est (généralement) lubrique, celle des femmes, (généralement) romantique. À quand un «Lovefield – How Romantic
Comedies Are Transforming Our Lives, Our Relationships, and Our Families»?

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